Justin Trudeau

«Blackface»: «J'aurais dû mieux savoir», déclare Justin Trudeau

OTTAWA — Justin Trudeau dit que c’est sa vie passée de «privilégié» qui l’a empêché de voir à quel point arborer un «blackface» était offensant. Le chef libéral affirme aussi que ses contacts avec la communauté multiethnique de son comté de Papineau ont influencé son éducation depuis sa jeunesse dorée.

«Je n’en ai jamais parlé publiquement parce que je suis profondément gêné de ce comportement. Ça ne représente pas la personne que je suis, la personne et le politicien que je suis devenu. J’aurais dû mieux savoir», a déclaré un Justin Trudeau contrit, debout dans un square à Winnipeg, jeudi après-midi.

Trois épisodes passés d’images embarrassantes ont surgi depuis mercredi. Le magazine américain Time a d’abord publié une photo d’un album d’une école de Vancouver où Justin Trudeau a travaillé comme enseignant.

On y voit M. Trudeau le visage couvert de maquillage qualifié de brownface par Time.

Très vite, mercredi soir, le chef libéral s’est excusé pour cet épisode où, en 2001, il s’était déguisé pour une soirée costumée au thème des «Mille et une nuits».

Il a alors admis qu’il y avait eu un autre moment où il s’était peint le visage en noir. C’était au Collège Brébeuf, lors d’un spectacle, le temps de chanter un succès de Harry Belafonte.

Puis, jeudi matin, une courte vidéo a été diffusée par le réseau de télévision Global qui l’avait obtenue du Parti conservateur. Sur la vidéo qui n’offre que des images, pas de son, on voit un jeune Trudeau qui lève les bras et ouvre la bouche.

À Winnipeg, M. Trudeau a révélé que cette autre occasion où il a cru bon se peindre le visage et les bras en noir remonte au début des années 1990 alors qu’il était guide de rivière.

Pendant plus de 30 minutes, M. Trudeau a répondu aux questions des journalistes sur cette affaire embarrassante qui s’est retrouvée à la une de plusieurs médias dans le monde.

Il a repris un journaliste qui lui parlait de «maquillage», affirmant qu’il fallait nommer les choses telles qu’elles sont et que ce qu’il a fait était arborer un blackface, geste inexcusable pour lequel il a demandé pardon.

«Je dois reconnaître que j’étais aveugle moi-même à la douleur que j’ai pu causer à ce moment-là et que je cause maintenant à des gens qui comptent sur moi pour les défendre», a également admis M. Trudeau, qui assure qu’il ne se souvient pas de tous les épisodes où il a pu se peindre le visage en noir et ne peut donc pas assurer que tous ses squelettes sont sortis du placard.

À l’origine, le blackface était une façon de dénigrer les Noirs américains sur scène. Ces dernières années, tout déguisement semblable est devenu associé à du racisme.

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Pluie de réactions

Dès mercredi soir, les adversaires politiques de M. Trudeau ont vertement critiqué son jugement.

Jeudi matin, ils n’avaient pas fini d’en parler.

«Est-ce que le vrai M. Trudeau, c’est le M. Trudeau qui est en public qui dit : “Je suis pour la diversité” [...] ou le M. Trudeau derrière les portes fermées [...] qui se moque des gens à cause de la couleur de peau», a demandé le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, lors d’un point de presse à Hamilton.

«La chose qui me dérange le plus, c’est que Justin Trudeau a menti hier soir. Quand [on lui a] demandé s’il y a d’autres incidents, il a dit qu’il y en a seulement un autre», a accusé le chef conservateur Andrew Scheer, de passage à Saint-Hyacinthe.

M. Scheer reproche ainsi à M. Trudeau de ne pas avoir révélé l’existence du troisième épisode de maquillage, celui de la vidéo diffusée par le réseau Global. C’est son parti qui a trouvé la vidéo et l’a donnée au réseau de télévision «pour vérification».

«Je ne sais plus quoi penser de ça. [...] Je ne pense pas que Justin Trudeau soit raciste. [...] Cette énorme distraction est son entière responsabilité et ce n’est assurément pas une preuve de compétence», a offert le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, après les secondes excuses de M. Trudeau, jeudi après-midi.

«C’est sûrement pas idéal. Puis je peux comprendre que certaines personnes soient choquées, mais il s’est excusé. Donc, je pense qu’on doit passer à autre chose», a déclaré le premier ministre du Québec, François Legault, lors d’un point de presse à Montréal.

Il n’a pas voulu aller plus loin parce que «vous savez qu’on est en campagne électorale fédérale».

«J’ai été déçu qu’un élu qui veut être premier ministre ait eu ce comportement-là. Mais disons qu’il s’est excusé par la suite, on peut passer à autre chose», a offert, dans les couloirs de l’Assemblée nationale, Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux.

