La député de Taschereau, Catherine Dorion, portait le même coton ouaté, jeudi, à l'Assemblée nationale, ce qui est contraire au décorum selon certains députés.

Catherine Dorion: le coton ouaté de la discorde

Catherine Dorion n’était pas bien dans son coton ouaté, jeudi matin. Plutôt, d’autres députés n’étaient pas bien à la vue du coton ouaté de Catherine Dorion. Assez pour que cela empêche la députée de siéger.

La relation aigre-douce entre le style de la députée de Taschereau et le décorum de l’Assemblée nationale du Québec n’est pas nouvelle. Elle dure depuis son élection, il y a 13 mois. Jeudi, la crise a atteint un sommet inégalé.

Selon ce qu’a révélé Québec solidaire, le parti de Mme Dorion, «des députés ont interpellé le président [avant la période de questions] pour demander de sévir contre la députée de Taschereau qui, selon ces députés, portait des vêtements qui sont contraires au décorum», a raconté le porte-parole de QS, Gabriel Nadeau-Dubois, à sa sortie de la chambre.

On parle d’un large gilet à capuchon en coton ouaté et de pantalons leggings, habillement déjà porté par Mme Dorion durant les débats en chambre.

Sauf que là, cela survient une semaine après la photo d’Halloween prise au Salon rouge, où Mme Dorion était «déguisée en députée» à jupe courte et qui a mené à une plainte du Parti libéral à son endroit auprès de la commissaire à l’éthique de l’Assemblée nationale.

Ce nouvel incident coïncidait aussi avec le dépôt de la réponse du président de l’Assemblée, François Paradis, à la lettre rédigée vendredi dernier à ce propos par la whip de l’opposition officielle, Nicole Ménard. Réponse où M. Paradis dit considérer «l’incident clos» et promet de «veiller au respect de notre institution».

Mais laissons M. Nadeau-Dubois continuer. 

«Je suis allé voir Catherine et je lui ai demandé d’aller discuter à l’extérieur du Salon bleu. J’ai eu une discussion avec l’équipe de la présidence, qui m’a fait comprendre que des députés menaçaient de faire des interventions en chambre pour qu’il expulse Catherine Dorion.

«J’en ai informé Catherine Dorion, qui était ébranlée. Pour éviter que ça prenne des proportions ridicules, elle a préféré ne pas assister à la période de questions», a résumé le porte-parole de QS.

Refusant de jeter la pierre au président, forcé d’intervenir si des députés le lui demandent, M. Nadeau-Dubois en a contre les députés qui ont protesté.

«Être dérangés par Catherine, trouver irritante sa manière de jouer son rôle de députée, même la critiquer publiquement, ça fait partie de la joute politique. Par contre, ce qui vient de se passer, c’est plus grave. Une députée élue légitimement par les gens de sa circonscription ne s’est pas sentie accueillie et à sa place dans notre Assemblée. C’est grave», a clamé M. Nadeau-Dubois, jugeant que son «amie Catherine» «n’a pas à se changer pour exercer son rôle de députée».

«Il était temps»

Dans le camp gouvernemental, le whip de la Coalition avenir Québec assure que «pour mon caucus, ça ne passerait pas», tranche Éric Lefebvre, sur la tenue de Mme Dorion.

Sa collègue Chantal Soucy, aussi vice-présidente de l’Assemblée, va plus loin. «Il était temps qu’on trace une ligne», a commenté Mme Soucy, s’affirmant «tout à fait en accord» avec la «décision du président».

«Ce n’était pas une tenue vestimentaire digne d’une fonction de députée dans l’enceinte du Salon bleu. Nos règles sont assez claires. Même si ce n’est pas écrit noir sur blanc, pas besoin d’un dessin pour savoir c’est quoi une tenue vestimentaire. On parle d’une tenue de ville. Si vous allez voir sur n’importe quel moteur de recherche, vous allez voir que le coton ouaté n’en fait pas partie», a jeté Mme Soucy.

Une réforme du code vestimentaire de l’Assemblée nationale du Québec est au menu depuis plusieurs mois, mais sans résultat tangible. Comme à l’Assemblée nationale de France ou au conseil municipal de Montréal, on pourrait, par exemple, retirer l’obligation pour les hommes de porter une cravate.

Cette remise en question résulte de l’arrivée de Mme Dorion, entre autres, parmi la députation.

Dès l’automne dernier, son collègue de QS Sol Zanetti et elle s’étaient permis jeans, espadrilles, camisole et bottes Doc Martens entre les murs du parlement.

Le président Paradis avait dès lors mis en marche «une réflexion» sur la modernisation du code vestimentaire. Pour en arriver, deux mois plus tard, au maintien du statu quo en attendant qu’un «large consensus» émerge.

S’en remettant à la blague aux contraventions de style de son ami et styliste Jean Airoldi, le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, soulignait par contre qu’«en toute circonstance, empêcher un député de siéger, c’est quelque chose d’important».

À Tout le monde en parle

Mme Dorion n’a pas réagi officiellement. Jeudi soir, elle était à Montréal pour participer à l’enregistrement de Tout le monde en parle, émission qui a du matériel à se mettre sous la dent pour la diffusion de dimanche soir.

Par ailleurs, les beaux-parents d’un lecteur du Soleil lui ont fait part des excentricités vestimentaires du ministre québécois de l’Agriculture du début des années 1970, Thomas Kevin Drummond, sous le premier règne de Robert Bourassa. On dit qu’il s’atriquait de façon singulière et portait même parfois des bottes de construction!