Les maires de Bordeaux et de Québec, Alain Juppé et Régis Labeaume, dans le salon de l'hôtel de ville.

Bordeaux fait face au dur défi de la mobilité

Pas facile de modifier les habitudes des automobilistes, même dans une ville comme Bordeaux qui comptera bientôt 80 kilomètres de lignes de tramway.
De passage à Québec, le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a été interrogé vendredi sur la pertinence de doter Québec d'un réseau de transport en commun structurant. Le politicien d'expérience a répondu sur un ton on ne peut plus prudent, soucieux de ne pas embêter son ami Régis Labeaume.
«Ce que je peux dire, c'est qu'on a fait un effort gigantesque à Bordeaux depuis 20 ans pour se doter d'un système de transport moderne et performant, qui marche très bien, qui a un très, très grand succès. Mais voilà, du travail reste à faire. Avec trois lignes de tramway, bientôt quatre, un des réseaux les plus importants de France avec plus de 80 kilomètres de lignes, qu'est-ce qu'on a obtenu comme transfert modal, d'un mode de transport à l'autre? Eh bien, la part de la voiture est tombée de 64 à 65 % à... 59 %», a-t-il raconté. 
«Vous voyez que c'est difficile, c'est long, ça prend du temps. C'est toute une stratégie globale parce qu'il y a aussi le vélo, les déplacements lourds, le covoiturage. Il y a la gestion intelligente du transport et du stationnement...» a énuméré M. Juppé. 
Le maire de Bordeaux, septième agglomération de France, constate qu'«il n'y a pas de baguette magique». «Je ne connais pas de grande agglomération dans laquelle on circule [facilement]», dit-il, avançant tout de même l'exception de certaines villes de Scandinavie «où la part du vélo atteint parfois 45 %». 
A-t-il des conseils pour Québec? «Convaincre, expliquer. Au début, c'est la même réaction partout. Les commerçants nous disent que l'idéal, c'est d'avoir une place de stationnement devant chaque commerce et que le client puisse stationner. Et qu'est-ce qu'on constate a posteriori? C'est qu'ils sont très heureux. Quand on a apaisé la circulation dans un centre-ville, les commerces en profitent et les chiffres d'affaires augmentent», a fait valoir M. Juppé, devant un Régis Labeaume prêt à passer à un autre sujet. 
Programme de coopération
Les villes de Québec et de Bordeaux ont renouvelé leurs voeux, vendredi. Leurs maires ont signé le programme de coopération 2018-2020, qui prend une saveur de plus en plus économique. 
Les trois axes privilégiés pour ce jumelage vieux de 55 ans sont : le développement économique, le développement durable et le rayonnement culturel. 
«Dans les premières années, là où on avait le plus de succès, c'était dans les questions culturelles. Mais depuis deux ans, je dois vous dire que c'est vraiment en entrepreneuriat, en numérique, en technologies de l'information où il y a eu le plus d'action, où c'est le plus payant», a fait remarquer le maire de Québec, après une prise de photos dans le salon de la mairie. 
«Je constate que beaucoup d'entreprises françaises, de jeunes entreprises et des entreprises plus confirmées, sont intéressées par les possibilités que leur ouvre la Ville de Québec et de façon plus générale le Québec. Je suis sûr que ce mouvement va s'accélérer et se confirmer», a renchéri celui de Bordeaux. 
«Chez les entrepreneurs, l'idée de Québec porte d'entrée sur l'Amérique c'est en train de faire du chemin», a confirmé Régis Labeaume. «Bordeaux est aussi une porte d'entrée sur l'Europe», s'est empressé d'ajouter Alain Juppé, vantant son attractivité sur les travailleurs français et sa bonne réputation touristique. 
Tous deux s'entendent sur le fait que Bordeaux fête le vin à Québec, qui se déroule dans le Vieux-Port jusqu'à lundi, est un événement phare du jumelage appelé à se répéter. 
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Enquête origine-destination: c'est parti
La fluidité de la circulation dans la grande région de Québec vous préoccupe? Répondez à l'enquête origine-destination 2017, qui permettra de documenter les délacements réels des citoyens pour ensuite planifier les transports et l'aménagement du territoire.
Du 6 septembre au 5 décembre, 40 000 ménages seront sollicités pour une entrevue téléphonique ou invités à remplir un questionnaire en ligne détaillant leurs habitudes de déplacement. Environ 15 000 conducteurs provenant de l'extérieur de la région seront également interrogés en bordure de route.
Tous les participants seront choisis au hasard pour que les résultats soient représentatifs de la réalité.
Cette vaste opération est dirigée par le ministère des Transports du Québec, mais implique aussi le Réseau de transport de la Capitale, la Société de transport de Lévis, la Communauté métropolitaine de Québec, la Ville de Québec et la Ville de Lévis.
Les données amassées seront analysées et rendues publiques en 2019. Les derniers résultats datant de 2011 ont été relâchés fin 2014 et confirmaient la domination de l'auto solo.