Chantier sans précédent à l'aéroport de Québec

La nouvelle vague de travaux à l'aéroport de Québec est d'une ampleur sans précédent. Elle permettra de doubler la superficie du terminal, déjà agrandi en 2008, et éventuellement le nombre de passagers et le nombre d'employés.
<em>Le Soleil</em> a fait le tour des chantiers de l'aéroport en compagnie du pdg, Gaëtan Gagné (à gauche).
Le Soleil a fait le tour du propriétaire, cette semaine, en compagnie de Gaëtan Gagné, président et chef de la direction d'Aéroport de Québec inc., la société privée qui gère l'aéroport international Jean-Lesage.
Pour les voyageurs, la construction d'un stationnement étagé de 1150 places est la partie la plus visible du grand chantier de 225 millions $ entrepris l'an dernier à l'aéroport. Quand il sera complété, le nombre total de cases de stationnement passera d'environ 2000 à presque 3000. Les stationnements plus éloignés du terminal, que l'on croyait temporaires, seront conservés pour la clientèle et les employés. La tarification devrait d'ailleurs être révisée. De nouvelles catégories seront créées pour tenir compte du confort et de la distance.
L'agrandissement du terminal constitue toutefois la pièce de résistance de cette nouvelle phase. Doublé et aménagé au goût du jour à temps pour le 400e anniversaire de Québec, le terminal doublera de taille encore une fois d'ici 2017. Il s'étirera sur 185 mètres vers le nord, du côté des arrivées internationales.
Gaëtan Gagné explique être forcé de construire près du sol pour ne pas boucher la vue aux contrôleurs aériens, qui doivent obligatoirement voir les avions décoller et atterrir sur les deux pistes de l'aéroport. «Ça coûterait des millions pour déplacer la tour» de contrôle de NAV Canada, mentionne-t-il, alors il ne se trouve personne pour le suggérer.
Moins de comptoirs
À l'intérieur du terminal, les voyageurs doivent s'attendre à trouver moins de comptoirs puisque l'enregistrement se fait de plus en plus par Internet. Sans savoir si la technologie sera prête pour 2017, Jonathan Trudeau, directeur des communications, évoque aussi un nouveau système de gestion des bagages, qui permettra de laisser sa valise à des dépôts automatisés situés à l'intérieur comme à l'extérieur de l'aérogare. Le bagage se promènera ensuite, hors de vue, sur des convoyeurs qui le mèneront à l'inspection puis sur le bon chariot pour le bon avion. «Plus tu mets de la technologie, moins tu as besoin d'espace», souligne M. Trudeau.
Pour permettre cet imposant agrandissement, plusieurs édifices doivent être jetés par terre. C'est le cas du centre d'entretien de la machinerie et de la caserne de pompiers. Ces deux services seront bientôt réunis dans un bâtiment flambant neuf situé à l'entrée de l'aéroport, à côté du quartier général de la Gendarmerie royale du Canada (GRC). Un espace est également prévu pour entreposer des véhicules. En tout, on compte 31 portes de garage. Les travaux de 29 millions $ achèvent.
Pour permettre une meilleure circulation des avions au sol, l'aéroport a aussi complété en 2012 la voie de circulation reliant les pistes Delta et Golf. Il en a coûté 15 millions $ pour 850 mètres de piste bétonnée. C'est environ 15 fois le prix d'un kilomètre de route, car la surface doit soutenir le poids d'un avion et être très durable.
Parmi les prochaines étapes, doter l'aéroport d'un centre de déglaçage pour les avions pour une utilisation optimale des ponts d'embarquement pendant la saison froide. Il sera ensuite temps d'espérer un centre de prédédouanement pour les vols en provenance ou à destination des États-Unis. Cette infrastructure doit toutefois être autorisée par le gouvernement américain et n'est pas encore financée.
Tous ces travaux sont effectués dans un contexte d'augmentation constante de la clientèle à l'aéroport de Québec. Pour 2013, le président et chef de la direction rapporte une croissance de 4,5 %, au-dessus de la moyenne canadienne. Exactement 1 475 717 passagers - il connaît le nombre par coeur - sont passés par YQB dans l'année. Le cap du million de passagers avait été franchi pour la première fois en 2008.
Selon des prévisions qu'il estime très conservatrices, M. Gagné s'attend à deux millions de passagers par année au plus tard en 2020. Les lieux sont toutefois pensés pour en accueillir facilement trois millions.
Pour financer tous ces ajouts, Aéroport de Québec inc. puise dans ses coffres bien remplis. Bon an, mal an, la société transforme en profits environ 20 % de ses revenus (location, atterrissages, frais d'amélioration aéroportuaire et d'aviation générale facturés aux passagers). Des subventions ont également été promises par les deux paliers de gouvernement, 50 millions $ provenant du fédéral et autant du provincial, une première pour un aéroport canadien. Gaëtan Gagné les a gagnés avec son mantra : «On est un moteur économique pour la région de Québec.»
