Janette Bertrand était de passage au Musée de la civilisation, lundi soir, dans le cadre de la série Le monde vu par...

Charte des valeurs : les Janette pourfendent les religions

C'était une question de temps avant que la charte des valeurs québécoises devienne un thème de la campagne électorale. La dramaturge et auteure Janette Bertrand s'est chargée de l'inscrire au programme des partis politiques, lundi.
«Ce sont les représentants élus par la population qui font avancer les droits des femmes [droit de vote, droit à l'éducation, équité salariale] et les porte-parole des religions qui les font reculer en reléguant les femmes uniquement à leur rôle de procréatrices.»
Dans une vidéo diffusée sur Internet, Mme Bertrand a livré le contenu du mémoire que son groupe, Les Janette, devait présenter, lundi, en commission parlementaire n'eût été le déclenchement des élections.
Au coeur de ce manifeste, une charge en règle pour dénoncer l'oppression des religions envers les femmes.
«Le discours catholique continue d'assigner les femmes à un rôle de second plan en refusant aux femmes l'accès à la prêtrise et au haut lieu du pouvoir catholique. Cela reste une affaire entre hommes», soutient-elle, dénonçant le contrôle de l'Église sur la procréation et le droit à l'avortement, «même en cas de viol».
«Les autres religions vont encore plus loin, enchaîne Mme Bertrand. La femme est au service de l'homme, sa propriété. Pensons au 130 millions de femmes excisées, donc privées de plaisir sexuel. À celles qui sont battues, lapidées, répudiées, brûlées à l'acide par leur mari, leur père ou leur frère parce qu'elles auraient été déclarées insoumises.»
Mme Bertrand pourfend aussi les textes fondateurs des trois grandes religions. «La Bible, le Coran et la Torah ont été rédigés il y a des siècles dans des sociétés patriarcales basées sur la supériorité de l'homme sur la femme. Ces textes sont rétrogrades et fondamentalement sexistes.»
Elle poursuit en parlant de «certains autres religieux qui, depuis quelques années, veulent nous faire revenir en arrière et remettre les hommes au-dessus des femmes en voilant leur corps vu comme objet de concupiscence».
Citant le Conseil du statut de la femme en 2011, Mme Bertrand juge que l'égalité entre les femmes et les hommes est toujours menacée. Le Conseil écrivait alors : «L'égalité entre les sexes est la plus susceptible d'être compromise lorsque des demandes d'accommodement au nom de la liberté de religion sont formulées en raison du statut subordonné qui est réservé aux femmes dans les religions.»
Rencontrée en marge d'une conférence pour le lancement d'un livre, Mme Bertrand se défend bien d'avoir une ligne d'action politique. Elle précise avoir agi par respect des personnes qui ont appuyé la démarche. «Notre groupe est apolitique. On ne sait pas ce qui va se passer après les élections. Il y a 100 000 personnes qui nous ont suivis», explique-t-elle.
Le 15 octobre était publiée dans les médias une lettre ouverte signée par une vingtaine de femmes de milieux et d'origines diverses dont certaines connues, comme Julie Snyder et Denise Filiatrault. Elles insistaient sur la nécessité d'adopter une charte qui promeut la séparation de l'État et des religions et l'égalité des femmes et des hommes.
Mme Bertrand avait fait couler beaucoup d'encre après avoir mentionné que les femmes voilées étaient «manipulées».
À ce jour, le mouvement des Janette a recueilli 60 000 signatures qui appuient une pétition en faveur de la charte. La présentation de Mme Bertrand peut-être visionnée sur la page Facebook facebook.com/lesjanette.