Si la flotte désuète de brise-glaces canadiens cause des problèmes aux navires depuis longtemps, le froid et l’effet entonnoir du pont de Québec n’ont pas aidé.

Coincés plus de 4 heures sur le fleuve

Les passagers d’un traversier ralliant Lévis et Québec ont été coincés sur le fleuve Saint-Laurent durant plus de quatre heures, mercredi. Leur navire entraîné à la dérive par les glaces n’a pu être secouru par la Garde côtière, puisque le seul brise-glace canadien stationné à Québec était brisé. Or, la glace ne pose pas des problèmes qu’aux traversiers, ces jours-ci.

Parti à 9h30 de Lévis, le traversier NM Alphonse Desjardins a dérivé jusqu’à la hauteur du chantier Davie en raison de fortes glaces. «Le capitaine a rapidement sécurisé le bateau en l’immobilisant, puis a demandé l’aide de la garde côtière», a expliqué, mercredi après-midi, la porte-parole de la Société des traversiers du Québec, Maryse Brodeur. 

Mais le NGCC Terry Fox, unique brise-glace de la Garde côtière à Québec présentement, étant brisé, la STQ a plutôt dû attendre l’aide d’un bateau-remorqueur du groupe Océan. Ce n’est donc que vers 13h45, plus de quatre heures après le départ du traversier, que les passagers ont finalement rallié Québec. 

«C’est une situation qui rappelle il y a 15 ou 20 ans quand les traversiers qui restaient coincés sur le fleuve étaient fréquents», a soutenu Maryse Brodeur, précisant que les passagers sont restés au chaud sur le navire, mercredi, du café leur étant servi. 

À la Garde côtière, le porte-parole Michel Plamondon a soutenu que les circonstances étaient malheureuses, mais exceptionnelles. Le NGCC Terry Fox a connu un bris mécanique tôt mercredi matin, a expliqué le porte-parole. 

Le brise-glace NGCC Des Groseilliers était attendu à Québec en renfort pour 20h, mercredi, selon M. Plamondon. 

Selon ce qu’a appris Le Soleil, au moins un autre bateau, un navire-cargo commercial qui tentait de quitter le port de Québec, s’est retrouvé pris dans la glace à dériver pendant une heure, mercredi matin, sans que la Garde côtière ne puisse l’aider. 

Problème récurrent

Même avant le bris du NGCC Terry Fox, le froid rendait la situation périlleuse sur le fleuve, ont confié au Soleil, sous le couvert de l’anonymat, deux pilotes arpentant le Saint-Laurent à l’année. 

Le NGCC Terry Fox est un brise-glace fait pour le ravitaillement, a expliqué l’un d’eux. «Il navigue bien dans la glace, mais il n’ouvre pas grand-chose pour les autres navires.»

La flotte désuète de brise-glaces canadiens pose problème depuis longtemps, mais avec le froid et l’effet d’entonnoir qu’a le pont de Québec, la situation a frôlé la catastrophe durant le temps des Fêtes, soutiennent les pilotes. 

Alerte le 31 décembre

À deux reprises dans les deux dernières semaines, relatent-ils, des navires commerciaux se sont retrouvés coincés dans la glace à dériver dangereusement sous le pont de Québec. «Le 31 décembre au soir, un navire a passé sous le pont en diagonale, pris dans la glace sans aucun contrôle», a affirmé l’un des pilotes consultés par Le Soleil

«Le problème se répète chaque année et il n’est pas à la Garde côtière. Ils font leur possible sur de vieux brise-glaces. Le problème est à Ottawa. On vient de fêter les 100 ans du pont. Attendent-ils qu’on le démolisse en plantant un bateau dedans avant de regarnir la flotte?»

Le Soleil a pu confirmer qu’une alerte avait été lancée à tous les services d’urgence et au ministère des Transports, vers 23h, le 31 décembre, alors qu’un bateau dérivait vers le pont.