«Au Canada, quand le prix atteindra 2 $ le gramme, il y aura beaucoup de faillites de producteurs», prédit l’économiste James Eaves.

Chute des prix à prévoir avec la légalisation du cannabis

L’un des impacts de la légalisation du cannabis au Canada devrait être une baisse importante des prix. C’est du moins le point de vue de James Eaves, économiste et professeur de management à l’Université Laval.

M. Eaves participait mardi à une conférence à propos des effets de la légalisation sur le monde des affaires. «Dans tous les marchés libéralisés, on a noté une baisse rapide des prix et une hausse du choix. Au Colorado, depuis 2015, le prix du cannabis en gros a diminué de 50 %. En Oregon, la baisse est de 40 % seulement pour les derniers six mois!», a-t-il déclaré, chiffres à l’appui.

Même au Canada, le prix du cannabis aurait déjà chuté de 40 % entre 2015 et aujourd’hui. «En Colombie-Britannique, le gouvernement offre maintenant entre 2,50 $ et 4 $ le gramme aux producteurs», souligne M. Eaves.

Des faillites

L’effet pervers de cette baisse des prix risque cependant d’être... la faillite de plusieurs producteurs. «Le Canada a actuellement la capacité de fournir deux fois sa demande intérieure [en cannabis]. Les gros producteurs sont prêts, ils ont cette capacité, mais ne l’utilisent pas encore et attendent que le marché de l’exportation s’ouvre», poursuit M. Eaves.

Il rappelle que dans certains états américains où le cannabis est légal, une baisse des prix sous la barre des 700 $ ou 800 $ la livre crée des problèmes pour certains producteurs. 

«Au Canada, quand le prix atteindra 2$ le gramme, il y aura beaucoup de faillites de producteurs. Ceux-ci ont d’ailleurs présentement comme cible un coût de production autour de 1$ le gramme pour être capables de continuer de faire de bonnes affaires même quand le marché chutera», explique le professeur Eaves.

Il maintient cependant qu’il sera tout de même important de maintenir les prix bas pour éviter la concurrence du marché noir, qui demeurera tout de même en place. «Par exemple dans l’état de Washington, le marché noir demeure très important parce que les taxes sont trop élevées. Même ici au Canada, 90 % des gens qui ont un permis médical utiliseraient encore le marché noir.»

Produits d’avenir

En ce qui a trait aux produits qui risquent de voir leur popularité s’accroître, James Eaves cite les cartouches de vaporisateur préchargées, qui permettent de consommer sans fumer un peu comme les cigarettes électroniques. Ce marché a connu une hausse de 400 % aux endroits où le cannabis est légal.

«Il y a aussi les joints préroulés, dont la popularité est à la hausse de 121 %. Les produits comme ça, qui sont faciles à consommer, seront très en demande», explique-t-il.

Cultiver chez soi

Gabriel Bélanger, ingénieur junior et enseignant du programme Cannabis Professional Series à la Kwantlen Polytechnic University de Colombie-Britannique, a quant à lui abordé d’autres aspects de la légalisation du cannabis dans le monde des affaires.

Il estime que pour se débarrasser du marché noir, il faudra permettre aux gens de cultiver à la maison, ce qui amènera invariablement une baisse des prix. 

M. Bélanger n’a d’ailleurs pas caché qu’il était favorable à la légalisation, sinon la décriminalisation de toutes les drogues. «Pour qu’au lieu de traiter les gens qui sont dépendants comme des criminels, qu’on les traite comme des personnes qui ont besoin d’aide.»

Municipalités

Gabriel Bélanger mentionne aussi que l’attitude des administrations municipales joue déjà beaucoup dans le marché du cannabis au Canada. Par exemple, même si la drogue n’est toujours pas légale au pays, des villes de Colombie-Britannique vendent des permis à des dispensaires et leurs policiers ferment les yeux sur leurs opérations.

Paradoxalement, à Québec par exemple, tous les dispensaires qui ont tenté leur chance ont été visités et fermés par les policiers quelques mois après leur ouverture. 

«Il y a aussi des municipalités, Weedon par exemple, qui sont très enthousiastes à l’idée d’accueillir des producteurs et d’autres, pas du tout», conclut M. Bélanger.