Le chef conservateur Andrew Scheer devrait aider les sinistrés évacués d'urgence au Manitoba au lieu d'y faire campagne, selon des personnes forcées de quitter leur communauté.

Coalition: le chef libéral prêt à «n'importe quoi» pour le pouvoir, dit Scheer

WINNIPEG — Le chef conservateur Andrew Scheer accuse son adversaire Justin Trudeau d’être prêt à faire «n’importe quoi pour rester au pouvoir», même de former une coalition avec d’autres progressistes.

Le chef libéral a été questionné par les journalistes sur la possibilité de former une coalition avec le Nouveau Parti démocratique. M. Trudeau a esquivé les questions, se contentant de dire qu’il voulait faire élire un «gouvernement progressiste».

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a pour sa part reculé sur l’idée d’une coalition avec les libéraux, après avoir ouvert la porte la veille pour empêcher un gouvernement conservateur.

De passage à Winnipeg, lundi, M. Scheer a répété que «le choix est clair» entre «une coalition de Justin Trudeau et du NPD» — qui dilapiderait les fonds publics, à son avis — et un «gouvernement conservateur majoritaire» — qui remettrait de l’argent dans les poches des Canadiens.

«Le problème est qu’une coalition entre Justin Trudeau et le NPD va coûter plus cher aux Canadiens, va augmenter les impôts, va tuer les emplois et rendre la vie plus chère», a illustré le chef conservateur. À son avis, M. Trudeau serait le «porte-parole» d’une potentielle coalition progressiste, alors que ce serait le NPD qui mènerait le bal.

De son côté, M. Scheer a rejeté l’idée de négocier avec le Bloc québécois, et ce, même si les deux formations politiques promettent de mettre en œuvre certaines demandes du premier ministre québécois François Legault, comme une déclaration de revenus unique gérée par Québec ou plus de pouvoirs en immigration.

«Je n’ai pas besoin du Bloc québécois pour livrer des résultats pour le Québec, a martelé le chef conservateur. C’est notre priorité de travailler avec M. Legault sur les dossiers qui vont permettre de rendre la vie plus simple pour les Québécois et Québécoises et rendre la vie plus abordable.»

S’il forme le gouvernement, M. Scheer a annoncé qu’il ordonnerait à son ministre des Finances de présenter une mise à jour économique dans les 45 jours suivant l’assermentation de son cabinet.

Il compte y présenter quatre crédits d’impôt — pour les rénovations vertes, pour les activités sportives et culturelles des enfants, et pour le transport collectif — qui seraient mis en vigueur dès le 1er janvier 2020.

Critiqué par des sinistrés

Un peu plus tôt en journée, M. Scheer a été critiqué par des sinistrés des Premières Nations qui l’accusent de venir faire campagne au Manitoba au moment où la province fait face à un état d’urgence.

Une tempête de neige s’est abattue sur la province et a causé des pannes d’électricité majeures. Plusieurs membres des Premières Nations ont été contraints de quitter leur communauté au courant de la fin de semaine.

Margaret Missyabit, une sinistrée de la Première Nation du lac Manitoba, a estimé que M. Scheer aurait dû s’abstenir de venir faire campagne dans la province tandis que des milliers de personnes, comme elle, ont été évacués de leur domicile en vitesse.

«Non, je ne pense pas “que c’est approprié de faire campagne”. Il devrait être en train de nous aider», a-t-elle dit.

Au moment où La Presse canadienne s’est entretenue avec elle, Mme Missyabit attendait la venue d’un autre autobus de la réserve qui viendrait transporter les sinistrés — dont de nombreux enfants et de très jeunes bébés — vers un autre hôtel.

«On est trimballés à gauche et à droite. C’est très frustrant… On n’est pas des animaux», s’est désolée la mère de famille. «C’est ridicule. La majorité d’entre nous n’a même pas de vêtements de rechange», a ajouté son fils, Edward Prince.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, avait prévu se rendre à Winnipeg pour faire campagne, mais il a décidé d’annuler ses plans en raison de l’état d’urgence.

Il n’a pas voulu pour autant critiquer M. Scheer ni les autres partis qui décideraient tout de même de faire campagne dans la province dans les prochains jours.

«C’est à eux de répondre à cette question. Mais je peux dire pour moi, j’ai pris la décision parce que je pense que ce ne n’est pas le moment d’y aller à cause de la situation», a affirmé M. Singh.

On estime que près de 10 000 personnes sont privées de courant dans la province. Hydro Manitoba a prévenu qu’il pourrait falloir de 7 à 10 jours pour rétablir l’électricité sur tout le territoire.

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