Le juge Benoît Morin a été foudroyé par un malaise alors qu’il soupait avec son épouse, le 17 juin.

Benoît Morin, le juge aux multiples vies, n’est plus

Benoît Morin a eu plusieurs vies. Premier fonctionnaire de l’État, dirigeant d’une banque, juge du plus haut tribunal québécois. Sa dernière, celle de retraitée, s’est terminée trop vite, dimanche dernier, par son décès à l’âge de 75 ans.

L’atmosphère était lourde cette semaine, dans les bureaux feutrés de la Cour d’appel, au quatrième étage du palais de justice de Québec. Juges, greffières et membres du personnel de la cour ont le coeur serré en pensant au départ abrupt du juge Benoît Morin, foudroyé par un malaise alors qu’il soupait avec son épouse, le 17 juin.

La juge Julie Dutil se rappelle qu’à sa toute première semaine à la Cour d’appel, en 2004, elle avait siégé avec Benoît Morin, nommé trois ans avant elle. Courtois et souriant, le juge Morin avait la capacité d’être à la fois libre-penseur et ouvert d’esprit, dit-elle.

Benoît Morin était toujours volontaire pour entendre les dossiers plus complexes. Dans ses jugements, il a notamment eu à se prononcer sur la prière à la Ville de Saguenay, le recours collectif de la légionellose, les verdicts de culpabilité des meurtriers Francis Proulx et Cathie Gauthier et la cause de CINAR contre l’auteur Claude Robinson, entre autres.

Il avait pris sa retraite en novembre dernier, le jour de son 75e anniversaire, limite légale pour siéger comme juge. 

Jusqu’à la toute fin, malgré des problèmes de santé, le juge Morin avait participé aux travaux de la cour. Toujours le premier arrivé pour la réunion quotidienne de 11h, Benoît Morin s’installait dans son fauteuil. Ses collègues venaient le rejoindre pour discuter des jugements en délibéré, des causes à venir. 

Hommage

Il y a trois semaines, les juges de la Cour d’appel ont pu retrouver leur collègue retraité à l’occasion d’une petite cérémonie hommage à Rivière-du-Loup. 

Julie Dutil était heureuse de pouvoir dire à cette assemblée tout le bien qu’elle pense de son collègue. «Siéger avec toi était une garantie que rien ne nous échapperait, disait la juge Dutil. Les avocats n’avaient qu’à bien se tenir et à être préparés!»

Un des six fils de l’ancien maire de Sainte-Foy Bernardin Morin, Benoît Morin a été admis au Barreau en 1965. Il a par la suite obtenu trois diplômes d’études supérieures, dont un de l’École Nationale d’Administration de Paris. 

Jeune fonctionnaire du ministère de la Justice, Benoît Morin a gravi les échelons et travaillé comme chef de cabinet du premier ministre Robert Bourassa pendant trois ans, de 1973 à 1976. 

L’avocat fait ensuite le saut dans le monde bancaire et devient vice-président ressources humaines et affaires juridiques à la Banque Nationale. 

Benoît Morin est revenu à la fonction publique québécoise. Il a été secrétaire général et greffier du Conseil exécutif de 1986 à 1994. Durant cette période, il occupait le plus haut poste de la fonction publique québécoise.

Lorsqu’il a été nommé à la Cour supérieure en 1994, Benoît Morin n’avait jamais plaidé une seule cause. Il a acquis rapidement une réputation de juge solide, capable de garder le cap dans une salle bondée de justiciables.

Il avait une grande facilité dans l’interprétation des lois, note la juge Dutil. Sans doute un héritage de son passé de législateur.