Le premier ministre Justin Trudeau
Le premier ministre Justin Trudeau

Candidats-vaccins: plus d’argent pour Medicago à Québec, mais impossible d’aller plus vite [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
Le gouvernement fédéral donne 173 millions $ à l’entreprise de Québec Medicago pour développer un vaccin contre la COVID-19 et construire son usine de production dans D’Estimauville. En échange, Ottawa réserve 76 millions de doses de l’éventuel vaccin, que l’on n’attend pas avant 2021.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en a fait l’annonce vendredi. Les 76 millions de doses réservées par le fédéral chez Medicago devront ensuite être achetées en bonne et due forme, et donc payées, si le vaccin remplit ses promesses.

M. Trudeau a parlé d’investissements qui permettront d’accélérer le processus.

«Mais bien honnêtement, je ne vois pas comment on pourrait aller plus vite. On travaille d’arrache-pied depuis le mois de mars», constate la vice-présidente exécutive aux affaires scientifiques et médicales de Medicago, Nathalie Landry, en entrevue au Soleil.

Fidèle à ses échéanciers initiaux, Medicago prévoit donc amorcer la phase 2 des tests cliniques en novembre. Puis procéder à la phase 3 et dernière phase à la fin de l’année et au début de 2021, pour tester l’efficacité du vaccin sur environ 30 000 volontaires à travers le monde.

C’est après que les premières doses seraient distribuées, selon la stratégie retenue par chaque province, précise M. Trudeau. Les personnes vulnérables et les travailleurs de première ligne du réseau de la santé seront priorisés.

Toujours pour 2023

Procéder à l’ensemble des tests cliniques pour un nouveau vaccin ou un nouveau médicament prend d’ordinaire de cinq à six ans. Ici, le tout sera bouclé en environ 18 mois, souligne Mme Landry.

Elle estime entre 1 et 2 milliards $ les investissements habituels pour développer un nouveau médicament ou un nouveau vaccin du début à la fin. Pour ce coronavirus, ce sera beaucoup plus court, mais pas nécessairement moins cher, ajoute-t-elle.

La nouvelle usine, projet annoncé il y a deux ans pour quelque 245 millions $, doit toujours être achevée en 2023. Mme Landry parle de «centaines d’emplois» supplémentaires à terme, mais pas d’ajout massif en ce moment aux 300 personnes déjà à l’œuvre à Québec.

Le gouvernement Trudeau conclut ici une septième entente de préachat avec des compagnies pharmaceutiques qui travaillent sur un candidat-vaccin pour la COVID-19. Medicago s’avère la première Canadienne du lot.

Tout l’Argent à Québec

«L’argent va au développement et à la production à grande échelle au Canada», se réjouit de son côté le député de la circonscription fédérale de Québec et président du Conseil du trésor du Canada, Jean-Yves Duclos. «C’est majeur! Québec devient LA ville au Canada pour la recherche et la production du vaccin.»

Pas question donc de voir ces millions $ s’envoler pour l’usine américaine de Medicago à Durham, en Caroline du Nord, ou encore vers Osaka, au siège social de la société japonaise Mitsubishi Tanabe Pharma propriétaire aux deux tiers de Medicago.

Par contre, Mme Landry précise que les 76 millions de doses de Medicago inoculées aux Canadiens proviendraient à la fois des productions de Québec et de Durham.

L’entreprise prévoit être en mesure de produire 100 millions de doses d’ici la fin de 2021 et à terme, avec sa nouvelle usine de D’Estimauville, pourvoir livrer jusqu’à 1 milliard de doses par an de vaccins contre la COVID-19.

«Contrairement au développement de vaccins traditionnel, Medicago n’utilise pas de produits animaux ou de virus vivants pour créer ses produits», mais a développé «une plateforme de productions sur plantes unique», lit-on sur le site Web de l’entreprise.

À Québec, le secteur biomédical emploie 9000 personnes.

Au total, le fédéral annonçait investir 214 millions $ dans la recherche et le développement au Canada d’un futur vaccin contre le SARS-CoV-2, dont 18,2 millions $ vont à l’entreprise Precision NanoSystems de Vancouver.

