Clément Turgeon Thériault est cofondateur et directeur général et artistique du Festif.

Clément Turgeon Thériault, le visage Festif! de Baie-Saint-Paul

Ils sont jeunes, ils vivent en région, ils ont des idées et ils affichent de l’ambition. Le Soleil est allé à la rencontre de ces «changeurs de monde». 4e de 5

Présentation

Nom : Clément Turgeon Thériault

Âge : 30 ans

Lieu : Baie-Saint-Paul

Réalisation : Cofondateur du Festif! de Baie-Saint-Paul

Prochain projet : Plein de «mini-projets» pour améliorer l’expérience au festival

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À l’âge de huit ans, Clément Turgeon Thériault jumelait déjà sa passion pour la musique et l’organisation d’événements en faisant des croquis de «faux festivals». Pas surprenant que 12 ans plus tard, lui et quatre autres jeunes pleins d’ambition se soient réunis dans la roulotte de sa mère pour créer le Festif! de Baie-Saint-Paul, qui en sera à sa neuvième présentation en 2018.

«Les célébrations des 25 ans du Cirque du Soleil ont été l’élément déclencheur pour nous. On s’est rassemblé une couple d’amis pour mettre sur pied ce festival, animer Baie-Saint-Paul et donner quelque chose à faire aux jeunes de notre âge, au début de la vingtaine. C’était le prétexte pour divertir les gens de notre génération», s’est remémoré M. Turgeon Thériault.

Le Festif!, pour ceux et celles qui l’ignorent, est un événement qui célèbre la musique et les arts de la rue avec plus de 70 spectacles dans plus de 20 sites de la localité de près de 7500 résidents, logée dans l’un des plus beaux coins de Charlevoix. Toute la diversité musicale y est exposée. En 2017, il y a eu Voïvod, Klô Pelgag, We are Wolves et Louis-Jean Cormier, pour ne donner qu’un mince aperçu de l’éventail de spectacles offerts.

Outre les scènes extérieures et des endroits plus «standards» comme le sous-sol de l’église, le Festif! étonne avec «Les imprévisibles», des prestations musicales dans des ruelles, des dépanneurs, un entrepôt de bière ou autour du feu sur le bord du fleuve. Et l’artiste ainsi que l’endroit ne sont connus que quelques minutes avant le spectacle, par le biais d’une application mobile. 

«Ce qui est bien, c’est que tout le monde embarque dans nos projets. On leur propose des concepts un peu étranges parfois, comme les spectacles-surprises. On dit aux artistes : faites-nous confiance et ils embarquent à fond la caisse là-dedans. Ça donne des spectacles vraiment uniques», ajoute le directeur général et artistique, qui parle d’une des forces du festival, qui se tiendra du 19 au 23 juillet 2018.

Développement durable

Autre particularité du Festif!, c’est qu’il est axé sur le développement durable. Et dans ce cas, ce n’est pas de l’esbroufe pour être dans le ton. Toute la documentation est numérisée, la nourriture (100 % locale, bien sûr) est vendue dans des contenants 100 % recyclables et 80 % des matières résiduelles sont recyclées ou compostées. Le volet social du développement durable est aussi mis en valeur, avec entre autres spectacles et ateliers pour les jeunes d’âge scolaire.

«Le développement durable, c’est très important pour nous, ça fait partie de l’ADN du festival», lance Clément Turgeon Thériault sans hésiter. «On a été dans les premiers festivals à faire des efforts là-dedans. On a enrayé les verres en plastique, les bouteilles d’eau, on recycle les mégots de cigarettes. Tout ce qui est donné aux artistes, c’est local, même le thé qu’on leur offre.»

Le Festif!, même s’il est un peu à l’étroit, ne quittera jamais Baie-Saint-Paul, assure le cofondateur. «Ça a toujours été ma motivation derrière ça et celle du comité. On est vraiment des gens d’ici qui veulent faire quelque chose ici. Tous les gens de l’équipe sont nés à Baie-Saint-Paul ou dans un village avoisinant. On a vraiment un attachement. Je me vois comme un organisateur de festival, mais je ne me verrais pas faire un festival à Rimouski ou à Mont-réal, par exemple. Je veux être ici et toutes les décisions qu’on prend sont en fonction de rester à Baie-Saint-Paul.»

Même si c’est plus compliqué en région? «Oui, ce l’était quand même, surtout au début, mais maintenant, quand tu comprends que la région est une force, tu travailles avec ça. Tout est fait pour mettre Baie-Saint-Paul en valeur au maximum. C’est tellement une belle place et on fait vraiment tout pour que les gens tripent sur Baie-Saint-Paul.

«Bien des festivaliers reviennent avant même de connaître la programmation. Ils savent qu’il va y avoir le fleuve, les montagnes, c’est comme des vacances. Les régions qui s’en sortent le mieux font des événements particuliers et distinctifs comme ça», conclut Clément Turgeon Thériault.

Une grande réflexion à venir

Comme tout bon directeur général qui se respecte, Clément Turgeon Thériault projette son organisation dans l’avenir et pense déjà à l’après-2019, année qui marquera le 10e anniversaire du Festif! Les interrogations sont nombreuses, car s’il peut être hasardeux de changer une formule gagnante, dormir sur ses lauriers peut l’être tout autant.

«Dans sa formule actuelle, dans ce qui fait notre force et qui nous distingue, on commence à atteindre la saturation dans le sens que si on veut continuer à offrir nos spectacles dans les dépanneurs ou les sentiers pédestres, on ne peut pas aller plus loin», soutient-il.

«Si on veut évoluer et en venir à une autre formule, on a encore le potentiel de pousser ça encore plus loin, mais pour l’instant, on est vraiment à peaufiner et on essaie aussi de mieux définir notre mission sociale, comme notamment des projets scolaires et des trucs comme ça, enchaîne M. Turgeon Thériault. On veut miser de plus en plus sur la qualité.»

«Et il ne faut pas oublier qu’en 2019, c’est le 10e et après le 10e, ça va être une grosse période de réflexion. On voit que la demande est là, l’an passé, on a été sold out pour toute la durée de l’événement. C’est le gros dilemme qu’on a présentement.»

Parmi les rêves les plus fous du Festif!, le directeur général et artistique évoque l’éventualité d’attirer des spectacles de plus grande envergure sur de plus grandes scènes, surtout que la popularité du festival «rend les artistes [internationaux] de moins en moins difficiles à convaincre». Pour ce qui est des artistes québécois, «ce sont eux ou leurs agents qui nous approchent», autre signe de la popularité du festival.