Des descendants de Pierre Perrault aimeraient que des intellectuels et des chercheurs explorent l’héritage de l’artiste, autant ses œuvres cinématographiques que littéraires.

Colloque Pierre Perrault: célébrer le cinéma direct

Dès septembre, L’Isle-aux-Coudres, scène de l’incontournable documentaire Pour la suite du monde, accueillera le colloque Pierre Perrault. Une réunion annuelle où passionnés de documentaire pourront se rassembler pour réfléchir sur la place du cinéma direct tout en faisant revivre les œuvres du grand cinéaste québécois.

Cette première édition qui aura lieu du 18 au 20 septembre est un grand pas pour l’héritage culturel de Perrault. Au programme : conférence, projections, rencontres et échanges avec les résidents de l’Isle. Une soixantaine de personnes sont attendues. Leur intérêt commun : l’art du documentaire et la volonté d’apprendre sur les rouages de l’œuvre de Perrault.

Garder l’art vivant

«Une fois par année, des intéressés et des scientifiques vont se retrouver autour du lieu où habitaient Pierre Perrault et son équipe et ils peuvent avancer leur projet et en faire naître aussi», explique l’artiste Caroline Desbiens qui organise l’évènement. Son souhait : que le colloque devienne annuel. 

Ce n’est pas la première fois que le patrimoine du père du cinéma direct au Québec est célébré. «Yolande a décidé de faire le Prix Pierre et Yolande Perrault pour la relève documentaire. C’était un peu une façon de continuer de faire parler le travail de Pierre», souligne Marie Perrault. Yolande Perrault qui a porté la voix de Pierre Perrault au Québec et à l’international, a été le cœur de deux documentaires paru cette année. «Pendant les 20 dernières années, c’est ma mère qui s’est occupée d’entretenir et promouvoir l’œuvre de son amoureux», confie Mathieu Perrault.

Aujourd’hui, qu’il soit des proches ou des amoureux de l’œuvre de Perrault, ils sont plusieurs à reprendre le flambeau. «Ça fait vraiment plaisir à Yolande. Ça l’émeut beaucoup. Mon père et moi, on fait ça par amour pour elle et lui», explique Marie. Pour la famille, prendre la relève est un projet qui leur tient grandement à cœur. «Je ne le connais pas en tant qu’intellectuel, je le connais comme un incroyable grand-papa. On constate que son travail lui survit, et que plein de gens s’intéressent à ses œuvres», constate-t-elle.

Revenir à la source

L’Isle-aux-Coudres est extrêmement symbolique. En plus d’avoir été le corps du documentaire Pour la suite du monde, il s’agit d’un territoire où l’œuvre de Perrault est immortelle. 

«Il y a des gens qui s’intéressent à comment ses œuvres sont venues au monde et le contexte qui a permis à Perrault et à Brault de faire ce documentaire», souligne Caroline, qui est aussi la petite nièce du célèbre Alexis Tremblay, protagoniste du documentaire. 

Très impliquée dans le colloque, il était très important pour elle d’accueillir les amoureux du cinéma direct à L’Isle-aux-Coudres. «C’est ici qu’habitait l’équipe de l’ONF. Je suis venue au monde parmi eux, c’est comme ma deuxième famille. J’ai grandi, j’ai appris à parler et à marcher avec eux», se rappelle-t-elle. 

Tout au long du colloque, les participants pourront visiter les lieux emblématiques du documentaire. «Il y a plein de repères où les gens pourront s’arrêter. Ils vont voir la maison d’Alexis, la ferme du grand Louis et où ils faisaient la pêche aux marsouins», précise-t-elle.

D’une très grande influence

Selon Caroline, l’œuvre de Perrault a complètement transformé le paysage artistique de L’Isle-aux-Coudres. «Il a semé un champ de graines artistiques. Les arts qui émanent d’ici sont beaux et de bonne qualité. Nous avons eu le privilège d’être venus au monde comme Obélix dans la potion magique», confie cette auteure-compositrice-interprète. En plus des artistes qui s’inspirent quotidiennement de l’œuvre de Perrault, beaucoup d’intellectuels l’étudient. 

«Il a créé des rayons de bibliothèque ethnologiques auxquels on n’avait pas accès autrefois, et qui sont maintenant très précieux pour notre patrimoine», indique Mathieu. Perrault a aussi permis de forger une identité culturelle québécoise. «Papa-Pierre était un grand intellectuel au Québec. Il a porté un regard qui devrait être plus connu par les Québécois. Comme il l’a dit : “Un peuple sans passé n’a plus d’avenir”», explique Mathieu. Même constat pour Marie. «Autant en littérature qu’en cinéma, l’aspect sociologique d’une époque a été capturé par lui», observe-t-elle.

Un organisme en développement

En plus de cet évènement annuel, la famille Perrault souhaite créer un organisme qui mettrait en lumière l’héritage colossal du cinéaste. «Nous voulons célébrer, promouvoir, approfondir et faire rayonner l’œuvre de ce cinéaste, poète, dramaturge et auteur», précise Mathieu. 

En explorant autant ses œuvres cinématographiques que littéraires, cet organisme souhaite rassembler des intellectuels et des chercheurs pour stimuler la recherche sur Perrault. 

Que ce soit en organisant une activité culturelle ou en fondant un organisme, ils sont plusieurs qui travaillent corps et âme pour préserver la vision de Perrault. «Ses traces sont encore vivantes et on se donne le devoir de les garder en mémoire», affirme la documentariste Mina Rad, qui participe aussi au projet.