Chiche envers son armée, le Canada?

VÉRIFICATION FAITE / L'affirmation: «Les avions et navires de combat sont de bons exemples du lien inévitable entre l'investissement insuffisant et les écarts de capacité. Il y a quelques années, on a dit aux Canadiens que le gouvernement achèterait 65 nouveaux avions à réaction pour remplacer notre flotte vieillissante de CF-18. Mais pour les missions que nous demandons à l'Aviation royale du Canada d'exécuter, et pour nos engagements envers l'alliance, 65 avions à réaction ne seraient tout simplement pas suffisants [...et les sommes budgétées ne suffisaient pas à acheter 65 jets]. En pourcentage de notre PIB, nous dépensons moins pour la défense aujourd'hui que nous le faisions en 2005», a affirmé le ministre de la Défense Harjit Sajjan, mercredi, dans un discours dénonçant le sous-financement chronique de l'armée canadienne.
Les faits
M. Sajjan a enchaîné plusieurs exemples pour illustrer son propos. La flotte canadienne a «perdu» cinq navires en deux ans parce qu'ils étaient si vieux qu'ils ont dû être remisés avant que leur remplacement ne soit terminé. Les hélicoptères Griffon approchent de la fin de leur vie utile, mais aucun budget n'est prévu pour leur mise à niveau. Et ainsi de suite.
Mais au-delà des cas plus ou moins anecdotiques, est-il vrai que les Forces canadiennes sont chroniquement sous-financées? D'après des données publiées sur le site de l'OTAN, les dépenses militaires du Canada ont bel et bien diminué entre 2005 (1,2 % du PIB) et l'an dernier (1,02 %), comme l'a dit M. Sajjan. Mais est-ce peu? Beaucoup? Juste assez?
L'OTAN fournit justement une sorte de «barème» à cet égard. Il s'agit d'une recommandation aux pays membres, pas d'une obligation, mais cela peut tout de même servir de point de repère : pour remplir ses engagements envers l'alliance, chaque pays membre devrait en principe consacrer 2 % de son PIB aux dépenses militaires. Et pour bien équiper son armée, chaque pays devrait consacrer 20 % de ses dépenses militaires à l'«équipement» (avions, chars, etc.), estime la vénérable organisation militaire.
Or, comme le montrent nos deux graphiques, le Canada est très en dessous de ces recommandations, et ce de façon continuelle depuis plus de 25 ans. Depuis 2009, le Canada n'accorde que 1,11 % de son PIB en moyenne à son armée, et seulement 12,5 % de son budget militaire est alloué aux équipements - soit environ la moitié des objectifs de l'OTAN dans les deux cas.
Il demeure possible, cela dit, que l'Alliance atlantique place la barre exagérément haut : il s'agit là, après tout, de critères fixés par et pour des militaires. Et il est vrai que peu de pays de l'OTAN respectent ces barèmes. En fait, seulement 9 pays sur les 27 de l'Alliance ont investi plus de 2 % de leur PIB dans leur armée ou s'en sont approchés (1,5 % et plus) en moyenne depuis 2009.
Cependant, même si l'on rejette les recommandations de l'OTAN pour simplement se comparer aux autres pays de l'Alliance, le Canada ne fait pas particulièrement bonne figure : en pourcentage du PIB, le Canada est 20e sur 27 pour les dépenses militaires totales depuis 2009, et 15e sur 27 pour la part des dépenses en équipement. Donc dans le dernier tiers pour un indicateur et dans la «petite moyenne» pour l'autre.
Verdict
Essentiellement vrai. Le Canada dépense chroniquement moins dans son armée et dans ses équipements militaires que ce que l'OTAN considère nécessaire pour que chaque pays de l'Alliance puisse remplir ses engagements. Et même si l'on présume que ces cibles sont exagérées et que l'on se compare aux autres pays de l'OTAN, on constate que le fédéral est un peu plus pingre que la moyenne envers son armée.