Selon Paulette Demers, intervenante au centre de réinsertion lévisien L’Appart, Jimmy Côté a réalisé une intervention «parfaite».

Centre de soutien l’appart à Lévis: l'intervenant agressé raconte

Deux coupures sur le ventre, une sur le bras. Si la lame du couteau s’était rendue plus loin, Jimmy Côté aurait pu y laisser sa peau

M. Côté, 21 ans, est technicien en travail social à L’Appart, un centre de soutien à la réinsertion sociale de Lévis qui offre des appartements supervisés aux gens qui ont des problèmes de dépendance. Dimanche, il a tenté de convaincre un résident de se rendre dans un centre hospitalier.

«Toute la journée, il avait des comportements bizarres. Mon but, c’était de l’amener à l’hôpital pour se faire aider. J’essayais qu’il y aille de lui-même», raconte l’intervenant.

Le résidant de 21 ans présentait un «comportement bizarre», décrit Jimmy Côté. Il avait uriné dans la salle de lavage. Et il lui faisait des avances sexuelles de plus en plus insistantes. «Il essayait de me pogner le cul. Il m’a dit : “On va faire l’amour, je suis pu capable.”»

Jimmy Côté a mis ses limites, lui a dit qu’il n’acceptait pas ce genre de commentaires.

Durant l’après-midi, il a accompagné le résident au téléphone, afin que celui-ci appelle Info-Social 8-1-1, le pendant d’Info-Santé pour les problèmes psychosociaux. M. Côté aurait souhaité que l’homme de 21 ans puisse parler à un professionnel du service afin qu’un tiers puisse aussi lui conseiller de se rendre à l’hôpital.

«On a attendu une demi-heure et on n’a pas eu de réponse, alors on a fini par raccrocher», dit l’intervenant.

Puis, vers 14h50, Jimmy Côté s’est rendu dans l’appartement du résident pour voir ce qu’il comptait faire.

C’est à ce moment que le suspect s’en est pris au technicien en travail social avec un couteau de cuisine. M. Côté a réussi à se protéger, évitant que le couteau lui transperce le ventre. Il n’a eu que trois coupures mineures.

Il s’est sauvé dans le bureau des intervenants, qui se verrouille automatiquement.

Le technicien en travail social «a réussi à prendre la fuite, amenant l’arme avec lui, et il s’est réfugié dans le bureau des employés pour appeler le 9-1-1», indique Maxime Pelletier, porte-parole de la police de Lévis.

«L’agresseur l’a poursuivi et il a tenté d’entrer dans le bureau, sans succès. Il a causé des dommages dans le hall d’entrée et a exhibé ses parties génitales à la fenêtre du bureau des intervenants», poursuit M. Pelletier.

Les policiers sont arrivés rapidement sur place. Le suspect les a menacés de mort et aussi mentionné vouloir incendier l’immeuble, indique le porte-parole.

Le suspect, Estebann Labonté Verner, a été accusé de tentative de meurtre, lundi, au palais de justice de Québec. Il a aussi été accusé de tentative de meurtre et de non-respect des conditions de probation. 

Jimmy Côté dit qu’il n’a pas appelé la police pour dénoncer son agresseur présumé, croyant qu’il n’aurait pas à se rendre jusque-là. «Je n’ai jamais senti qu’il était agressif envers moi. Quand c’est arrivé, c’était comme [sorti] de nulle part», dit-il à propos de l’attaque au couteau.

M. Côté dit qu’il a réagi à l’agression par instinct de protection, mais qu’il a réussi à retrouver son sang-froid ensuite. En se sauvant dans le bureau et en appelant le 9-1-1, il n’a pas essayé «de jouer les super-héros», en essayant, par exemple, de maîtriser lui même son assaillant, souligne la coordonnatrice clinique de L’Appart, Véronick Giroux.

Jimmy Côté n’est technicien en travail social que depuis cinq mois. Il est conscient que le genre d’agression qu’il a subie est rare dans son milieu de travail, mais que cela fait partie des risques d’une clientèle en toxicomanie.

Intervenante à L’Appart, Paulette Demers dit qu’«aucun» signe n’aurait pu permettre de prévoir que l’accusé aurait tenté de poignarder son jeune collègue. «Tout est parfait dans son intervention», le félicite-t-elle.

L’Appart a permis à de nombreux ex-toxicomanes de se réinsérer socialement, souligne Mme Giroux. Plusieurs ont repris la garde de leurs enfants, ont recommencé à étudier et se sont trouvé du travail. La coordonnatrice clinique dit n’avoir jamais été témoin d’une agression similaire dans son milieu de travail. «En 18 ans, ça ne m’est jamais arrivé!»

Malgré la tentative de meurtre qu’il aurait subie, Jimmy Côté n’a pas l’intention de changer d’emploi. Véronick Giroux l’encourage à recevoir de l’aide des Centres d’aide aux victimes d’actes criminels.

Pour l’instant, M. Côté s’estime chanceux de ne pas avoir été blessé davantage. Et il a besoin de repos. «Je n’ai pas beaucoup dormi, dit-il. Mais je n’ai pas fait de cauchemar.»