Le maire de Paspébiac, Paul-Arthur Blais, assure que les 3200 citoyens de sa ville n'ont pas les moyens d'entretenir une infrastructure ayant besoin d'améliorations et d'un entretien annuel.

Cession des quais de Transports Canada: accueil glacial des maires en Gaspésie

La deuxième ronde du programme de cession des quais commerciaux de Transports Canada est reçue de façon plutôt glaciale par la plupart des élus gaspésiens, qui voient Ottawa se désister une fois de plus de ses responsabilités, avec des miettes budgétaires pour faire table rase de la propriété des ports.
Transports Canada entend se débarrasser de ses infrastructures en mettant sur la liste des ports à céder tous les quais commerciaux gaspésiens, ceux de Gaspé, Chandler, de Paspébiac et de Carleton. Ottawa y ajoute des quais inactifs depuis plus de 25 ans, celui de Mont-Louis, en ruine, et celui de Miguasha, ayant servi jusqu'à la fin des années 90 aux seules fins d'un traversier.
En fait, les quais commerciaux de Transports Canada desservant tout l'Est-du-Québec et la Côte-Nord sont sur la liste de la nouvelle ronde de cession. Cette liste inclut entre autres Cap-aux-Meules, aux Îles-de-la-Madeleine, tous les quais du Bas-Saint-Laurent, dont Gros-Cacouna, Rimouski et Matane, de même que Baie-Comeau et 10 quais de la Basse-Côte-Nord.
Après recherches, le député fédéral de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le néo-démocrate Philip Toone, a réalisé que Transports Canada n'avait pas modifié l'enveloppe de 33 millions $ visant le transfert de 60 quais en deux ans.
«Selon les documents obtenus par le NPD, Transports Canada a utilisé 9,2 millions $ pour se débarrasser de 10 des 60 quais. Il reste 24 millions $ pour 50 quais. C'est grandement insuffisant», soutient M. Toone.
Mélany Gauvin, de Transports Canada, ne confirme pas d'enveloppe budgétaire pour l'opération, qui sera menée «au cas par cas».
Dans sa stratégie, Transports Canada offre ses quais au gouvernement québécois, puis aux municipalités. Le maire de Gaspé, Daniel Côté, reçoit la nouvelle comme un autre «abandon du fédéral vis-à-vis les régions. On l'annonce comme une bonne nouvelle, alors que le fédéral se retire et veut nous envoyer la responsabilité de la gestion et de l'entretien des quais».
M. Côté serait«très surpris» que son conseil municipal veuille acquérir le quai. Gaspé n'a pas les moyens de s'occuper d'une telle infrastructure. L'annonce «pourrait devenir une bonne nouvelle si le gouvernement du Québec prenait le quai de Sandy Beach sous son aile [...]. [Il] n'a pas une vocation locale ni régionale, mais un potentiel d'importance nationale.»
Sandy Beach est de loin le port le plus actif en Gaspésie, avec 114 709 tonnes transbordées en 2013. En 2009, 433 000 y transitaient.
Situation compliquée
À Paspébiac, le maire Paul-Arthur Blais signale que la situation est compliquée du fait que la propriété est divisée entre Pêches et Océans Canada et Transports Canada. «On sait que la partie commerciale du quai requiert de 150 000 $ à 200 000 $ d'entretien par an, et que Transports Canada ne le fait pas toujours. On ignore l'état du quai. On va initier une table des usagers pour discuter, mais nos 3200 citoyens ne peuvent entretenir le quai.»
La mairesse Louisette Langlois, de Chandler, précise que sa ville souhaiterait acquérir le quai, «à condition qu'il soit remis en bon état et qu'un budget d'entretien l'accompagne». Les négociations avec Transports Canada sont toutefois au point mort depuis mars 2013.
La remise à niveau du quai de Chandler était alors évaluée à 13 millions $, soit plus de 50 % du solde de l'enveloppe destinée à tout le Canada.
Baie-Comeau souhaite que cette fois sera la bonne
Avec le nouveau programme de cession des ports du fédéral, Baie-Comeau souhaite qu'enfin, cette fois soit la bonne pour que la Manicouagan obtienne la gestion de son port. Le milieu réclame cet équipement depuis des années déjà.
«On a bon espoir que la cession du port de Baie-Comeau se concrétise finalement», a signalé Guy Simard, l'un des administrateurs de la Corporation de gestion du port de Baie-Comeau. «Les paramètres du nouveau programme de transfert seront connus dans les prochaines semaines et ce qu'on en sait, pour l'instant, c'est qu'ils cadreraient dans notre plan de prise en charge.»
Contrairement à la plus grande partie de la vingtaine de quais québécois mis en vente par Ottawa, celui de Baie-Comeau fonctionne à l'année et est rentable. De plus, le milieu travaille depuis plusieurs années afin de devenir une administration portuaire canadienne, comme Sept-Îles, Saguenay et Québec, question d'avoir la mainmise sur le développement de cet équipement.
Malgré des négociations, qui s'éternisent, la corporation n'a toujours pas obtenu ce qu'elle désirait. Le milieu est prêt à prendre le quai, répète-t-on, mais pas à n'importe quel prix. «Ça va prendre des investissements et des modifications pour le rendre performant», a rappelé M. Simard. Des estimations parlent d'une injection de 30 millions $ pour faire du quai un équipement qui plaira à la corporation de gestion.
Quelques questions traversent toutefois l'esprit de Guy Simard, aussi directeur du développement industriel chez Innovation et développement Manicouagan. La première est de savoir de quelle façon le gouvernement provincial ancrera cette cession de ports avec sa Stratégie maritime, qui reste encore à être connue.
Quant à la seconde interrogation, elle concerne le nombre de ports à être vendus, soit une cinquantaine dans l'ensemble du Canada. «À Baie-Comeau, on est très avancés dans notre réflexion et nos efforts dans la cession du port. On espère que le fédéral n'attendra pas une solution globale pour tous les ports avant de prendre une décision, ce qui aurait pour effet de nous pénaliser», a conclu M. Simard. Collaboration spéciale, Steeve Paradis