Le chef par intérim du Parti québécois, Pascal Bérubé, était aussi prêt à changer de sujet, mais pas avant de reprocher au chef libéral son «manque de jugement». Il ne le croit toutefois pas raciste. «Sa vie témoigne de la lutte contre le racisme. On peut être des adversaires politiques et reconnaître qu’il n’y a aucune raison de croire qu’il l’est», a fait remarquer M. Bérubé.

Le député libéral Frantz Benjamin partage une partie du comté du député de Papineau et, pour lui, le dossier est clos.

«Ça fait 20 ans et il s’est excusé. [...] On devrait peut-être passer à autre chose parce que je le crois sincère», a-t-il dit.

Prêts à pardonner

Le groupe Canadiens unis contre la haine a diffusé un communiqué jeudi matin pour se désoler de cet épisode, estimant qu’il souligne à quel point le racisme a été présent même dans la vie de gens devenus «champions de la diversité et de l’inclusion».

Le groupe estime que M. Trudeau est aujourd’hui «un homme différent de celui qui est dans la photo» déterrée par le magazine américain.

Le Conseil national des musulmans canadiens a pour sa part remercié M. Trudeau pour les excuses offertes moins d’une heure après que le groupe les a réclamées.

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Prêts à pardonner

Le groupe Canadiens unis contre la haine a diffusé un communiqué jeudi matin pour se désoler de cet épisode, estimant qu’il souligne à quel point le racisme a été présent même dans la vie de gens devenus «champions de la diversité et de l’inclusion».

Le groupe estime que M. Trudeau est aujourd’hui «un homme différent de celui qui est dans la photo» déterrée par le magazine américain.

Le Conseil national des musulmans canadiens a pour sa part remercié M. Trudeau pour les excuses offertes moins d’une heure après que le groupe les a réclamées.

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LIGHTBOUND: «JE CROIS QUE LES CANADIENS VONT ÊTRE CLÉMENTS» 

«Tout le monde sait où M. Trudeau loge au sujet du vivre-ensemble et des minorités. Je le connais depuis quelques années, les Canadiens aussi, et il n’est pas raciste Je crois que les Canadiens vont être cléments», a commenté le député sortant et candidat libéral Joël Lightbound au Soleil, mercredi, dans la foulée de l’affaire brownface qui ébranle le premier ministre Justin Trudeau.

L’avocat de 31 ans se présente dans la circonscription de Louis-Hébert, soit l’arrondissement Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, pour la deuxième fois.

«S’excuser rapidement était la bonne chose à faire, poursuit M. Lightbound. M. Trudeau est comme tout le monde, il n’est pas meilleur ou pire. Il a ses qualités et ses défauts. Ça démontre que les mœurs et les consciences évoluent, tant mieux», indique celui qui est déjà un pilier libéral dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches, où le PLC n’avait gagné que 2 comtés sur 12 lors des élections fédérales de 2015. Olivier Bossé, Le Soleil 

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AUX CANADIENS DE DÉCIDER SI TRUDEAU EST RACISTE, DIT SINGH

HAMILTON - Ce sera aux Canadiens et Canadiennes de décider si Justin Trudeau est raciste à la suite de la publication de photos et d’une vidéo le montrant en «brownface» et «blackface», selon le chef du NPD, Jagmeet Singh.

Le leader néo-démocrate a été longuement questionné, jeudi à Hamilton en Ontario, sur ces images prises il y a plusieurs années, sur lesquelles le chef libéral a la peau maquillée en brun ou en noir.

M. Singh s’est dit «profondément troublé», ajoutant que de jeunes Canadiens allaient voir de multiples images du premier ministre se moquant de leur réalité, et que cela est «très douloureux» pour de nombreux Canadiens.

M. Singh n’a pas voulu dire comment il réagira lorsqu’il verra M. Trudeau aux débats des chefs ni s’il allait accepter de lui serrer la main.

«Comment répond-on à quelqu’un, comment pouvons-nous regarder dans les yeux une personne qui s’est moqué de la réalité que j’ai vécue, mais plus important encore, que tellement d’autres Canadiens ont vécue? Je crois qu’il a beaucoup de réponses à donner», a-t-il indiqué.

Il craint également que ces gestes mis au jour de M. Trudeau reflètent une tendance chez lui, et a rappelé un épisode où le chef libéral avait répondu avec sarcasme à une manifestante autochtone lors d’une activité de financement, plus tôt cette année.

Il a également dit que ce sera au chef libéral de décider s’il veut l’approcher pour s’excuser, et qu’il accepterait de le rencontrer en personne pour lui dire que ce qu’il a fait n’est pas bien.

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Le chef du NPD Jagmeet Singh en entrevue à une radio de Toronto, jeudi matin