Cannabis: Québec fait passer l’âge minimum légal de 18 à 21 ans

Le ministre délégué à la Santé, Lionel Carmant, veut envoyer un message clair aux jeunes. «Le cannabis ce n’est pas banal. Il peut influencer le développement du cerveau», a-t-il lancé d’emblée, mercredi, lors du point de presse à l’école secondaire Joseph-François Perrault, pour justifier l’interdiction de fumer de cannabis avant 21 ans.

Avec cette décision, le gouvernement caquiste répond à un souhait de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) et de l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), qui avaient demandé à l’ancien gouvernement libéral d’interdire le cannabis aux moins de 21 ans. Un souhait qui était resté lettre morte alors que le gouvernement Couillard avait légiféré à 18 ans comme l’alcool et le tabac. 

«Les effets du cannabis sur les jeunes sont démontrés. Un jeune ne sait pas s’il est vulnérable à une psychose avant d’en avoir consommé», a expliqué la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur.

Selon le ministre Carmant, il est trop facile de dire que les jeunes vont se tourner vers le marché noir si c’est illégal à 18 ans. S’il avait pu, le Dr Carmant aurait même interdit le cannabis pour les moins de 25 ans, puisque selon la science, le cerveau se développe jusqu’à cet âge-là. «C’est néfaste pour le cerveau, c’est ça le message», a-t-il martelé, quand il a été questionné sur l’avis contraire de deux jeunes de l’école Perrault.

Mais pour Marius Lacharité, 16 ans, élève de secondaire 5, la légalisation à 18 ans évite justement aux jeunes de se tourner vers le marché noir et de consommer un produit de qualité. «C’est contre le but même de la légalisation qui est d’accompagner la consommation de manière intelligente. C’est extrêmement facile de s’en trouver, j’en veux, j’en ai à la pause. Ça va continuer à créer le petit hype et le buzz, je fais de quoi d’inégal, c’est le fun», a-t-il déploré.

Prévention dès le primaire

Afin d’éviter que les jeunes trouvent justement le cannabis attirant, parce qu’illégal pour eux, le gouvernement Legault va investir 25 millions $ dans la prévention pour un projet spécial d’éducation à la santé mentale dès l’école primaire et développer chez les jeunes l’estime de soi.

«Il faut diminuer le taux de consommation chez nos ados, un sur trois qui consomme, c’est beaucoup trop. Si on fait de l’éducation et de la prévention, ces chiffres vont finir par diminuer», a plaidé le ministre Carmant.

Pour la présidente de l’AMPQ, Karine Igartua, il n’est pas question de parler de cannabis aux enfants, mais de prévenir les risques de consommation à cause de la pauvre estime de soi même, de l’incapacité de se faire des amis, ou de gérer ses émotions. «Lorsqu’on fait ce genre d’éducation au primaire, on outille les jeunes à ne pas se rabattre sur des choses comme le cannabis. Lorsqu’on parle de prévention, ça va beaucoup plus loin que simplement dire que le cannabis c’est mauvais pour la santé, on parle d’équiper nos jeunes à faire face à l’adversité, à être capable de gérer leur stress sans avoir recours à ces drogues-là», a-t-elle souligné.

Lieux publics

Dans le projet de loi numéro 2, le gouvernement prévoit d’interdire la consommation de cannabis dans tous les lieux publics y compris sur la voie publique, dans tous les lieux extérieurs qui accueillent le public, et sur les terrains sur lesquels sont situés des lieux fermés assujettis à l’interdiction de fumer.

Les jeunes entre 18 et 20 ans qui seront pris en train de consommer du cannabis recevront une contravention de 200 $. Ils pourront la payer ou la transformer en formation de prévention.

Il sera également interdit de posséder du cannabis sur les terrains, dans les locaux ou les bâtiments d’un établissement d’enseignement collégial et universitaire.

Pour les locataires qui ne pourront pas fumer du cannabis chez eux si leur bail le stipule, le ministre Carmant leur suggère de consommer de l’huile de cannabis ou des produits comestibles.

+

CE QU'ILS ONT DIT...

«La réalité, c’est qu’il y a des jeunes de moins de 21 ans qui consomment du cannabis. En voulant augmenter l’âge légal, le gouvernement de François Legault agit de façon irresponsable sur un enjeu qui est tout sauf banal. Cette orientation forcera les adultes de 18 à 20 ans à se tourner vers le crime organisé.»

— André Fortin, porte-parole de l’opposition officielle en matière de santé, santé publique et vitalité des régions, qui juge l’approche du gouvernement irresponsable

«Les jeunes consommateurs de 18 à 21 ans, qui peuvent présentement s’approvisionner légalement, vont être à nouveau poussés dans les mains du crime organisé et de leur pusher. La vraie solution n’est pas de hausser l’âge légal pour acheter du cannabis, mais d’investir en prévention, en éducation, en sensibilisation et dans des ressources pour le traitement de la dépendance. Quant à l’interdiction de consommer du cannabis dans tous les lieux publics, cela revient à interdire par la porte d’en arrière ce qui a été légalisé par la porte d’en avant.»

— Sol Zanetti, député de Québec solidaire dans Jean-Lesage

«La ministre de la Sécurité publique [Geneviève Guilbault] qui se disait préoccupée par la présence des Hells Angels qui s’affichent de façon ostentatoire au centre-ville de Montréal devrait savoir que ce sont ces mêmes personnes qui vont vendre la drogue en toute impunité aux 18 à 21 ans.»

— Pascal Bérubé, chef intérimaire du Parti québécois

«Non, on n’a pas l’intention d’intervenir du tout dans une poursuite judiciaire. C’est complètement la responsabilité de la province du Québec de choisir l’âge de la consommation.»

— La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor

«Je suis très heureux de voir que ce dossier est entre les mains d’un vrai spécialiste. Dr Carmant est un spécialiste, c’est un neurochirurgien.»

— Le député conservateur Gérard Deltell