Une musulmane explique son point de vue lors d'une manifestation tenue à Québec le 21 septembre.

Charte des valeurs: les «inclusives» répliquent aux Janette

Le collectif Pour un Québec inclusif critique la vision du féminisme présentée dans la lettre d'appui de Janette Bertrand à l'adoption de la charte de la laïcité, et dans laquelle la réputée auteure et ses cosignataires soutiennent «que la liberté de religion constitue une menace à l'égalité homme-femme».
Face aux Janette, il y a maintenant celles qui se nomment les Inclusives. Ces dernières s'en prennent notamment aux propos de Mme Bertrand, affirmant que les femmes voilées sont «manipulées» et à ceux de Denise Filiatrault, cosignataire des Janette, qui a traité de «folles» les femmes portant le foulard islamique.
«Quand nous avons lu et surtout entendu ça, nous avons senti le besoin spontané de réagir. C'est vraiment des avis dérangeants. C'est un peu de la xénophobie. Ça n'avait pas sa place dans le débat. Il y a eu des dérapages», lance la porte-parole des Inclusives, Aurélie Lanctôt.
D'entrée de jeu, celle-ci reconnaît «le courage et la détermination» des pionnières qui ont mené le combat pour «affranchir les femmes de leur subordination systématique à la gent masculine». Cependant, elle pense qu'il est «sérieusement inapproprié de tracer un parallèle [comme le font les Janette] entre la lutte pour l'obtention du droit de vote et la législation éventuelle qui s'appliquera aux employés de l'État.
«Rappelons que la loi ne sert pas seulement à assurer certains droits aux individus; elle peut également les en déposséder. Ainsi, bien qu'on puisse critiquer les positions sexistes et patriarcales adoptées par les grandes religions, cela ne justifie pas pour autant qu'on s'attaque au droit de chacun d'exprimer ses croyances religieuses», évoquent Mme Lanctôt et les autres signataires.
Ces dernières concèdent que les hommes puissent se servir de la religion pour dominer les femmes. Tout autant que le voile apparaisse pour plusieurs comme un symbole de soumission, ce qu'il est dans certains cas, ajoutent-elles.
Toutefois, elles soutiennent que de plus en plus de femmes se réapproprient leur religion et que leur émancipation peut également passer par cette réappropriation. De plus, les Inclusives croient qu'il ne faut pas stigmatiser «l'ensemble des femmes qui choisissent de le porter [le voile], comme s'il s'agissait d'une subordination volontaire et honteuse».
La charte, telle que présentée, concluent-elles, ne fera que marginaliser les femmes voilées, en les tenant à l'écart de la fonction publique.
Le voile, «éminemment sexiste»
Au lendemain de la publication de la lettre des Janette, l'une des cosignataires, la philosophe Louise Mailloux, soutient que le voile islamique constitue un exemple type de l'utilisation de la religion dans le but de dominer les femmes, quoi qu'en pensent celles qui disent le porter par choix.
«L'erreur que nous faisons est de traiter le voile comme un bout de tissu.» Pour l'enseignante au Cégep du Vieux-Montréal, il s'agit d'un signe «éminemment sexiste» qui a une fonction sociale bien précise. «On fait des femmes des objets sexuels en les soustrayant au regard des hommes qu'elles pourraient épouser. On leur dit : "Ce n'est pas la volonté de l'homme, mais la volonté de Dieu." C'est une ruse pour rendre les femmes plus dociles», explique celle qui croit, comme Janette Bertrand, que les femmes qui disent porter le voile par choix «sont manipulées».
Selon elle, la lettre des Janette a le mérite pour la première fois dans le débat sur la laïcité de mettre en cause la domination des religions sur les femmes, catholiques comme musulmanes. «Aucune religion ne fait la promotion de l'égalité homme-femme. C'est pour cette raison qu'il faut adopter la charte», conclut celle qui se définit comme intellectuelle athée, féministe et laïque.