Jeudi après-midi, la direction de santé publique de la Capitale-Nationale a tenu une opération de dépistage massif visant une centaine d’élèves de 4e secondaire de l’école secondaire de Neufchâtel.
Jeudi après-midi, la direction de santé publique de la Capitale-Nationale a tenu une opération de dépistage massif visant une centaine d’élèves de 4e secondaire de l’école secondaire de Neufchâtel.

Capitale-Nationale: dépistage massif dans une 4e école, plusieurs établissements sous surveillance 

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Dépistage massif dans une quatrième école de la région. Une quinzaine de milieux scolaires en éclosion, et une cinquantaine d’autres sous surveillance. La situation épidémiologique dans les écoles de la Capitale-Nationale tient la Santé publique et les directions d’établissements passablement occupées depuis le début de la rentrée scolaire. Bilan et entrevue avec le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de Santé publique du Québec (INSPQ). 

Jeudi après-midi, la direction de santé publique de la Capitale-Nationale a tenu une opération de dépistage massif visant une centaine d’élèves de 4e secondaire de l’école secondaire de Neufchâtel. Il s’agit de la quatrième école de la région à faire l’objet de ce type d’intervention de la Santé publique depuis le début de la rentrée scolaire.

De telles opérations avaient auparavant été menées à l’école primaire Sans-Frontière, dans Vanier, à l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, dans Limoilou, de même qu’au Collège des Compagnons, dans Sainte-Foy, après que plusieurs cas de COVID-19 eurent été recensés dans ces établissements. 

Seule l’école Sans-Frontière avait fermé complètement ses portes jusqu’au 2 octobre à la suite de l’intervention de la Santé publique, qui avait mené à la découverte de 25 cas de COVID-19 chez les élèves et de cinq contaminations chez les membres du personnel. 

L’école secondaire Jean-de-Brébeuf avait pour sa part fait l’objet d’une fermeture partielle visant les élèves de 4e et de 5e secondaire jusqu’au 2 octobre, alors qu'au Collège des Compagnons, on aurait fermé un programme jusqu'au 16 octobre, selon un document obtenu par Covid Écoles Québec.

Au Séminaire Saint-François, dans Saint-Augustin, aucune opération de dépistage massif n’a été recommandée par la Santé publique, mais l’établissement privé a néanmoins fermé temporairement ses portes aux élèves de 4e et 4e secondaire mardi à la suite de la découverte de plusieurs cas d’infection. 

En date de jeudi, le CIUSSS de la Capitale-Nationale recensait 14 écoles primaires et secondaires considérées en éclosion (au moins deux cas reliés entre eux épidémiologiquement) : 

  • Séminaire St-François
  • Polyvalente de Charlesbourg
  • Externat St-Jean-Eudes
  • École secondaire de Neufchâtel
  • École secondaire de la Courvilloise
  • École Sans-Frontière 
  • École Madeleine-Bergeron
  • École Jean-de-Brébeuf
  • École Dominique Savio
  • École des Pionniers (troisième secondaire)
  • Collège Saint-Charles-Garnier
  • Collège régional Champlain (St-Lawrence)
  • Collège Jésus-Marie de Sillery
  • Collège des Compagnons
  • Séminaire St-François

Selon la porte-parole Annie Ouellet, 52 autres écoles primaires et secondaires font actuellement l’objet d’une surveillance de la Santé publique. Dans ces établissements, au moins un cas positif a été découvert et au moins une classe-bulle a été mise en isolement.

Lorsque la Santé publique décide de procéder à une opération de dépistage massif dans une école, c’est parce que plusieurs cas de COVID-19 y ont été découverts et qu’il n’a pas été possible d’établir un lien épidémiologique clair entre eux, explique Annie Ouellet. 

«Lorsqu’il est possible d’établir un lien épidémiologique clair entre les cas et que la transmission dans l’école est contrôlée après le retrait de groupes ciblés, le dépistage massif n’est pas requis. Les personnes positives et leurs contacts étroits sont dépistés et mis en isolement», détaille la porte-parole du CIUSSS.

«Par exemple, si nous constatons lors des enquêtes que les cas positifs d’un milieu scolaire sont reliés à un même rassemblement (party, activité sportive, souper ou autres), il est possible d’identifier le lieu de transmission en commun, et de mettre en isolement les cas positifs et leurs contacts étroits. Dans ces cas-là, le dépistage massif au sein de toute l’école par exemple n’est pas requis», illustre Annie Ouellet.

