Mission accomplie pour Fabien Cloutier qui a su animer son gala ComediHa! avec brio.

ComediHa!: heureusement, Fabien Cloutier était là

CRITIQUE / Le ComediHa! Fest Québec avait confié l’animation du dernier gala de son édition 2018 à quelqu’un qui a animé son premier gala à vie, samedi soir au Palais Montcalm, Fabien Cloutier. Et on peut dire que le comédien et humoriste s’est très bien acquitté de sa tâche, malgré un gala très inégal au cours duquel on aurait vraiment aimé rire davantage. Heureusement, Cloutier et son humour caustique ont sauvé la mise.

Était-ce les spectateurs qui étaient fatigués de leur festival, l’enchaînement des invités qui aurait dû être différent, certains numéros qui n’étaient simplement pas très drôles, toujours est-il que le public a semblé bien souvent s’ennuyer pendant cette soirée.

Mais revenons à l’animateur. Fabien Cloutier n’est pas nouveau dans le domaine de l’humour, lui qui promène depuis 2016 son premier one-man-show, Assume. Pour son baptême à la tête d’un gala, il a aussi pu compter sur Luc Boucher et Julien Corriveau aux textes, et Mario Jean à la mise en scène.

Mais bien sûr, le Beauceron est d’abord comédien et dramaturge, lui qui nous a rappelé que contrairement aux autres Beaucerons, la première fois qu’il est venu à Québec, ce n’était pas pour se battre sur Grande Allée, ou casser des bouteilles sur des Ontariens, mais pour entrer au Conservatoire d’art dramatique (on le cite, là). Et d’ajouter: «je viens du théâtre, mais je suis là ce soir pour l’humour. De toute façon, on est tous des artistes: l’humoriste millionnaire cocaïné, avec une blonde dans chaque ville, quand il va au resto, il n’est pas différent du comédien… qui est aussi son serveur.» 

Franky a ouvert le bal des invités avec ses observations et ses questions sans réponse, sans lien entre elles. Exemple? «La phrase “ne pas toucher”, en braille, devrait toujours être suivie de “trop tard”.» On a surtout souri.

Jerry Tremblay s’est amené pour sa part avec un inattendu numéro de vélo acrobatique qui a charmé tout le monde. Sans dire un mot, avec ses mimiques et ses acrobaties, il a rapidement impressionné et fait s’esclaffer un public qui (comme moi) n’attendait que ça. 

Cathleen Rouleau a suivi en parlant de malaise, comme celui qu’elle a ressenti quand elle s’est rendue chez le gastro-entérologue pour soigner… une fissure anale. Là aussi, on davantage souri que ri.

«Ho que oui», MC Gilles a ensuite déterré (accompagné de Fabien Cloutier) ses «trésors» parmi sa collection de vieux microsillons québécois. On s’est rapidement rendu compte que les blagues de Lucien Boyer, enregistrées dans les années 60, ou les explications du Père Gédéon pour apprendre comment jouer à la pelote basque (!), ne passeraient définitivement plus en 2018.

A suivi «le Elvis québécois, qui est allé dans l’armée et est accro aux médicaments» (dixit Fabien Cloutier), Mario Tessier, qui a raconté sa course de voiture pour une bonne cause, comme passager d’un véhicule conduit par un homme sourd… et aveugle. Amusant, sans plus.

Cloutier a brillamment clos la première partie avec un numéro sur la diversité et la différence, avec le prétexte des entreprises qui ont de la difficulté à trouver des employés. Nous racontant le travail à l’épicerie de Martin, le jeune trisomique, et de l’immigrant Mawambo à la quincaillerie d’un petit village. Un délice.

Indispensable animateur

Au retour de l’entracte, l’animateur de la soirée (heureusement souvent présent) nous a avoué être raciste, pas des gens d’origines différentes, mais de «certaines races de monde», comme (par exemple) la pire, les entrepreneurs en construction, «des pas fiables à caps d’acier» qui t’abandonnent avec un chantier pas fini pour partir en vacances. Encore du Fabien pur jus.

Coup de coeur pour Maude Landry, avec son dry humor à l’américaine, qui a nous a fait rire, juste à questionner le pourquoi du doublon dans le nom de magasin… Manteaux Manteaux.

À des années-lumière, Elie Semoun (humoriste et acteur français qui a formé un duo avec Dieudonné, dans les années 90) est venu discuter avec la personne qu’il aime le plus au monde, sa mère, qui est montée sur scène avec lui… dans son urne funéraire. Un texte intelligent et sensible sur la mort (sa mère est décédée à seulement 37 ans), mais pas vraiment drôle. L’accueil a été poli.

Changement total avec l'ex-Chick’n Swell Daniel Grenier avec ses gags visuels et ses charades, qui nous ont rappelé son ancien groupe. Sa déclinaison en images de la firme Raymond Chabot Grant Thornton vaudra la peine d’être vue à la télé.

Invité chouchou de la soirée, Rachid Badouri a été accueilli avec bonheur par le public, pour venir nous raconter un traitement qu’il a choisi de suivre volontairement pour sa santé, une irrigation du côlon. Gestuelle à l’appui, on a compris que l’humoriste avait BEAUCOUP regretté sa décision… 

En fin de parcours, notre animateur a repris la scène pour un (autre) savoureux monologue, cette fois sur les retraités qui retournent au travail, et qui devraient tellement se contenter de profiter de leur retraite, au lieu d’encombrer les quincailleries comme employés. Ne le prenez pas personnel, messieurs dames. 

La famille Day, qui mélange jeux de mots grivois, et musique country, a terminé ce gala avec une ennuyeuse prestation qui nous a semblé interminable (il fallait voir le visage long des spectateurs silencieux…). Fabien Cloutier, habillé en cowboy lumineux et pailleté, est venu sauver ce numéro du malaise dans lequel il s’enlisait. Heureusement, on a pu compter sur lui jusqu’à la fin.