Le premier ministre du Canada Justin Trudeau
Le premier ministre du Canada Justin Trudeau

Champs de compétences en santé: Trudeau réplique au Québec en citant les CHSLD

Catherine Lévesque
La Presse canadienne
OTTAWA — Le Québec a besoin de l’aide du gouvernement fédéral, selon Justin Trudeau, qui a cité en exemple la situation difficile qu’a connue la province avec ses aînés au printemps dernier.

Le premier ministre a servi cette réplique au conservateur Gérard Deltell, qui l’accusait de s’ingérer dans les compétences des provinces avec son plus récent discours du Trône en voulant notamment imposer des normes nationales dans les centres de soins de longue durée.

«Je regrette, M. le Président, d’entendre le député de Louis-Saint-Laurent dire que le fédéral n’a pas sa place pour protéger nos aînés. Ce n’était pas l’opinion du premier ministre du Québec quand il nous a demandé d’envoyer les Forces armées pour aider, justement, les aînés dans nos CHSLD», a lancé M. Trudeau, jeudi, pendant la période de questions.

«Les Québécois et les Canadiens viennent de voir encore une fois le visage désagréable de l’arrogance du premier ministre libéral», a répondu M. Deltell.

La veille, le premier ministre du Québec, François Legault - et maintenant président du Conseil de la fédération - avait dit que le discours du Trône était «décevant» et ne respectait pas le champ de compétences des provinces en santé.

Ses doléances ont été relayées jeudi à la Chambre des communes par les conservateurs, mais aussi par les bloquistes.

Gabriel Ste-Marie, du Bloc québécois, a demandé au lieutenant politique de M. Trudeau au Québec, Pablo Rodriguez, s’il reconnaît que la baisse de la contribution fédérale en santé a un «lien direct» avec la situation difficile dans les CHSLD.

«Pour le Bloc québécois, parler de nos aînés, c’est de parler de chicanes constitutionnelles, alors qu’on parle ici d’êtres humains. Alors à chaque fois qu’on va se lever en Chambre, M. le Président, de ce côté-ci, et qu’on parlera de nos aînés, on va parler de droit à la vie, droit à la dignité, droit à des médicaments et droit à des soins de santé de qualité», a rétorqué M. Rodriguez.

Les provinces mécontentes

D’autres provinces ont joint leur voix à celle du Québec dans les dernières heures pour critiquer le discours du Trône.

Elles sont mécontentes que le document préparé par le gouvernement Trudeau ne fasse aucune mention d’une hausse des transferts fédéraux en santé, qu’elles réclament d’une seule voix, et que certains engagements empiètent sur leurs compétences.

«Il y avait de la place pour tous les objets brillants, toutes les distractions politiques qu’il est possible d’imaginer (...), mais pas un mot au sujet des transferts en santé», a déploré Jason Kenney, premier ministre de l’Alberta, lors d’un point de presse jeudi.

«Tous les premiers ministres, d’un océan à l’autre, ont identifié ceci comme la priorité numéro un et hier, elle a été ignorée», a ajouté Brian Pallister, du Manitoba.

Son collègue de l’Ontario, Doug Ford, a dit que tous les premiers ministres parlent d’une même voix.

«Nous ne pensons pas que le gouvernement fédéral devrait être dans cette juridiction. Nous avons besoin de son soutien, mais personne ne connaît mieux les soins de santé que les provinces. (...) Nous étions déçus de ne pas voir une augmentation des transferts fédéraux en santé dont nous avons désespérément besoin», a-t-il dit.

Il a ensuite mis en garde Ottawa contre la tentation de s’ingérer dans les compétences provinciales.

«Si le gouvernement fédéral prend le contrôle de la santé, je pense que ce serait un véritable désastre. Tous les premiers ministres pensent la même chose», a averti M. Ford.

Des réunions téléphoniques sont prévues jeudi et vendredi entre tous les premiers ministres. La rencontre du Conseil de la fédération, qui devait avoir lieu à ces mêmes dates au Château Frontenac à Québec, a été annulée.