L’Hôtel-Dieu de Lévis
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Chaudière-Appalaches: une infirmière symptomatique forcée de travailler et un infirmier aux soins intensifs

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le président du Syndicat des professionnelles en soins de Chaudière-Appalaches (SPSCA-FIQ), Laurier Ouellet, ne décolère pas: non seulement une infirmière de l’Hôtel-Dieu de Lévis qui présentait des symptômes de la COVID-19 a été contrainte de travailler en attendant le résultat de son test de dépistage, mais un autre des membres qu’il représente est actuellement hospitalisé aux soins intensifs après avoir contracté la maladie. «On se fout de nos infirmières!» dénonce Laurier Ouellet, qui réclame des masques N95 pour ses membres qui travaillent dans des milieux contaminés.

Mercredi, le CISSS de Chaudière-Appalaches a confirmé au Soleil une éclosion de COVID-19 à l’Hôtel-Dieu de Lévis, sans toutefois être en mesure de nous préciser les secteurs touchés et le nombre d’employés et de patients infectés, mentionnant seulement que du dépistage était fait auprès des usagers et des travailleurs. 

Jeudi, une porte-parole de l’établissement, Maryse Rodrigue, a indiqué que l’éclosion touchait l’unité de médecine (le 8000), l’unité de chirurgie et la psychiatrie. «En date d’hier [mercredi], l’éclosion à l’Hôtel-Dieu de Lévis compte sept cas actifs chez les usagers et moins de cinq cas actifs chez les travailleurs», a précisé Mme Rodrigue par courriel. 

Peut-on faire un lien entre cette éclosion et l’infirmière symptomatique qui a été contrainte de travailler alors qu’elle attendait le résultat de son test de dépistage? Le CISSS n’a pas été en mesure de répondre à cette question, jeudi. 

Selon le syndicat, cette infirmière a présenté certains symptômes de la COVID-19, dimanche, pendant son quart de travail. Elle a pris congé le lendemain et a subi un test de dépistage mardi matin. Toujours selon le syndicat, l’employeur a demandé à l’infirmière de se présenter au travail en fin de journée, mardi, ce qu’elle a fait, même si elle avait toujours mal à la gorge. Elle a finalement été retirée rapidement quand le résultat positif est tombé, en soirée. 

«Si la personne est symptomatique et qu’elle s’est fait tester, elle ne devrait pas être sur le plancher tant qu’elle n’a pas eu son résultat, même si ses symptômes ont diminué, bon sang! C’est quoi cet illogisme-là! Ils te forcent à retourner sur le plancher, pis après ça, c’est toi qui va contaminer les autres employés, les patients, la population», s’indigne Laurier Ouellet, qui réclame par ailleurs des masques N95 pour les infirmières qui travaillent auprès de patients infectés.

«On a un infirmier qui a travaillé en milieu contaminé à la Guadeloupe [et à Thetford Mines] et qui est présentement aux soins intensifs. Il avait juste un masque de procédure. L’employeur et l’INSPQ ont beau dire que ça protège, mais je peux vous dire que l’air passe par les côtés. Quand il y a de la contamination dans un milieu, c’est des N95 que ça prend! Si mes membres deviennent contaminés, c’est parce qu’ils ont juste des masques de procédure. En psychiatrie, c’est moi qui ai dû intervenir hier [mercredi] pour que mes membres aient des visières, parce qu’ils avaient juste des masques de procédure et il y avait un cas» de COVID-19 dans le secteur, dénonce M. Ouellet, selon qui ce département comptait au moins trois cas jeudi. 

Au sujet de l’infirmière symptomatique qui aurait été contrainte de soigner ses patients en attendant le résultat de son test, le CISSS nous dit que «le dossier d’un employé est confidentiel, raison pour laquelle nous ne pouvons répondre à certaines questions». 

«Notre priorité est la sécurité des usagers et des employés. Sachez que toutes les mesures sont mises de l’avant: dépistage et isolement si nécessaire, mesures d’hygiène accrues, équipements de protection en place, rappels sur la prévention des infections, etc.» nous a-t-on assuré par courriel. 

Laurier Ouellet dénonce l’absence de capitaine «dans le bateau» au CISSS de Chaudière-Appalaches. «C’est jamais de leur faute, ils savent jamais ce qui s’est passé, il n’y a personne d’imputable dans Chaudière-Appalaches!» dénonce le président de la SPSCA-FIQ. 

68 nouveaux cas de COVID-19

La région de Chaudière-Appalaches a enregistré jeudi pas moins de 68 nouveaux cas de COVID-19 en 24 heures, son record depuis le début de la pandémie. Les secteurs de Lévis (+28 cas) et des Appalaches (+11 cas) sont les plus touchés par ces nouvelles contaminations, suivis de Bellechasse (+8) et de Beauce-Sartigan (+7). 

Le CISSS rapporte un total de 31 éclosions actives, dont six dans des établissements scolaires, soit le Juvénat Notre-Dame (Lévis), l’école de l’Envol (Lévis), l’école secondaire Pointe-Lévy (Lévis), la Polyvalente de Thetford Mines, l’école des Deux-Rives (Saint-Georges) et le Cégep Lévis-Lauzon.

Des éclosions ont également été signalées dans cinq entreprises, cinq «activités sociales ou de loisirs», six résidences privées pour aînés (RPA), deux CHSLD, trois «autres ressources d’hébergement» et quatre «autres milieux de soins», selon la liste fournie au Soleil par le CISSS. 

Quatre nouvelles contaminations ont été signalées à la résidence Jazz de Lévis, qui compte maintenant 11 cas actifs chez les résidents. La situation serait restée stable dans les autres milieux d’hébergement pour aînés touchés par des éclosions, selon le dernier bilan du CISSS. 

Le nombre d’hospitalisations pour complications liées à la COVID-19 a par ailleurs fait un bon important dans Chaudière-Appalaches, jeudi. Actuellement, 32 personnes sont hospitalisées (+8), dont huit aux soins intensifs (+2). 

Depuis le début de la pandémie, la région compte un total de 1323 personnes infectées, dont 939 sont rétablies et 19 sont décédées. Le nombre de cas (confirmés) actifs est donc actuellement de 365 dans Chaudière-Appalaches.