Yves «Colosse» Plamondon (à droite) et son avocat Daniel Rock dans les couloirs du palais de justice de Québec, lundi

«Colosse» Plamondon contre la Procureure générale: un oubli involontaire, se défend la police

Yves «Colosse» Plamondon est-il ou non monté dans un véhicule le soir du 13 août 1985 afin d’aller tuer le trafiquant Claude Simard? La réponse se trouve — peut-être — dans une déclaration de témoin qui n’a jamais été remise à la défense lors du procès. Un oubli bien involontaire, plaide la police.

L’enquêteur retraité Denis Alain a continué à établir minutieusement mardi toutes les preuves recueillies en 1985 contre Plamondon. Regroupés dans un projet nommé Zancle IV, une dizaine d’enquêteurs de la Sûreté du Québec et de la police de Québec travailleront pendant des semaines à faire de la filature et de l’écoute électronique sur Plamondon, trafiquant de drogue notoire, et son entourage.

Il est le principal suspect dans le meurtre de Claude Simard (13 août 2015), mais aussi dans ceux des trafiquants Denis Ouellet (13 avril 1985) et Armand Sanschagrin (1er décembre 1983). Les trois ont été abattus avec une arme de poing de fort calibre. 

Les trois hommes vendaient des stupéfiants pour Plamondon. Simard et Ouellet étaient tous deux endettés envers «Colosse», estiment les policiers.

Yves Plamondon a été accusé des trois meurtres en novembre 1985. Après une demande de changement de district par la défense, son procès aura lieu à Montréal en 1986.

Au moins 50 témoins vont défiler. Parmi eux, Jean-Noël Daley et Pierre Gaudreault, deux jeunes hommes qui étaient présents à la taverne Desrosiers dans le quartier Saint-Sauveur durant les heures précédant le meurtre de Simard.

Déclarations oubliées

Au procès, Daley et Gaudreault diront qu’ils ont fait une seule déclaration à la police. Trente ans plus tard, on sait qu’ils en avaient fait chacun deux, mais que la première n’a jamais été remise à Me Léo-René Maranda, l’avocat de l’époque de Plamondon.

Ces premières déclarations sont d’une importance capitale, martèlent les avocats actuels de l’ancien caïd. Gaudreault a d’abord dit qu’il n’a pas vu Plamondon partir avec la victime Claude Simard. Daley lui n’a pas donné le même horaire du déroulement de la soirée dans sa première déclaration aux policiers.

Sous serment, l’enquêteur retraité Denis Alain affirme aujourd’hui ignorer pourquoi la première déclaration n’a pas été transmise comme toutes les autres. Il soutient qu’elles ont bel et bien été remises au procureur de la Couronne de l’époque, Me René de la Sablonnière, qui témoignera la semaine prochaine.

Et pourquoi n’avez-vous pas réagi lorsque vous avez entendu les deux témoins dire (faussement) lors du procès qu’ils avaient fait une seule déclaration? Le policier retraité n’a pas de réponse catégorique à fournir à Me Patricia Blair, l’avocate de la Procureure générale du Québec qui l’interroge.

Chose certaine, il ne faut pas voir de complot dans cette omission, dit M. Alain. «Jamais je n’ai induit qui que ce soit en erreur, jamais, dit l’ancien enquêteur, en détachant chaque syllabe. J’ai toujours respecté mon serment d’office.»

Denis Alain reste convaincu que c’est la deuxième déclaration, celle où Pierre Gaudreault dit qu’il a vu Plamondon partir avec Simard, qui est véridique. Car à ce moment, Plamondon était incarcéré et Gaudreault n’était plus victime de son intimidation.

L’avocat de Plamondon, Me Daniel Rock continuera mercredi le contre-interrogatoire du policier retraité.