Le ruisseau de la brasserieimon Séguin-Bertrand, LeDroit

Ces lieux qu'on aime: le pont de la tour Eiffel

C’est un merveilleux coin du centre-ville de Gatineau qu’on appelle « le pôle culturel de la municipalité ».

Un commerce, un coin de rue ou un parc méconnus, un endroit pour rencontrer ou relaxer : les villes regorgent de lieux qu’on aime, souvent loin des circuits plus traditionnels. Cet été, les chroniqueurs des six journaux de Groupe Capitales Médias vous amènent à la découverte de ces petits trésors, de Québec jusqu’en Outaouais, de la Mauricie à l’Estrie ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Rendez-vous chaque jeudi de l’été.

Michel Légère

Il y a le Quartier des artistes de la rue Morin. L’immense sculpture florale de Jos Montferrand s’y trouve aussi, un legs offert à la Ville de Gatineau par Mosaïcultures internationales qui a été vu par plus d’un million de personnes à l’été 2017 dans le cadre des festivités entourant le 150e anniversaire de la Confédération canadienne.

C’est un coin invitant de l’ancienne Ville de Hull où l’on peut s’arrêter casser la croûte et prendre un verre au bar à vin Soif !, propriété de la sommelière de renommée internationale, Véronique Rivest. L’endroit se trouve tout près du Théâtre de l’Île, le premier théâtre municipal au Québec. Ou si vous préférez le houblon aux raisins, il y a à deux pas de là la terrasse des Brasseurs du Temps, qui est sans contredit l’une des plus belles de l’Outaouais. Elle est située sur un site patrimonial aux abords du ruisseau de la Brasserie, un cours d’eau qui porte ce nom pour rappeler la brasserie qu’avait fait construire sur ce site le fondateur de Hull, Philemon Wright, en 1821. Transformé en château d’eau au début des années 1900, l’édifice a repris sa vocation originale en 2009 et elle abrite depuis Les Brasseurs du Temps.

Puis il y a ce pont. Une œuvre d’art en soi avec ses arches de métal qui s’illuminent à la tombée du jour. Un pont qui enjambe le ruisseau de la Brasserie et qui surplombe la terrasse des Brasseurs du Temps.

Depuis 1990, on l’appelle le pont de la tour Eiffel. Car au centre de ce pont est exposée une poutre de suspension. Une simple poutre de métal. Mais une poutre unique qui provient de la tour Eiffel à Paris. Oui, LA tour Eiffel.

Comment cette poutre s’est-elle retrouvée au cœur de Gatineau ? Michel Légère a été maire de la Ville de Hull de 1981 à 1991. Un maire fort populaire aux idées aussi originales les unes que les autres. Il raconte comment, d’une simple lettre, il a réussi en 1990 à obtenir cette poutre de l’ancien maire de Paris, Jacques Chirac, celui qui allait devenir cinq ans plus tard président de la République française.

« Cette poutre provient du 6e étage de l’escalier sud de la tour Eiffel, dit M. Légère. Tous les ans à Paris, ils effectuent des travaux de restauration sur cette tour. Alors j’ai envoyé une lettre à M. Chirac pour lui demander un morceau de la tour Eiffel. Et il a gentiment accepté.

La microbrasserie Les Brasseurs du Temps, située sur la rue Montcalm, est un coin du centre-ville de Gatineau à découvrir.

Pourquoi teniez-vous à obtenir un morceau de la tour Eiffel ?

«On devait complètement refaire le pont à l’époque (en 1990). Les ingénieurs m’ont alors présenté un plan qui affichait un pont plat. Un pont bien ordinaire. Moi, j’avais l’idée à l’époque de créer un parc avec des sentiers de la langue française où les mots du dictionnaire auraient été traduits par une œuvre d’art. On compte de nombreuses villes et municipalités françaises dans le monde. Et mon idée était de demander à ces villes si elles accepteraient de financer la construction d’une œuvre d’art reliée à leur ville et reliée à des mots de la langue française. Ainsi, on aurait pu marcher à travers le dictionnaire de la langue française.

Votre idée d’un parc de la langue française ne s’est jamais concrétisée ?

«Non. Pas cette idée-là. Mais le premier jalon de ce projet d’un parc ou d’un jardin de la langue française était la poutre de la tour Eiffel. J’avais déjà vu des ponts construits par (Gustave) Eiffel, notamment au Portugal et en Amérique latine. Ces ponts ont tous des arches. Alors j’ai dit que pour faire le lien, qu’on allait construire ce pont de la rue Montcalm «à la Eiffel». Et la tour Eiffel… c’est quelque chose ! J’ai donc envoyé une lettre à M. Chirac pour lui demander un morceau de cette tour. Vous auriez dû voir la tête des douaniers lorsqu’ils m’ont demandé ce qui se trouvait à l’intérieur de la grosse boîte de bois que j’allais chercher. Lorsque je leur ai répondu que c’était un morceau de la tour Eiffel, ils ne m’ont pas cru et ils ont immédiatement ouvert la boîte. Ils ont bien vu que c’était ça. Après, j’ai transporté cette poutre ici, à Hull. On l’a installée sur le nouveau pont et elle s’y trouve depuis, avec une plaque qui explique sa provenance.»

Sur la plaque on peut lire : « Morceau de la poutre de suspension de l’ancien escalier sud de la tour Eiffel offerte par Monsieur Jacques Chirac, Maire de Paris, à Monsieur Michel Légère, Maire de Hull. Ce morceau de la tour Eiffel vient ainsi signifier visiblement, physiquement et mentalement l’identité culturelle de la ville de Hull et son appartenance à la culture française.

— Michel Légère, Maire - Le 25 juillet 1990 ».

«Vous pouvez y toucher à cette poutre, me dit M. Légère, en concluant notre entretien sur le pont de la tour Eiffel. On dit qu’elle porte chance à ceux qui y touchent.»

J’ai posé ma main et je l’ai laissée longuement en souhaitant longue vie au Droit, au Nouvelliste, au Quotidien, au Soleil, à La Tribune et à La Voix de l’Est.