Il est trop tôt pour connaître l’étendue des dégâts. On saura plus tard si certaines résidences sont considérées comme une perte totale et si d’autres peuvent être réhabilités avec quelques travaux correctifs.

«C'est beaucoup plus difficile qu'on pensait», dit Labeaume

Le maire de Québec voit les prochains jours comme une «véritable course contre la montre» pour défaire l’embâcle avec les risques de précipitations annoncés en fin de semaine. Mais les difficultés rencontrées rendent difficile le respect de l’échéance.

Régis Labeaume s’est montré déçu mercredi du peu de collaboration de Dame nature pour rétablir l’eau de la rivière Saint-Charles à un niveau acceptable. «Ça a baissé au total de 50%. Le niveau d’eau n’a pas beaucoup baissé. C’est notre déception. Ça ne se nettoie pas comme on espérait. Il reste 60% de l’embâcle. Mais c’est la nature, pis c’est la rivière...» se résigne-t-il.

D’autre part, il ajoute être très satisfait des interventions faites pour casser le couvert de glace et défaire l’embâcle. «On utilise toutes les connaissances qu’on a. Ce qu’on fait comme travail, c’est exactement ce qu’il faut faire. On ne peut pas aller plus loin.»

Les vannes du barrage de la Saint-Charles sont toujours fermées, la pelle-grenouille est arrivée mercredi matin et même les balustrades du pont à proximité ont été enlevées pour permettre à des pelles mécaniques de briser la glace sous la structure. Au total, six pelles retirent du cours d’eau, 24 heures sur 24, des glaces cassées d'un à trois mètres d'épaisseur pour éviter d’autres embâcles en aval. Elle est ensuite transportée par camion vers un dépotoir.

La pelle-grenouille permet de créer un chenail de 12 pieds de large pour permettre l’écoulement des eaux. Le problème, c’est qu’elle avait creusé seulement 50 des 800 mètres nécessaires mercredi en fin de journée. «C’est long et c’est compliqué. Parfois, il n’y a pas d’eau sous la glace. Et c’est encore plus compliqué parce qu’elle est collée au fond», rapporte le maire. 

Pluie en fin de semaine

La pluie prévue en fin de semaine fait craindre une autre hausse du niveau de la rivière. «On espère que ça débloque avant samedi parce qu’on n’aura peut-être pas le choix d’ouvrir les vannes au lac Saint-Charles. Pour l’instant, on y va au jour le jour», résume M. Labeaume. Heureusement, le site Internet de Météomédia prévoyait mercredi midi moins de cinq millimètres pour samedi.

Encore mercredi, policiers, électriciens, préventionnistes et autres membres des équipes d’urgence faisaient une tournée des résidences inondées. Du moins celles qui sont accessibles. «On installe des pompes là où on peut. Les sous-sols sont tous atteints, parfois c’est jusqu’au rez-de-chaussée.»

Cependant, il est trop tôt pour connaître l’étendue des dégâts. On saura plus tard si certaines résidences sont considérées comme une perte totale et si d’autres peuvent être rénovées. «Attendons que ça se dégage. Ils vont faire les évaluations. Laissons-les respirer ce monde-là. C’est tough», conclut le maire.

La Ville a déjà engagé 300 000 $ en frais divers. M. Labeaume garantit que personne ne réintégrera sa résidence avant d’obtenir l’assurance qu’il n’y a plus aucun risque d’une autre montée des eaux.

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UN JUGEMENT COÛTEUX

Cette autre inondation pourrait coûter à la Ville de Québec beaucoup plus cher que la facture d’intervention pour aider les sinistrés et défaire l’embâcle.

Pendant que les équipes d’urgence s’attaquaient au barrage de glace mardi, le maire de Québec était devant la Commission de l’aménagement du territoire à l’Assemblée nationale dans le cadre de modifications réglementaires apportées dans le domaine municipal. 

Le maire a notamment demandé au gouvernement de mieux protéger les contribuables contre «les effets des événénements climatiques exceptionnels». Tout a basculé avec un jugement de la Cour d’appel rendu en août 2015 en faveur de l’entreprise Équipements E.M.U. Il tient la Ville de Québec responsable des inondations de la rivière Lorette. «Le réseau d’égout pluvial desservant le secteur des Méandres était inadéquat, insuffisant et désuet», indiquait le juge.

Cette jurisprudence en main, les assureurs peuvent réclamer à la Ville de Québec, comme à toute municipalité, de rembourser les sommes versées à leurs assurés. «Près de 70 % des 11 millions $ versés à ce jour en compensation pour la seule rivière Lorette est payé aux assureurs», explique le maire. 

Il s’agit, selon lui, d’une situation inacceptable. «Dès qu’on envoie nos eaux pluviales dans la rivière, on est coupable, indique M. Labeaume, un peu désabusé. Le juge n’a pas tenu compte qu’il y a des changements climatiques et des pluies diluviennes. Ça vient faire porter aux citoyens tout le fardeau monétaire de décennies d’aménagement et de changements climatiques.»

La demande faite au gouvernement vise donc à rétablir un régime de responsabilité civile limitée des municipalités lors du débordement d’un cours d’eau.