Cannabis: 20 succursales de la SQC au départ

MONTRÉAL — La future Société québécoise du cannabis (SQC) ouvrira 20 succursales et non 15 pour lancer la mise en marché légale du cannabis, mais sa direction reconnaît avancer en territoire inconnu en matière de légalisation.

Le président et chef de la direction de la Société des alcools du Québec (SAQ), Alain Brunet, en a fait l’annonce vendredi devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Bien que Québec ait annoncé l’ouverture de 15 succursales en présentant son projet de loi sur la légalisation du cannabis, M. Brunet a expliqué que la société d’État en avait décidé autrement.

«Vingt, c’est ça qui est réaliste. C’est notre plan. C’est nous qui exécutons le plan», a-t-il précisé en point de presse à la suite de son allocution.

M. Brunet, dont la société d’État a été mandatée pour la mise en marché du cannabis légal, a qualifié tous les acteurs au dossier, incluant la SAQ, de pionniers, puisque les outils habituels — études de marché, analyses de rentabilité, études scientifiques, profils de consommateurs — sont rares ou tout simplement inexistants.

«C’est vrai pour les producteurs, d’un bout à l’autre de la chaîne jusqu’à la distribution; on travaille un peu dans le noir», a-t-il déclaré, ajoutant qu’il «ne faut pas avoir peur de l’ambiguïté dans notre dossier».

Le projet prévoit toujours un total de 100 boutiques après trois ans, mais M. Brunet a précisé que l’on sera en «mode agile» et il n’écarte pas d’augmenter ce nombre au besoin.

«Le chiffre, c’est 100, c’est ce qu’on a évalué. Ou 150. Ce n’est pas un enjeu: si ça en prend 300, ça en prendra 300», a-t-il laissé tomber sans réserve.

Une des variables qui demeure inconnue est la portion de ventes qu’accaparera le site Web, qui sera mis en ligne en même temps que l’ouverture des succursales, et qui sera certainement un facteur dans la détermination du nombre de succursales.

Le patron de la SAQ estime qu’il sera en mesure d’établir un bien meilleur portrait après un an d’exploitation.

«Cartés» à l’entrée

Certains éléments sont déjà déterminés, toutefois: les succursales seront dans des locaux d’environ 2000 pieds carrés ayant pignon sur rue où il n’y aura pas de libre-service, mais bien des produits derrière le comptoir.

Surtout, puisque la loi interdit la présence de mineurs dans le magasin, toutes les personnes semblant avoir moins de 18 ans seront cartées à l’entrée même du magasin par du personnel dans un vestibule.

«Il ne peut pas y avoir de jeunes de moins de 18 ans dans les magasins, a-t-il expliqué. Il faut donc qu’on s’assure de carter toutes les personnes qu’on pense qui ont moins de 18 ans avant d’entrer.»

Alain Brunet ajoute que plusieurs autres dispositions comme l’affichage extérieur, intérieur, les vitrines ou le logo, par exemple, restent à déterminer parce que le cadre réglementaire n’est pas encore connu et que Québec a déjà averti que l’encadrement sera très serré.

Le patron de la SAQ a par ailleurs voulu se faire rassurant envers les nombreuses boutiques qui vendent des accessoires pour fumeurs de cannabis et qui opèrent présentement dans un marché gris: la SQC n’a pas encore déterminé à quel point elle entend offrir des accessoires, comme la loi le lui permet.

«On ne veut pas trop s’immiscer là-dedans. [...] Mais on ne va pas se mettre en compétition avec ces boutiques de façon agressive», a-t-il assuré.

Quant à l’approvisionnement de source locale, le Québec accusant un certain retard en matière de capacité de production, M. Brunet fait valoir que ni lui ni les producteurs locaux ne peuvent offrir de réponse pour l’instant.

«Ce n’est pas clair et pour les producteurs, c’est pareil. On se parle, mais il n’y a rien de clair; on ne connaît pas le marché.»

Même principe que l’alcool

Alain Brunet définit la mission de la SQC comme étant d’intégrer les consommateurs au marché légal et de les y maintenir sans favoriser l’augmentation de la consommation du cannabis.

