Vingt-huit adolescents et jeunes adultes de l'école secondaire Guilaume-Couture de Lévis ont été des stars le temps d'une journée. Ils ont été réunis au Centre de formation professionnelle de Lévis  où les étudiantes en coiffure et en esthétique les ont bichonnées.

Célébrer la beauté dans la différence

Ce matin-là, les groupies étaient postées à l'entrée, fébriles, énervées, attendant les vedettes. Puis le décompte a commencé: «Ils sont partis il y 1 minute! Ils arrivent dans 5 minutes»; «2 minutes»; «OK l'autobus est là»...
La caméra s'est activée, les appareils photo ont cliqueté. Ceux qui étaient tant attendus sont entrés, un peu surpris par toute cette attention.
Les stars, ce sont 28 adolescents et jeunes adultes. Ils cumulent entre 13 et 21 printemps chacun. Tous élèves de l'école secondaire Guillaume-Couture de Lévis.
Pourquoi tant d'effervescence autour d'eux? Ce jeudi de mars, on célébrait leur «beauté dans la différence». Car différents, ils le sont. Déficience intellectuelle, autisme et autres troubles ralentissent leur progression sociale et scolaire.
Une de leurs profs a voulu les sortir du quotidien le temps d'une journée spéciale. Ils sont donc réunis au Centre de formation professionnelle de Lévis, où le scénario se déroule devant les lentilles. Là, les étudiantes en coiffure et en esthétique les bichonneront. Une photographe professionnelle s'occupera ensuite de les croquer. 
La prof derrière le projet, c'est Andréann Gilbert, sortie de l'université il y a 7 ans, toujours «précaire», loin de la permanence. Formée en éducation spécialisée, c'est sa deuxième année avec les jeunes de Guillaume-Couture. Elle n'a pas de groupe attitré. Elle butine d'un à l'autre.
«Ce sont des élèves merveilleux qui, à tous les jours, doivent se dépasser. Mais ces jeunes-là ne sont jamais montrés en première ligne. Comme dans "jamais"», laisse-t-elle tomber. 
Quand l'idée a germé, il n'était question que d'une séance photo. Andréann Gilbert a toutefois poussé plus loin. Les cohortes en coiffure et esthétique ont embarqué. Un magasin de vêtements bien connu dans la capitale a offert une garde-robe neuve aux 28. Un restaurateur a payé le lunch... 
À la regarder courir dans tous les sens pour que tout se passe bien, on se demande qui des jeunes ou d'Andréann est le plus excité!
Nous voici donc dans une salle aux murs couverts de miroirs, des filles pas habituées d'être sous les projecteurs sur les chaises. Du nombre, il y a Zoé, aux anges, qui se fait maquiller par Janicke. Zoé, tu aimes l'expérience? «J'aime tout.» Zoé est économe de mots. C'est une première pour toi? «Par des spécialistes, oui.»
Certains gars sont plus réticents à se faire coiffer. Mais la plupart étaient heureux après avoir profité des bons soins des étudiantes en coiffure du CFPL.
Ça suffit pour les questions du journaliste. Zoé veut parler à Janicke, s'assurer que tout se passe bien, que le maquillage soit réussi : «Ça se peut que mes yeux bougent». Janicke est interloquée, d'autant plus que Zoé chante pour elle. Zoé sourit.
L'activité est formatrice pour les vedettes du jour, fait remarquer la prof Andréann Gilbert. Pas simple de rencontrer de nouveaux visages, de se faire toucher par des inconnus, d'être au centre de l'attention. Pas simple de surmonter les peurs, de sortir de la routine. Il a d'ailleurs fallu organiser une visite des lieux une semaine avant le jour J pour les familiariser. «C'est quelque chose parce que c'est un projet où ils doivent se dépasser.» Elle veut pouvoir leur dire : «Avez-vous vu, vous avez été capables». 
Au bout du couloir, à la coiffure, certains gars sont plus réticents. À un moment, un éducateur en récupère un qui repartait à la maison. Mais la plupart s'extasient de toutes leurs dents après avoir été peignés.
«Il faut leur laisser le temps», commente Lucie Forgues, prof en coiffure qui assigne les «clients» à chacune de ses protégées. 
L'activité est aussi formatrice pour les élèves «réguliers», souligne-t-elle. «Parce qu'ils vont avoir à vivre ces choses-là au salon.» Disons qu'elles ont été surprises.
Bon, c'était l'heure pour nous de les laisser profiter, de quitter. C'est à ce moment que Madame Picard est arrivée. En fait, son nom c'est Viviane, mais elle est dans la phase «Madame Picard». Elle fait partie du groupe des 28.
Sa mère, Mélanie Cyr, était présente. Elle nous a rassurés, a calmé nos doutes sur la monétisation de l'événement. «C'est un bon projet. Ça sort du cadre.»
Car la prof Andréann Gilbert a de l'ambition. Avec les photos, un magazine sera produit. Vendu 10 $ pièce, il servira à amasser des fonds. Une part pour la Fondation Véro et Louis, une part pour financer des activités pour les jeunes. Elle rêve de récolter 1000 $. «On espère vraiment pouvoir l'atteindre.» Dès le début de la semaine prochaine, il sera en prévente sur le site Web de sociofinancement La Ruche.
Mme Andréann a de l'ambition. Elle semble rêver d'un montant bien plus élevé.