Nathalie Arseneau et Marie Leclerc habitent les coopératives ayant vu le jour dans les annexes de la chapelle. Elles estiment que placer les aînés avec d'autres générations permettrait de briser l'isolement.

Chapelle du Bon-Pasteur: des citoyens proposent des logements pour aînés

Alors que le gouvernement du Québec tente de redevenir propriétaire de la chapelle du Bon-Pasteur, un regroupement citoyen lève la main pour relancer le lieu laissé à l'abandon. Des logements coopératifs pour aînés et des services de proximité sont sur leur planche à dessin.
Comme Le Soleil le révélait la semaine dernière, le gouvernement cherche à reprendre possession de la chapelle historique du Bon-Pasteur, fermée et abandonnée depuis 2007.
Le bâtiment classé patrimonial, voisin de l'édifice Marie-Guyart (complexe G), a été géré par des bénévoles pendant près de 30 ans. La dernière corporation bénévole a mis la clé sous la porte quand la Ville de Québec a réclamé qu'on lui paie 175 000 $ en taxes impayées.
La Société québécoise des infrastructures, bras immobilier du gouvernement, cherche maintenant à reprendre possession de la chapelle historique et d'autres édifices voisins laissés à l'abandon.
Un groupe de citoyens profite du regain d'intérêt gouvernemental pour proposer son scénario de relance des édifices inutilisés de l'îlot Bon-Pasteur. Ces citoyens ont vécu ou vivent toujours dans l'une des sept coopératives d'habitation qui ont vu le jour dans les annexes de la chapelle depuis 33 ans.
Marie Leclerc, fondatrice de la première coopérative, rappelle que la congrégation des Soeurs du Bon-Pasteur est venue en aide aux femmes en difficulté dès sa fondation, en 1850.
«On trouve ça terriblement triste que cette histoire puisse être oubliée. On a beau ne pas être des catholiques archi-pratiquants, on trouve que notre histoire est là», exprime-t-elle.
C'est pour faire écho à cette histoire que les coopératives créées sur les anciens terrains des Soeurs se sont données pour mission d'accueillir des mères monoparentales.
Nathalie Arsenault est l'une de ces mères qui ont voulu s'installer seules avec leurs enfants, au coeur de la colline parlementaire. Elle y réside depuis 14 ans.
Entraide
«Quand je suis arrivée ici avec mes enfants, je venais de me séparer et je pensais que j'allais être toute seule, que ça allait être difficile. Mais ici, on laisse la porte ouverte, on s'entraide. Pour moi, c'est comme si l'oeuvre des Soeurs avait continué, parce que ç'a été un accueil incroyable, un havre de paix», partage-t-elle.
Aux sept coopératives maintenant constituées, Marie Leclerc, Nathalie Arsenault et une demi-douzaine d'autres bénévoles souhaitent ajouter des logements pour aînés.
Ils estiment que la chapelle et ses bâtiments toujours désaffectés pourraient contenir une vingtaine de nouvelles unités. «Ce qu'on propose aux aînés en général, c'est des résidences privées à coûts faramineux. Ce n'est pas très original. Ça les met en ghetto. On pense qu'il faut les mettre avec les autres générations. Dans un milieu coopératif, il n'y a pas d'isolement», résume Marie Leclerc.
Mme Leclerc et ses complices proposent d'ajouter des services de proximité - une cuisine collective ou une épicerie, par exemple -, qui pourraient servir de lieu de rassemblement pour les sept coopératives et même pour les travailleurs du secteur. Ils aimeraient aussi que la chapelle comprenne un espace pour commémorer l'histoire des Soeurs du Bon-Pasteur.
Le groupe de citoyens insiste sur le fait que son projet est «embryonnaire». «C'est une solution, ce n'est pas la seule, mais quand les acteurs du milieu vont s'asseoir autour de la table, elle sera là.»
Le cabinet du ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sam Hamad, a déjà été rencontré et aurait été attentif à la vision du regroupement.
«Il y a une certaine responsabilité gouvernementale. On est sur la colline parlementaire. La chapelle du Bon-Pasteur est classée patrimoniale, on ne peut pas la laisser aller», conclut Marie Leclerc.