Ce médecin qui voulait pratiquer à Paspébiac...

GASPÉ — En août 2016, le CISSS de la Gaspésie a décliné l’offre d’un médecin d’urgence qui aurait été prêt à pratiquer au CLSC de Paspébiac. Il reste toujours neuf quarts de travail à combler en décembre dans cet établissement, qui a refusé un patient en arrêt cardiorespiratoire la semaine dernière.

Le médecin, qui refuse de publier son nom «pour éviter des répercussions négatives» sur sa carrière, offrait au CISSS de faire de l’urgence, de l’hospitalisation et de la prise en charge de patients. 

On lui a répondu que les besoins étaient comblés dans les urgences des hôpitaux de la Gaspésie. «Nous avons également deux urgences 24/7 en CLSC à Paspébiac et Grande-Vallée qui ont des besoins importants, mais je ne crois pas que ce type d’urgence soit adapté à votre formation R3 en urgence», a écrit Denis Bujold, adjoint à la direction des services professionnels du CISSS de la Gaspésie, dans un courriel dont Le Soleil a obtenu copie.

Des gardes en CLSC, «ce n’est pas une pratique habituelle» pour les médecins d’urgence, qui étudient une année de plus que les médecins de famille, admet le médecin. «Mais disons que je ne sentais pas un appel à l’aide.»

Le médecin ne veut pas blâmer les employés du CISSS qui ont dédaigné sa candidature, insiste-t-il. «Ils ne faisaient qu’appliquer les décisions de Gaétan Barrette.» Le ministre oblige tous les finissants, y compris les médecins d’urgence, à prendre 500 patients en charge.

En septembre 2016, le médecin aurait voulu s’inscrire à la liste des dépanneurs, ce qui lui aurait permis de pratiquer à Paspébiac en cas de besoin. On a là aussi refusé ses services, indique-t-il. 

Patient refusé

Dans la nuit du 23 au 24 novembre, vers 23h45, le CLSC de Paspébiac a refusé un patient de Bonaventure en arrêt cardiorespiratoire. Le médecin de garde finissait son quart à minuit et aucun n’était disponible pour la nuit. Le patient a été transporté à l’hôpital de Maria, à 30 minutes de plus de route. Il est décédé, mais il est impossible de savoir si un transport au CLSC de Paspébiac aurait pu le sauver.

Le médecin pratique maintenant à l’urgence de Saint-Jérôme, en banlieue de Montréal. De sa cohorte de dix finissants à l’Université de Sherbrooke, trois ont quitté le Québec pour pouvoir pratiquer leur spécialité à temps plein, rapporte-t-il. Le médecin évalue que 10 des 40 finissants québécois de son année sont allés pratiquer hors de la province.

En réaction, le CISSS de la Gaspésie rappelle que les récentes ruptures de services à Paspébiac s’expliquent par les congés de maternité de deux médecins et les blessures de deux autres.

Le cas de Paspébiac «est symptomatique du fait qu’on a réduit le nombre de médecins aptes à aller dans les urgences», estime plutôt le co-porte-parole du Regroupement des médecins omnipraticiens pour une médecine engagée, Simon-Pierre Landry. Le ministre Barrette a centralisé le pouvoir de répartir les médecins, loin des autorités locales capables de prévoir les besoins, ajoute M. Landry. Une médecin «a le temps de tomber enceinte, de partir en congé et de revenir le temps qu’on évalue les besoins».

Neuf quarts à combler

Il reste 9 quarts de travail à combler sur 23 en décembre au CLSC de Paspébiac, indiquait jeudi le président de l’Association des médecins omnipraticiens de la Gaspésie, Sylvain Drapeau, dans un courriel adressé aux médecins d’urgence. 

«À la suite de la médiatisation [du cas de Bonaventure], le ministre de la Santé a décrété qu’aucune découverture de garde ne serait tolérée à l’urgence du CLSC à partir de cet événement, bien qu’il ait lui-même cautionné cette situation, bien connue depuis plusieurs années», écrit M. Drapeau.

«Au jour le jour, nous comblons les quarts restants. […] Il y aura une présence médicale 24 heures sur 24 à l’urgence du CLSC de Paspébiac», garantit la porte-parole du CISSS, Geneviève Cloutier.