Situation au Québec

Au Québec, la liste du ministère de l’Éducation faisait état jeudi d’environ 770 établissements scolaires ayant recensé au moins un cas de COVID-19 dans les 14 derniers jours. 

On n’a toutefois pas accès au nombre de cas, pas plus qu’on sait combien d’établissements sont en éclosion et lesquelles le sont. Le gouvernement québécois diffuse peu de détails sur la situation dans les écoles, contrairement à l’Ontario, qui publie chaque jour le nombre quotidien et cumulatif de cas recensés en milieu scolaire, entre autres données.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale avait commencé à rendre publiques les données sur les écoles de son territoire dans ses bilans quotidiens, pour ensuite interrompre cette diffusion et nous référer, à l’instar des autres CIUSSS et CISSS, à la liste incomplète du gouvernement.

Le Dr Gaston De Serres est de ceux qui croient que les données sur la situation épidémiologique dans les établissements scolaires gagneraient à être davantage détaillées et accessibles au public, notamment en ce qui a trait au nombre d’éclosions et à la taille de ces éclosions. 

«Ça devrait être disponible, il n’y a pas de raisons que ce ne soit pas disponible. […] Pour pouvoir connaître la contribution des écoles [dans la situation épidémiologique globale ou locale], il va falloir que les données soient disponibles. Cette transparence-là est importante pour qu’on comprenne. Il y en a combien des écoles secondaires où il y a des éclosions? Ils sont combien grosses ces éclosions-là?» demande le Dr De Serres

Le médecin épidémiologiste constate qu’il y a «beaucoup d’écoles secondaires dans la région de Québec où il y a des éclosions», mais que «dans les autres régions, c’est beaucoup moins marqué». Comme la situation épidémiologique dans la Capitale-Nationale semble avoir deux semaines d’avance sur les autres régions, le Dr De Serres se demande si ce qui se passe dans les écoles de Québec se produira plus tard dans les établissements scolaires des autres régions. 

Est-ce que les écoles secondaires agissent comme un vecteur important de transmission du virus dans la communauté, selon lui? 

«Ce qui se passe au Québec, ça n’a pas commencé avec l’ouverture des classes, ça avait commencé avant, à la mi-août. À la mi-septembre, ce qu’on voyait, c’était une poursuite de ce qui se passait depuis la mi-août dans tous les groupes d’âge», signale le Dr De Serres.

Les 10-19 ans, observe-t-il, représentent depuis le début du mois de septembre autour de 16 % de l’ensemble des cas de COVID-19 qui sont recensés au Québec, soit environ un malade sur six (plus de 20 % chez les 20-29 ans, 16 % chez les 30-39 ans, 14 % chez les 40-49 ans, 15 % chez les 50-59 ans et ça diminue pour les tranches d’âge suivantes). 

«Ce n’est pas comme s’ils représentaient 40 % de tous les cas de COVID-19 au Québec. La proportion des cas qu’ils représentent, elle est quand même limitée, et elle est semblable à ce qu’on voit dans d’autres groupes d’âge», note le Dr De Serres.

Selon lui, l’école a été en septembre davantage victime de la transmission communautaire qu’une cause de celle-ci. «Mais c’est sûr que si j’ai 14 ans et que je contamine ma mère ou mon père, je contribue aussi à la transmission communautaire», nuance le médecin.

«Je ne dis pas que les épidémies dans les écoles n’ont pas d’importance, mais les 10-19 ans, même avant que les épidémies commencent dans les écoles, représentaient 15 à 16 % des malades. […] Évidemment le potentiel [de voir augmenter la proportion d’infections chez les 10-19 ans] est considérable parce qu’ils sont plusieurs individus dans le même environnement, mais ça, c’est si on laissait aller les choses», expose le spécialiste de l'INSPQ.

Reste à voir dans les prochains jours et les prochaines semaines les effets qu’auront eus les restrictions imposées en zone rouge sur la transmission communautaire. Si celle-ci se maintient ou augmente, alors il faudra bien regarder du côté des écoles et des milieux de travail, convient le Dr De Serres.