Il se dit convaincu que c’est tout à fait possible, la SAQ étant l’exemple à suivre.

«Avec l’alcool, c’est ce qu’on fait. On oublie un peu que l’alcool, c’est une matière dangereuse pour la santé publique s’il y a excès», a-t-il rappelé.

Alain Brunet a déjà indiqué son intention de ne pas demeurer en poste à la direction de la SAQ à la fin de son mandat, en décembre 2018.

Il s’attend à ce que son successeur soit trouvé prochainement et entend lui confier les rênes de la SAQ dès que possible afin de se consacrer entièrement à la mise en place de la SQC jusqu’à son départ à la fin de l’année.

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CANNABIS AU TRAVAIL: UN COMITÉ DANS L'IMPASSE

Un comité important chargé d’aider le gouvernement fédéral à se positionner sur la possibilité d’imposer des tests de dépistage de cannabis aux travailleurs se trouve dans une impasse, ce qui signifie qu’à l’occasion de la légalisation de la substance dans quelques mois, il n’y aura aucune nouvelle règle sur les facultés affaiblies au travail.

Le comité, qui comprenait des employeurs d’organisations réglementées par le fédéral, des groupes de travailleurs et des représentants du gouvernement fédéral, est divisé sur l’enjeu du dépistage dans des emplois où les facultés affaiblies pourraient poser un risque pour la sécurité publique.

Selon plusieurs membres du comité, cela veut dire que le gouvernement fédéral n’aura probablement pas le temps d’évaluer les requêtes de certains employeurs, qui voulaient pouvoir mener des tests de dépistages aléatoires pour des emplois «critiques pour la sécurité», dont les chauffeurs de transport en commun.

À l’heure actuelle, mis à part dans l’armée, aucune loi fédérale ne permet aux employeurs d’effectuer des tests de dépistage pour la drogue et l’alcool. Depuis les années 1980, les gouvernements évitent d’étudier cet enjeu.

Toutefois, depuis que le gouvernement a déposé un projet de loi pour légaliser le cannabis d’ici le mois de juillet, plusieurs intervenants l’ont incité à présenter des règles nationales pour permettre le dépistage de cette drogue en milieu de travail.

«C’est le gouvernement du Canada qui a choisi de légaliser la marijuana — nous n’avons aucun jugement moral à poser là-dessus — mais nous croyons qu’il incombe au gouvernement de faire le suivi de cette loi avec une loi parallèle qui aborde l’enjeu de la sécurité en milieu de travail», a déclaré Derrick Hynes, directeur principal de FETCO, un groupe d’employeurs représentants des travailleurs d’organisations réglementées par le fédéral.

Hassan Yussuff, qui dirige le Congrès du travail du Canada, estime que la légalisation du cannabis ne changera rien en ce qui a trait aux employés qui travaillent avec les facultés affaiblies.

«La loi est très claire sur le fait que vous ne pouvez pas venir au travail avec les facultés affaiblies pour travailler et si votre employeur vous trouve [avec les facultés affaiblies] ils peuvent évidemment prendre toutes les mesures nécessaires», a-t-il soutenu.

La Presse canadienne a pu avoir un aperçu de ce débat dans les quelque 150 pages de documents qu’elle a obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information. Il s’agit d’un enjeu complexe en raison des nombreux précédents sur les droits de la personne, la nécessité d’accommoder les employés affectés par la toxicomanie, le droit à la vie privée des travailleurs et la difficulté de prouver les facultés affaiblies.

Le gouvernement doit considérer plusieurs facteurs avant de prendre une décision finale, et il a encouragé les employeurs et les travailleurs à ne pas quitter le comité, selon Stephen Laskowski, président de l’Alliance canadienne du camionnage.

Selon M. Laskowski et d’autres membres du comité, le gouvernement n’a pas accepté de permettre aux employeurs de faire subir des tests aléatoires aux travailleurs, mais il n’a pas non plus rejeté complètement l’idée.

La ministre du Travail, Patty Hajdu, a récemment discuté de cette question avec ses homologues des provinces et des territoires et ils s’étaient entendus pour poursuivre leurs discussions afin d’avoir les mêmes règles en place partout au pays.