Jean-Pierre Langevin

Bell Cause pour la cause: la santé mentale, parlons-en

Le 29 janvier marque la 10e campagne Bell Cause pour la cause. De son côté, Jean-Pierre Langevin est impliqué depuis plus ou moins 20 ans au sein de l’organisme La Boussole, qui vient en aide aux proches d’une personne atteinte de maladie mentale. L’homme qui réside dans Saint-Sacrement avait alors appris que l’un de ses fils, Philippe, alors âgé d’une vingtaine d’années, était atteint de schizophrénie. Depuis, il prend de son temps pour parler d’enjeux de santé mentale et pour déconstruire les mythes qui y sont rattachés.

Q  Pourquoi avoir décidé de prendre votre expérience comme un bagage pour vous impliquer au sein d’un organisme lié à la santé mentale?

R  Avec l’arrivée de la maladie dans la famille autour de 1995-1998, il y a eu un bouleversement familial. J’ai décidé de m’impliquer directement parce que j’étais déjà habitué de m’impliquer dans des organismes. La maladie mentale, quand ça arrive, on en a peur et on ne sait pas ce que c’est. Le fait de s’informer, ça baisse un peu notre anxiété. J’ai toujours cru qu’en s’impliquant, en cherchant à en connaître plus sur quelque chose, ça enlève les peurs et ça nous dégage des démons qu’il y a dans la maladie mentale.

Q  En vous impliquant, vous vouliez donc devenir cette personne qui informe aussi les autres, en quelque sorte?

Oui, parce que c’est une maladie qui est taboue; un peu moins aujourd’hui, mais elle l’était surtout il y a 20 ans. Tout de suite, dans l’organisme, on préconisait d’en parler dans notre famille, autour de nous. Il y a même des gens qui m’ont reproché d’en parler trop, mais moi, j’étais convaincu que mon fils à travers mes actions en bénéficierait. Même lui avait compris que le fait d’en parler, ça l’aidait. Les personnes n’avaient plus les mêmes agissements et elles ne le voyaient plus comme avant. Elles pouvaient continuer de lui parler et d’interagir avec lui, non seulement dans la famille, mais aussi dans le voisinage. C’est prouvé que les personnes qui sont atteintes de maladie mentale, si elles sont supportées par leur entourage, elles ont des chances de mieux aller.

Q  Est-ce qu’il y a des choses qui ont changé depuis 20 ans en matière de santé mentale?

Ayant vécu la situation au début des années 2000, oui, ça a changé. Il y a beaucoup plus d’organismes d’aide aux personnes, des centres de crise ont ouvert, le lien entre les organismes et les autorités a progressé. Surtout, on en parle plus.

Q  Vous qui militiez pour qu’on en parle davantage, vous réjouissez-vous de constater que c’est un sujet moins tabou aujourd’hui?

Oui, mais il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers, rien n’est parfait. Le système de santé demeure difficile pour certains cas de santé mentale qui sont plus compliqués à gérer. Il ne faut pas non plus se dire que puisque ce n’est pas facile, on abandonne. Au contraire, il faut continuer à avoir des projets, à en parler. On n’en fait pas assez. Nos dirigeants sont sensibilisés parce que la maladie mentale est partout, mais il y a des barrières administratives qui empêchent les services de se rendre plus facilement aux personnes qui en ont besoin.

Q  Quel est notre rôle en tant qu’individu?

Individuellement, on devrait avoir l’esprit ouvert, savoir écouter et approcher ces personnes-là pour qu’elles sentent qu’elles font partie de la communauté. C’est important, sinon elles ont tendance à s’isoler. Donc, entre nous, c’est possible d’en parler pour contribuer à enlever la honte de ces personnes face à leur maladie. La maladie mentale, c’est un domaine de petits pas. Pour s’en sortir, ça prend du courage et ça se fait petit à petit. Si on s’attend à de trop gros changements, on est déçus.

Cette retranscription a été raccourcie à des fins de synthèse.