Une file de voitures à la clinique de dépistage de Fleur de Lys, mercredi
Une file de voitures à la clinique de dépistage de Fleur de Lys, mercredi

Capitale-Nationale: une zone toujours jaune, presque orange

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
La Capitale-Nationale enregistrait mercredi 53 nouveaux cas de COVID-19, en légère baisse par rapport au sommet de 60 cas atteint lundi et mardi. Un nouveau décès et une sixième éclosion en milieu d’hébergement pour aînés ont été signalés. Bilan, entrevue avec le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale par intérim, le Dr Jacques Girard, et regard sur la capacité du système de soins dans la région, une zone toujours jaune, presque orange.

Lorsque le gouvernement Legault a dévoilé la semaine dernière son nouveau «système d’alertes régionales et d’intervention graduelle» (les fameuses couleurs verte, jaune, orange et rouge), il a expliqué que les paliers étaient établis en tenant compte de la situation épidémiologique, du contrôle de la transmission du virus et de la capacité du système de soins. 

Avec une incidence quotidienne de 5,26 cas pour 100 000 habitants, la région de la Capitale-Nationale s’approche du palier orange (6 cas par 100 000 habitants). Pour rappel, selon la définition générale du gouvernement, une alerte modérée signifierait la restriction ou l’arrêt de certaines activités à risque plus élevé. 

Selon un document de travail présenté à la Fédération des médecins spécialistes du Québec et rendu public sur les réseaux sociaux par l’ex-journaliste Patrick Déry, en zone orange, la limite pour les rassemblements privés passerait de 10 à six personnes, alors que les événements publics pourraient accueillir un maximum de 50 personnes, contre 250 présentement. 

Les bars et salles à manger intérieures des restaurants pourraient fermer, et les sports avec contacts fréquents de même que les compétitions sportives et les matchs seraient interdits. Le port du couvre-visage serait également obligatoire en tout temps dans les salles de spectacles et les marchés extérieurs par exemple. 

La Capitale-Nationale s’approche de la zone orange, donc, mais elle n’en est pas encore là, selon le Dr Jacques Girard. «Il y a beaucoup de cas, c’est sûr, mais pour changer de palier, il faut avoir une observation sur sept jours. […] Il faut aussi regarder le taux de positivité des tests pour voir si on réussit à détecter des nouveaux cas. Actuellement, le taux de positivité est à 2,24% [contre près de 3% encore récemment]», expose le Dr Girard.

Le fameux R0 (le nombre moyen d’individus qu’une personne contagieuse peut infecter) est aussi pris en compte, ajoute-t-il. Dans la Capitale-Nationale, ce R0 est actuellement de 1,25, c’est-à-dire que quatre cas positifs vont en générer cinq. 

«Le taux de reproduction du virus, normalement c’est entre 3 et 4. Imaginez si on n’avait pas les mesures [sociosanitaires] qu’on a, ça voudrait dire que les quatre cas positifs pourraient en générer au moins 12», souligne le médecin. 

La capacité de dépistage, d’analyse en laboratoire et de divulgation des résultats est aussi importante pour déterminer la couleur d’une région. À cet égard, le CIUSSS a embauché 70 nouveaux dépisteurs et promis d’accentuer la diffusion des résultats négatifs par message texte, en plus de conclure des ententes avec des laboratoires pour augmenter la capacité d’analyse des prélèvements, qui est passée de 1900 à plus de 3000 tests par jour. 

«Un autre paramètre qu’on regarde, c’est la capacité de la santé publique de la région à faire des enquêtes en-dedans de 24 heures, et le nombre de cas contacts à rejoindre», mentionne encore le Dr Jacques Girard, qui signale à cet effet que le nombre de personnes affectées aux enquêtes épidémiologiques a plus que doublé depuis cet été, passant d’une cinquantaine à environ 120 personnes. 

Quant aux hospitalisations, elles sont en hausse dans la région depuis quelques jours. Selon le dernier bilan du CIUSSS, 26 personnes (une de plus que mardi) sont actuellement hospitalisées pour des complications liées à la COVID-19, dont cinq aux soins intensifs (stable). Cinq personnes infectées qui sont issues de milieux d’hébergement pour aînés sont aussi isolées en milieu hospitalier, où elles occupent donc des lits. 

Selon le Dr Girard, «tout compte fait, si la situation se maintient, on va rester en préalerte». «C’est vraiment dans les prochains jours qu’on va avoir l’heure juste, si ça va rester stable, si ça va remonter ou si ça va redescendre», dit-il. La prochaine mise à jour du système d’alertes du gouvernement aura lieu mardi. 

Parties de cartes et pratiques de chant

Le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale par intérim réitère l’importance de faire attention aux rassemblements privés et aux activités sociales «sous toutes ses formes», incluant les parties de cartes et les pratiques de chant. L’équipe du Dr Girard surveille d’ailleurs étroitement une activité de chant à laquelle aurait participé une personne infectée.

«20% des cas qu’on a dans la Capitale-Nationale sont liés à des éclosions. Le reste, c’est les activités sociales. Et les cas se transmettent dans les milieux de travail, à l’école, dans les milieux de vie pour aînés...» rappelle le Dr Girard.

Une personne qui résidait à Place Alexandra a d’ailleurs succombé à la COVID-19 au cours des dernières 24 heures. Il s’agit du troisième décès enregistré depuis le début de la semaine dans cet établissement, qui compte au total 40 résidents et 13 employés infectés. 