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<p>Un nouveau système de gestion des bagages, axé sur la technologie, est évoqué pour 2017. </p>
Les installations avant les transporteurs
L'oeuf ou la poule? Les installations ou les transporteurs? Gaëtan Gagné, président et chef de la direction de l'aéroport international Jean-Lesage, a clairement choisi d'investir dans les installations pour attirer des transporteurs à Québec.
«Ce sont les compagnies aériennes qui décident si elles viennent desservir une région. Nous, notre rôle, c'est de leur dire qu'on existe et de faire en sorte qu'on nous remarque sur le marché international», explique l'ancien financier.
Selon lui, l'aéroport de Québec n'aurait jamais connu la même croissance sans la mise à niveau de ses installations en 2008. «Si t'as pas de capacité, ils [les transporteurs] ne viendront pas ici», est-il convaincu.
Les travaux en cours permettront d'accueillir plus de vols domestiques en provenance du Nord, mais surtout des passerelles d'embarquement s'ajouteront pour les destinations internationales. «Je pense qu'il faut qu'on se branche sur l'Europe. Je pense qu'il faut qu'on se branche sur l'Asie. Le transfrontalier au niveau américain va croître encore beaucoup», prédit M. Gagné, qui ne peut dire encore quelle compagnie placera ses avions à Québec.
L'Europe ou le soleil
Pour le moment, dépendant de la saison, entre un et quatre vols directs sont programmés vers l'Europe chaque semaine. Pendant la pointe de l'hiver, jusqu'à 45 départs hebdomadaires sont comptabilisés vers les destinations soleil.
Plusieurs voyageurs utilisent toutefois Montréal et Toronto, voire New York et Philadelphie, comme plaque tournante pour rebondir à l'étranger. Et il y a ceux qui roulent jusqu'à Montréal pour prendre l'avion. Aéroport de Québec inc. estime toujours leur nombre à 500 000 annuellement, principalement des groupes organisés qui parcourent l'autoroute 20 en autocar.
Pour rapatrier cette clientèle et en convaincre une nouvelle, M. Gagné table encore une fois sur des installations modernes, mais aussi sur le service à la clientèle. «On ne pourra pas, comme petite ville, compétitionner avec New York ou Chicago sur les vols. On va compétitionner sur la qualité, l'expérience. Les gens vont venir ici, ils vont dire : on est bien, on est rassurés, c'est propre», résume M. Gagné.
Son équipe utilise comme un levier la première place obtenue deux années de suite (2010 et 2011) dans le cadre d'un sondage sur la qualité du service mené par le Conseil international des aéroports. Les points positifs comme négatifs sont étudiés pour demeurer en haut de ce classement.
Lors de la visite du terminal, cette semaine, M. Gagné donnait l'exemple des toilettes, dont le nombre était jugé insuffisant selon les réponses données au sondage. Considérant qu'elles étaient plutôt mal identifiées, l'aéroport a ajusté l'affichage et a vu tout de suite son pointage remonter. L'objectif avoué de Québec est de regagner la première place au classement.
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Yvan-Miville Des Chênes sera honoré
Le spécialiste et grand vulgarisateur de l'aviation Yvan-Miville Des Chênes, décédé la fin de semaine dernière, sera honoré à l'aéroport de Québec. M. Des Chênes a siégé pendant neuf ans, le maximum permis par les règlements, au conseil d'administration de l'aéroport en plus d'avoir été un proche collaborateur de la haute direction et d'avoir participé à l'organisation du spectacle aérien de Québec.
Gaëtan Gagné, président et chef de la direction d'Aéroport de Québec inc., laisse retomber la poussière pour décider du meilleur moyen de souligner la contribution exceptionnelle de M. Des Chênes au milieu de l'aviation et à la région de Québec.
«Il y a plein de désignations qu'on peut donner à un édifice, une rue», évoque M. Gagné, sans se limiter à l'idée d'un toponyme.
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Gaëtan Gagné prépare sa succession
Gaëtan Gagné planifie sa succession à la tête de l'aéroport de Québec. S'il décrit sans se faire prier les développements attendus pour 2020, le président est catégorique : il ne sera plus aux commandes à cette date. Il ne va toutefois pas jusqu'à dire s'il pourrait partir avant terme, lui qui a signé un contrat de quatre ans en 2012. «C'est des détails, ça», dit-il.
Pour M. Gagné, l'important est que le prochain chef de la direction soit imprégné de «la culture du passager avant tout» et connaisse les opérations. Pour cela, il verrait d'un bon oeil que son successeur vienne de l'interne.
«C'est pas dur de trouver un chef de direction, on va payer et on va en trouver un. Mais il faut que la culture l'absorbe. Il faut que cette culture-là du passager avant tout coule dans les veines du personnel et que ça demeure», explique-t-il, soulignant par ailleurs que «ça ne sera pas mon choix, ça va être celui du conseil» d'administration.