Selon la chercheuse et professeure Caroline Ménard, obtenir une subvention de 1 million $ sur cinq ans est un gros cadeau qui va permettre au laboratoire d’assurer ses recherches.
Selon la chercheuse et professeure Caroline Ménard, obtenir une subvention de 1 million $ sur cinq ans est un gros cadeau qui va permettre au laboratoire d’assurer ses recherches.

Caroline Ménard: une souris résiliente

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
La chercheuse et professeure Caroline Ménard étudie le stress et ses influences sur la dépression, un sujet qui fait de plus en plus jaser. L’Organisation mondiale de la santé a même déterminé que la dépression devient la cause principale d’incapacité dans le monde.

«Tout le monde connaît quelqu’un dans son entourage qui a vécu de la dépression, qui vit du stress ou de l’anxiété, ce que j’aime beaucoup c’est que tout le monde se sent concerné. D’une culture à l’autre, les gens n’expriment pas le stress de la même façon.», indique-t-elle.

Depuis quelques années, les recherches de la femme de 40 ans, professeure au département de psychiatrie et neurosciences de la Faculté de médecine de l’Université Laval depuis presque deux ans, attirent l’attention. Elle et son équipe ont récemment mis la main sur une importante subvention fédérale qui assure la continuité des recherches. Un article sur son travail a aussi paru récemment dans le Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS).

«Les taux de succès de cette subvention oscillent entre 10 et 15 %, ce n’est pas si facile d’aller la chercher. Ce sont de gros montants, 1 million $ sur cinq ans, ça va nous permettre de nous stabiliser comme laboratoire. En recherche, le plus gros stress c’est le côté financier, on est comme une PME. Je dis souvent que je suis une cheerleader, je demande de l’argent et je fais du cheerleading pour vanter nos projets, nos recherches, ce qui nous donne de la visibilité et donc qui aide au financement. Si l’argent arrête de rentrer, il faut mettre des gens à la porte», explique-t-elle.

De telles reconnaissances et la visibilité qu’elle reçoit sont un cadeau. «C’est aussi beaucoup le travail de mon équipe qu’on souligne. On passe beaucoup de temps dans le labo, enfermés avec les souris, de voir qu’on sait ce qu’on fait c’est un beau velours. On aime partager ce que l’on fait au public, c’est quand même eux qui financent nos recherches avec leurs impôts», ajoute Mme Ménard, qui est âgée de 40 ans.

Il y a une grosse part de chance dans la réussite des chercheurs, la professeure compare souvent le métier à des montagnes russes. Elle connaît assurément une très bonne période depuis quelques mois. 

Souris mâle, souris femelle

En résumé rapide, Mme Ménard et son équipe créent du stress chez les souris, et observent comment celles-ci réagiront.

«La question qu’on se posait, pourquoi des souris que l’on stresse deviennent déprimées, alors que d’autres sont résilientes, donc résistent au stress? Qu’est-ce qu’il se passe au niveau de la biologie? Et est-ce que ce sont les mêmes mécanismes chez les humains?»

En psychiatrie, il n’y a pas de «bio marqueurs» qui explique une dépression. Ce n’est pas comme un diagnostic de cancer, où des cellules cancéreuses ont été trouvées dans le sang. Mme Ménard essaie donc de trouver des marqueurs de dépression, afin de mieux diagnostiquer la maladie.

«Nous, on étudie la différence entre une souris mâle et une souris femelle, c’est un changement de mentalité et de culture de faire ça. On sait que la dépression est plus prévalente chez les femmes... Il y a 30 à 50 % des gens qui ne répondent peu ou pas au traitement antidépresseur actuel, on croit que l’une des raisons c’est qu’on étudie seulement les souris mâles.»

À plus long terme, Mme Ménard veut aussi développer de meilleurs antidépresseurs et trouver un moyen de prévenir la dépression chez les personnes les plus vulnérables. «Comprendre ce qui se passe au niveau biologie, pour comprendre comment tout fonctionne.»

Pro du stress?

Mme Ménard sait que son sujet de recherche est intéressant pour monsieur et madame tout le monde... Elle reste brève par rapport aux conseils de gestion de stress qu’elle offre à son entourage. 

«Je fais attention, je n’ai pas un diplôme de médecine, je ne suis pas à l’aise de donner des conseils professionnels aux gens. Il reste que l’on fait beaucoup de biologie avec des souris. C’est sûr que j’essaie d’être une souris résiliente et quand je donne des conférences, je laisse à la fin ma recette gestion de stress. Je pense que tout le monde devrait en avoir une, et il ne faut pas se gêner d’aller voir des professionnels et se tourner vers la médication», confie-t-elle.

La professeure termine en disant que le stress n’est pas toujours une mauvaise chose, il demeure une émotion. «Ça nous permet aussi de survivre. Notre cerveau communique avec notre système immunitaire pour gérer les situations stressantes. Des fois, en plus de la médication, il faut voir ce qu’on peut changer autour de soi.»

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