Le Dr Horacio Arruda a réagi mercredi à notre reportage faisant état des tentatives vaines d’une retraitée de Saint-Ferréol-les-Neiges de subir un test de dépistage pour la COVID-19.
Le Dr Horacio Arruda a réagi mercredi à notre reportage faisant état des tentatives vaines d’une retraitée de Saint-Ferréol-les-Neiges de subir un test de dépistage pour la COVID-19.

Capitale-Nationale: les critères de dépistage de la COVID-19 seront revus

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Toute personne qui présente des symptômes compatibles avec la COVID-19 doit être testée, qu’elle soit retraitée ou au travail, dans un milieu déconfiné ou pas. Fort de ces précisions faites mercredi par le Dr Horacio Arruda, le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr François Desbiens, modifiera son «interprétation» des critères de dépistage du ministère de la Santé.

Le Dr Horacio Arruda a réagi mercredi à notre reportage faisant état des tentatives vaines d’une retraitée de Saint-Ferréol-les-Neiges de subir un test de dépistage pour la COVID-19. La dame nous disait avoir souffert au cours des derniers jours d’importants maux de tête, de fatigue et de douleurs musculaires, mais ne pas avoir pu subir le fameux test qui lui aurait donné l’heure juste. 

En entrevue au Soleil, le Dr François Desbiens nous avait expliqué que la capacité de dépistage étant limitée, la priorité dans la communauté était accordée aux milieux qui sont déconfinés depuis trois semaines (garages, chantiers domiciliaires et centres jardins) et à ceux qui ont rouvert leurs portes les 4 et 11 mai (plusieurs commerces, écoles primaires et services de garde). 

«Les personnes qui sont à domicile parce qu’elles sont retraitées ou qui travaillent dans un secteur qui n’est pas encore déconfiné ne font pas partie de la liste […]. Ces personnes-là peuvent être vues dans des centres d’évaluation, et si elles correspondent aux critères diagnostiques d’une COVID, on va leur donner l’étiquette de diagnostic clinique de COVID, mais on ne les prélèvera pas parce qu’on veut être certain de conserver les tests pour tous les autres groupes importants. Ces gens-là, comme c’est une forme légère, vont faire la COVID chez eux», rester en isolement 14 jours après le début de leurs symptômes et suivre les recommandations du médecin ou d’Info-Santé, indiquait le Dr François Desbiens.

Selon les directives actuelles du ministère de la Santé, «les personnes symptomatiques de toutes les communautés (incluant les milieux en réouverture : écoles, milieux de garde, manufactures, mines, construction, etc.)» arrivent au quatrième rang des priorités de dépistage, après les patients des hôpitaux, le personnel de la santé et les usagers des milieux d’hébergement pour aînés ou des refuges pour personnes en situation d’itinérance. 

Lors du point de presse quotidien du gouvernement Legault, mercredi, le directeur national de santé publique a affirmé que «les gens qui ont des symptômes compatibles peuvent, devraient se faire tester […], puis aussi pour prendre en charge, s’ils sont positifs, leurs contacts à la maison, etc.»

«Je ne sais pas ce qui est arrivé [avec le cas rapporté dans Le Soleil], mais on va corriger ça», a assuré le Dr Arruda, selon qui il n’y aurait aucune recommandation de réserver les tests de dépistage de la province pour la région de Montréal. 

«Les gens ont leur quota [de tests], puis je suis convaincu que le quota n’a pas été atteint [...]. Une personne symptomatique d’un certain âge, à mon avis, selon les indications, [devrait être testée]. Je vais faire les vérifications avant de me fier seulement sur ce qui est rapporté, je vais aller enquêter pour obtenir l’information», a dit le directeur national de santé publique.

Le cas de la retraitée de Saint-Ferréol-les-Neiges ne serait cependant pas isolé, et pas unique à la région de la Capitale-Nationale, à en croire certains commentaires publiés sur les réseaux sociaux. 

Sur Twitter, par exemple, Nathalie Grandvaux, professeure au Département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal, a dit mercredi avoir «reçu le témoignage cette semaine d’une personne qui a clairement développé des symptômes cohérents [avec la] COVID-19. Elle dit avoir été en contact avec 811 et médecins par tél. Ils lui auraient dit que les tests étaient réservés à certains groupes. Elle n’a pas été testée.» 

Mauvaise interprétation

En entrevue au Soleil, mercredi, le DFrançois Desbiens a dit avoir parlé au Dr Arruda après le point de presse. 

«Tout vient d’une interprétation différente d’une catégorie de dépistage. Nous avions interprété que les personnes retraitées qui font de la fièvre dans leur maison ne faisaient pas partie de la catégorie des ‘‘personnes symptomatiques de toutes les communautés (incluant les milieux en réouverture : écoles, milieux de garde, manufactures, mines, construction, etc.)’’ On avait interprété que les tests devaient [être réservés] aux milieux où il y a risque de transmission secondaire», explique le Dr Desbiens.

Selon sa compréhension, un diagnostic clinique de COVID-19, sans test de dépistage, pouvait suffire dans le cas d’une personne retraitée symptomatique vivant avec son conjoint diabétique, pour autant que les personnes concernées appliquent les recommandations médicales et d’hygiène requises. «Ça permettait une utilisation judicieuse des tests», se disait le DDesbiens.

«Mais DArruda m’a dit que notre interprétation était trop restrictive, que le ministère était à l’aise avec le fait que toute personne présentant des symptômes compatibles avec la COVID-19 qui se rend dans un centre d’évaluation désigné soit testée. Je n’ai pas de problème avec ça, c’est même une bonne nouvelle!» estime le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale.

Le Dr François Desbiens assure que la dame qui s’est fait refuser un test sera contactée et qu’une communication sera faite «à toutes les cliniques d’évaluation et à toutes les personnes chargées de filtrer les appels». «On va communiquer avec elles au cours des prochaines journées de façon à ce que les changements soient faits pour lundi», précise-t-il.

Selon l’OMS, une bonne capacité de dépistage est l’un des clés d’un déconfinement réussi. 

Au Québec, les autorités de santé publique promettait le 1er mai de faire passer la capacité de dépistage à 14 000 tests par jour, mais seulement 12 000 tests par jour en moyenne ont été faits au cours de la dernière semaine.

La direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale aurait une capacité de 1400 tests par jour, mais elle n’en ferait actuellement qu’environ 600. 

Le DDesbiens s’attend toutefois à augmenter la cadence au cours des prochains jours, notamment pour se conformer à la directive du ministère de la Santé voulant que tous les travailleurs de la santé des CHSLD publics, privés conventionnés et privés soient testés (ce qui représente environ 3000 personnes dans la Capitale-Nationale). Avec Olivier Bossé