Le camionneur Albert Paradis a perdu le contrôle de son camion dans une côte du chantier éolien de la Seigneurie de Beaupré en septembre 2012. Le camionneur déplorait les problèmes de freinage du camion depuis des semaines.

CFG Construction se défend: «la sécurité était prioritaire»

Le patron de CFG Construction jure qu’il n’aurait jamais laissé repartir un camionneur sachant qu’il conduisait un véhicule affecté d’un bris majeur. L’entretien mécanique ne relevait pas de lui, ajoute Franky Glode.

En cette dernière semaine du procès pour négligence criminelle ayant causé la mort d’un camionneur, le président de l’entreprise spécialisée en démolition a témoigné mardi pour défendre les pratiques de sa compagnie en matière d’entretien.

Des ex-employés et d’autres intervenants du milieu de la construction qui ont témoigné avant lui ont brossé un portrait sombre de CFG Construction, déplorant l’état mécanique des véhicules lourds et du camion Volvo conduit par la victime, Albert Paradis.

Le camionneur a perdu le contrôle de son camion dans une côte du chantier éolien de la Seigneurie de Beaupré en septembre 2012. Le camionneur déplorait les problèmes de freinage du camion depuis des semaines.

L’ingénieur civil Franky Glode s’est associé à son père Clément — aujourd’hui décédé — au début des années 2000 pour fonder CFG Construction.

La philosophie de l’entreprise a toujours été la sécurité des travailleurs avant tout, affirme Franky Glode.

«Jamais on ne va laisser le camionneur repartir si on sait qu’il y a un risque», insiste le dirigeant. 

Lors d’un bris, le camionneur appelle le mécanicien ou le responsable du garage d’entretien mécanique, affirme Franky Glode.

Certaines réparations peuvent être reportées dans le temps, ajoute le patron. «Parfois, ça devenait moins cher de louer des équipements que de réparer nos véhicules», explique M. Glode.

C’est le chef des opérations dans le garage qui décidait de procéder aux réparations ou de faire appel à une entreprise externe.

Le patron était parfois mis au courant de bris et parfois non, dit-il.

En plus de l’aspect de la sécurité des travailleurs, l’entreprise n’a aucun intérêt à arriver sur un chantier avec un véhicule en piteux état et ainsi risquer un bris et un coûteux retard, fait valoir Franky Glode.

Le dirigeant ajoute qu’outre l’accident qui a coûté la vie à «Albert» — le patron appelle toujours son employé par son prénom —, les camions de l’entreprise n’ont jamais été impliqués dans des accidents graves.

L’entreprise fait face à de multiples constats pour des infractions notées par les contrôleurs routiers. 

La Régie du bâtiment du Québec a décidé que les nombreux manquements de l’entreprise depuis 2003 aux lois régissant la sécurité des travailleurs et aux règles sur les véhicules lourds lui vaudrait une suspension de sa licence pour 35 jours, effective du 5 mars au 8 avril prochain.

Séquestre de faillite

De 2009 jusqu’à quelques semaines avant l’accident mortel, CFG Construction a fait face à de graves difficultés financières. «On avait beaucoup de sous à recevoir, mais on n’était pas capables d’aller les chercher et de payer nos créanciers car on ne pouvait pas finir nos 30 chantiers à travers la province de Québec, explique M. Glode. Avec le financement, on a fini les travaux, on est allé chercher nos sous.»

Le comptable d’un séquestre de faillite était installé dans les bureaux de l’entreprise et vérifiait toutes les factures.

Le budget d’entretien n’était pas illimité durant cette période, «mais ils ne nous avaient pas donné d’indication de ne pas faire d’entretien sur nos véhicules», ajoute Franky Glode.