Le choix de l’adjuvant

Par ailleurs, Medicago choisira un seul adjuvant pour la suite des tests cliniques de son candidat-vaccin à la COVID-19.

En gros, l’adjuvant est un ajout au vaccin pour améliorer son efficacité et stimuler ou renforcer le système immunitaire.

Cet été, l’entreprise basée à Québec s’était alliée à deux autres compagnies pharmaceutiques qui fabriquent des adjuvants. Medicago a procédé à la phase 1 de ses tests avec deux adjuvants en parallèle, celui de la Britannique GSK (GlaxoSmithKline) et celui de la Californienne Dynavax, de son petit nom le GpG 1018.

Selon les performances de chacun en équipe avec le candidat-vaccin de Medicago, le meilleur sera retenu pour la poursuite des tests. Mme Landry confirme que l’annonce du vainqueur se fera sous peu.

L’Ontario reçoit les premiers tests rapides; date de livraison inconnue au Québec

Les premiers tests de dépistage rapides tant attendus ont été envoyés en Ontario, et ce, même si le Québec a davantage de cas déclarés.

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué que le Canada avait reçu des «centaines de milliers» de tests rapides de la pharmaceutique Abbott qui sont en cours de distribution à l’échelle du pays. Deux camions transportant des tests sont déjà arrivés en Ontario, a-t-il dit.

Dr Howard Njoo, sous-administrateur de l’Agence de la santé publique du Canada, n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi la province avait obtenu des tests en priorité.

«Avec ce qui se passe sur le terrain, en Ontario, on a décidé d’envoyer la première livraison des tests rapides en Ontario. Mais c’est sûr qu’avec les autres livraisons, il y aura (...) assez de tests rapides pour toutes les provinces et territoires», a-t-il dit en conférence de presse.

La nouvelle a fait réagir à l’Assemblée nationale. La députée Marwah Rizqy, du Parti libéral du Québec, a dit ne pas comprendre pourquoi l’Ontario avait mis la main sur ces tests alors que le Québec en a grandement besoin à son avis dans ses écoles et son réseau de la santé.

«C’est nous qui devrions les avoir en priorité. Alors, oui, je suis en beau fusil parce que, non, je ne comprends pas, ici, la logique d’avoir envoyé l’entièreté des tests en Ontario», s’est-elle indignée lors d’une séance d’interpellation au Salon bleu, vendredi matin.

Du côté d’Ottawa, on affirme que la distribution fort attendue de ces tests rapides se déroule en temps réel et qu’il est difficile de prévoir quand les Canadiens pourront commencer à les utiliser.

«On n’est pas exactement au courant des détails logistiques», a fini par laisser tomber Dr Njoo.

Le Canada a signé un accord à la fin du mois de septembre avec Abbott pour acheter 7,9 millions de tests «ID Now», qui peuvent fournir des résultats en moins de 15 minutes, à l’endroit même où la personne est testée. Santé Canada a indiqué que 376 680 tests seront livrés ce mois-ci.

«Pour tout le mois d’octobre, la livraison de tests «ID NOW» d’Abbott au gouvernement fédéral devrait être reçue au plus tard lundi et sera répartie entre les provinces et les territoires dans les jours suivant la réception, y compris au Québec», a expliqué Natalie Mohamed, porte-parole de Santé Canada dans un courriel envoyé vendredi en fin de journée.

Selon la formule négociée avec les provinces et les territoires pour le mois d’octobre, Ottawa va conserver 20 % des tests rapides en réserve pour les urgences et les éclosions au pays et les 80 % qui restent seront distribués au prorata de la population canadienne. Le gouvernement du Québec devrait donc recevoir quelque 62 900 tests rapides dans les prochains jours.

La formule pourrait être ajustée, au besoin, en novembre et au cours des mois suivants, a indiqué Santé Canada.

Québec n’a pas encore décidé qui aura droit à ces tests rapides en priorité. «Le ministère de la Santé a mis en place un comité d’experts afin de déterminer la façon et les lieux où seront utilisés et déployés ces tests. Nous communiquerons les avancées dès que possible», a écrit Marjaurie Côté-Boileau, attachée de presse du ministre de la Santé du Québec, dans un courriel. Avec La Presse Canadienne