Le Des Groseilliers, au cœur des glaces au large de la baie de Beauport, jeudi

Brise-glaces: Québec a «tout ce qu’il faut»

Les brise-glaces canadiens sont vieillissants, admet la commissaire adjointe de la région du Centre et de l’Arctique de la Garde côtière canadienne. Mais Julie Gascon considère néanmoins avoir «tout ce qu’il faut» pour bien déglacer le fleuve et la voie maritime du Saint-Laurent.

La haute fonctionnaire basée au centre opérationnel de Montréal a accordé une entrevue téléphonique au Soleil, vendredi, pour expliquer les événements survenus ces derniers jours près de Québec et détailler les moyens mis à la disposition de la Garde côtière canadienne pour lutter contre les glaces.

Elle n’a toutefois pas le mandat de discuter de l’avenir, comme la location ou l’achat de brise-glaces par le Canada, comme le réclament notamment le gouvernement du Québec et l’industrie maritime locale. 

Cela n’empêche pas Mme Gascon d’être bien consciente des demandes pressantes pour que le Canada se dote de nouveaux brise-glaces. L’âge moyen de la flotte actuelle tourne autour de 35 ans. Les navires marchands sont généralement retirés des eaux à cet âge.

«C’est pas un secret de Polichinelle: oui, nous avons des navires vieillissants, oui, nous avons des navires qui devront être remplacés. Par contre, il faut regarder ce qu’on fait présentement pour pallier à ça», plaide-t-elle. 

Elle pointe notamment le programme d’extension de vie des navires. Ce programme consiste à renforcer au besoin la structure du brise-glace, puis remettre à niveau ses équipements, des moteurs au câblage électrique en passant par les outils d’aide à la navigation. Le Pierre Radisson, construit en 1978 et affecté principalement au Saguenay, vient ainsi de gagner entre 10 et 15 ans de vie supplémentaire. Les autres brise-glaces de moyen gabarit y passeront dans les prochaines années. 

Mme Gascon parle aussi du nouvel «arrangement en matière d’approvisionnement» qui facilite depuis cet hiver le recours à des remorqueurs du secteur privé pour seconder les brise-glaces dans leurs tâches. 

Deux entreprises se sont préqualifiées. McKeil Marine pour le secteur des Grands Lacs et Groupe Océan, dont le siège social est situé à Québec, pour les Grands Lacs et le Saint-Laurent. 

C’est d’ailleurs le Groupe Océan qui a dégagé le traversier Québec-Lévis pris dans les glaces pendant plus de quatre heures mercredi. Son super remorqueur Tundra, construit à L’Isle-aux-Coudres, s’affaire aussi dans la région de Montréal actuellement, aux côtés du Martha L. Black de la Garde côtière. 

L’objectif de cette banque de sous-traitants était d’avoir «un outil qui nous permette de réagir plus rapidement, car il est plus difficile qu’il n’y paraît d’octroyer d’urgence des contrats publics, souligne Mme Gascon. «Aller chercher des services dans le privé, c’est pas quelque chose de nouveau», précise-t-elle du même souffle. 

Effet de cascade

L’industrie maritime a aussi été mise à contribution dans la recherche d’«options provisoires» pour assurer les opérations de déglaçage et de remorquage en attendant la construction de nouveaux navires. Lancé en novembre 2016, ce processus est clos et pourrait résulter dans la location de bateaux, mais rien n’a filtré jusqu’à maintenant. 

La commissaire adjointe de la Garde côtière table enfin sur les échanges de navires entre zones, plus particulièrement entre le Centre — dont fait partie le Québec — et les Maritimes. C’est ainsi que le Terry Fox est venu se poster à Québec à la fin décembre, en attendant la sortie tardive de cale sèche de l’Amundsen. Ce dernier est allé s’avitailler en carburant à Montréal dans les derniers jours avant de revenir vers Québec, tout en ouvrant la voie maritime à l’aller et au retour.  Ces déplacements entraînent toujours un effet de cascade pour déployer les bateaux dans les zones à déglacer. Comme on l’a vu au Québec dans la dernière semaine.

«On avait tous nos navires en place. […] On avait un plan en place qui fonctionnait bien. Dès qu’on a eu un bris mécanique, on a été en mesure de cascader. Nos niveaux de service étaient respectés», a indiqué Mme Gascon, pour qui «c’est important de rassurer la population». «Moi, en ce qui me concerne, cette année, avec l’équipement que j’ai, nos équipages, les gens au sol, on donne un service exceptionnel», conclut-elle. 

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LA GARDE CÔTIÈRE SUR...

... la panne du Terry Fox

Julie Gascon considère que la Garde côtière canadienne a bien réagi au bris d’une pompe à carburant qui a tenu le brise-glace Terry Fox à l’écart du fleuve en pleine vague de froid. La réparation a été complétée en une journée. Dans l’intervalle, le traversier Alphonse-Desjardins est cependant resté coincé dans les glaces et il a fallu l’intervention d’un remorqueur du Groupe Océan pour le sortir de sa mauvaise position. Mme Gascon affirme que c’était la chose à faire en attendant l’arrivée du Des Groseilliers, qui venait en renfort de Trois-Rivières. Vendredi, l’Amundsen a pris la relève pour de bon dans la capitale, son port d’attache, après un détour à Montréal pour faire le plein.

... l’incident du 31 décembre 

Un brise-glace accompagnait le navire commercial qui a failli percuter les piliers du pont de Québec dans la soirée du 31 décembre. La Garde côtière a confirmé sa présence et précisé que le cargo chaperonné a connu un problème mécanique sous le pont. Avec la glace en plus, ce dernier n’a pas été capable de tourner. Pour éviter la répétition d’événements aussi stressants pendant les grandes marées et dans les conditions de glace difficiles que l’on connaît actuellement, les navires doivent maintenant passer ce point étroit et stratégique pendant l’étale. L’étale est ce court moment entre deux marées où le courant est à peu près nul. Il survient deux fois par jour pendant une vingtaine de minutes.