« C’est vraiment dans les prochains jours qu’on va avoir l’heure juste, si ça va rester stable, si ça va remonter ou si ça va redescendre »
Le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale par intérim, le Dr Jacques Girard

Une éclosion a par ailleurs été signalée à la résidence La Belle Époque, aussi située dans le secteur de Beauport. Pour le moment, on compte un seul résident et «moins de cinq» employés infectés. 

Dans les autres milieux d’hébergement touchés par une éclosion (la résidence intermédiaire Clairière du Boisé, le CHSLD Louis-Hébert, les Résidences Kirouac et la résidence Humanitae), la situation était stable, mercredi. 

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Capacité du système de soins

Dans la Capitale-Nationale, ce sont l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) et l’hôpital de l’Enfant-Jésus qui ont été désignés pour recevoir les patients adultes atteints de la COVID-19. Le CHUL accueille pour sa part les enfants infectés par le virus, mais il n’y en a aucun d’hospitalisé actuellement. 

En date de mercredi matin, 23 des 35 lits de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus dédiés aux patients COVID étaient occupés. Selon le CHU de Québec, 14 lits supplémentaires pourraient être ouverts «immédiatement» au besoin, ce qui augmenterait la capacité d’hospitalisation à 49 lits. 

Du côté des soins intensifs, l’Hôpital de l’Enfant-Jésus compte six lits de soins intensifs réservés aux patients COVID, dont quatre sont actuellement occupés. Là encore, le CHU de Québec se dit prêt à dédier au besoin six lits de soins intensifs supplémentaires, pour un total de 12. 

«Dans les deux cas (hospitalisations et soins intensifs COVID), notre capacité s’ajuste à la demande. On a une capacité aujourd’hui qui pourrait être doublée demain si nécessaire. Nous avons la marge de manœuvre nécessaire en soins intensifs réguliers et unités COVID»,assure par courriel un porte-parole du CHU de Québec, Bryan Gélinas. 

Du côté de l’IUCPQ, 18 lits d’hospitalisation et quatre lits de soins intensifs sont réservés aux patients COVID. Actuellement, 15 patients (neuf cas  confirmés et six autres suspectés) sont hospitalisés à l’IUCPQ, dont un aux soins intensifs. 

Des employés et un premier médecin de l’IUCPQ infectés

Tant chez les membres du personnel de l’IUCPQ que chez ceux du CHU de Québec et du CIUSSS de la Capitale-Nationale (qui gère notamment les milieux d’hébergement pour aînés), des cas de COVID-19 ont été recensés ces derniers jours. 

À l’IUCPQ, on compte actuellement six employés et un premier médecin (depuis le début de la pandémie) infectés par le virus. «L’équipe de prévention et de contrôle des infections ainsi que la Direction des ressources humaines et des communications sont mobilisées et présentes auprès des équipes pour assurer les suivis dans la gestion des bonnes pratiques», indique la porte-parole, Catherine Nazair.

Selon Mme Nazair, la contamination des employés qui ont été infectés depuis le début de la pandémie provient de diverses sources. «Certains employés ont été contaminés dans le cadre de leur travail à l’Institut ou dans un autre établissement du réseau de la santé et des services sociaux» ou encore dans la communauté ou leur famille, précise la porte-parole de l’IUCPQ.

Au CHU de Québec, sept «intervenants» ont reçu récemment un résultat positif à la COVID-19, sur plus de 12 000 employés. 

Quant au CIUSSS de la Capitale, qui compte plus de 17 000 employés, 12 étaient positifs à la COVID-19 en date de mercredi matin. 

Chaudière-Appalaches

La situation semblait se stabiliser mercredi dans la région de Chaudière-Appalaches, qui enregistrait 16 nouveaux cas confirmés de COVID-19, comme la veille. 

Aucun nouveau cas n’a été signalé dans les quatre milieux d’hébergement pour aînés touchés par au moins un cas de COVID (ressource Le Crystal, CHSLD Saint-Alexandre et Jardins Saint-Alphonse, à Thetford Mines, et Le Saint-Guillaume, à Saint-Georges).

Du côté des écoles touchées par au moins un cas de COVID-19, quatre nouveaux établissements se sont ajoutés à la liste officielle depuis mardi, pour un total de 15 depuis le début de la rentrée scolaire. 

Il s’agit de l’École secondaire les Etchemins, dans le secteur de Charny, de l’école primaire Maribel, à Sainte-Marie, de la polyvalente de Saint-Georges, et le Juvénat Notre-Dame, à Lévis, selon les données officielles (et pas toujours à jour).

Sur la quinzaine d’écoles touchées, trois étaient considérées en éclosion (au moins deux cas liés entre eux) en date de mercredi, soit l’école primaire Saint-Hélène, dans le secteur de Lévis, l’école primaire des Deux-Rives, à Saint-Georges, et l’école secondaire Veilleux, à Saint-Joseph. 

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EN BREF

Capitale-Nationale

  • +53 nouveaux cas, pour un total de 2677 depuis le début de la pandémie
  • 1913 personnes rétablies
  • 200 personnes décédées
  • 26 personnes hospitalisées pour complications, dont cinq aux soins intensifs
  • 564 cas (confirmés) actifs

Chaudière-Appalaches 

  • + 16 nouveaux cas, pour un total de 811 depuis le début de la pandémie
  • 637 personnes rétablies
  • 10 personnes décédées
  • 2 personnes hospitalisées
  • 164 cas (confirmés) actifs