Le réalisateur Jean-Claude Larbecque devant sa caméra en plein tournage du documentaire «À hauteur d’homme» qui suivait pas à pas Bernard Landry durant son ultime campagne électorale et se penchait sur ses rapports tumultueux avec les journalistes.

Bernard Landry: «Quel bon film! Mais moi, ça va me tuer!»

À l’automne 2003, le réalisateur Jean-Claude Labrecque a invité Bernard Landry dans sa maison montréalaise pour regarder «À hauteur d’homme». 

Le documentaire de M. Labrecque suivait pas à pas le défunt premier ministre durant son ultime campagne électorale et se penchait sur ses rapports tumultueux avec les journalistes. À la fin de la projection, M. Landry était désespéré.

«Il a dit : “Ah, mon dieu, quel bon film! Mais moi, ça va me tuer! Je ne m’en sortirai pas”», raconte le réalisateur.

Durant la journée, l’ex-chef du Parti québécois avait appelé M. Labrecque une quinzaine de fois. «Il était tendu, nerveux. Il me disait : “Vous allez voir, les journalistes vont vous tuer, comme ils m’ont tué.”»

Malgré tout, Bernard Landry n’en voulait pas au documentariste de l’avoir flanqué d’une caméra et d’un micro au veston pendant trois mois, jusqu’au soir fatidique du 14 avril 2003.

«Il disait : “C’est bon pour la démocratie”», raconte M. Labrecque. «Il était très sincère quand il parlait de démocratie.»

Sorti en salles le 5 septembre 2003, À hauteur d’homme reste le seul documentaire indépendant qui permet d’observer un chef politique québécois dans les coulisses d’une campagne électorale.


« Il [Bernard Landry]disait : “C’est bon pour la démocratie”. Il était très sincère quand il parlait de démocratie »
Jean-Claude Labrecque décrivant la réaction de l’ex-premier ministre qui avait été flanqué d’une caméra et d’un micro pendant trois mois

«On n’est plus capable de faire ça maintenant», dit Jean-Claude Labrecque, qui estime que M. Landry demeure en ce sens un modèle de transparence.

Quelques mois après sa défaite électorale contre les libéraux de Jean Charest, Bernard Landry craignait néanmoins que ses envolées contre les journalistes égratignent son image publique.

«C’est leur joie. Ils vont passer 30 jours à essayer de persécuter trois hommes politiques qui ont le courage de se présenter», dénonçait-il, 24 heures après le déclenchement des élections. 

Jean-Claude Labrecque croit que les citoyens ne lui en ont pas tenu rigueur et ont trouvé que le documentaire humanisait le politicien. «Ils se sont mis à l’aimer plus.»

Le réalisateur raconte que le soir de la diffusion, Bernard Landry est allé souper dans une brasserie d’Outremont. «Il a mis une heure et demie à se rendre. Le monde dans la foule l’arrêtait et allait lui parler. Et les gens [me] disaient : “Vous auriez dû passer ça avant les élections!”»