Devenu malgré lui l’un des symboles du drame, le survivant Aymen Derbali a assisté à la cérémonie. «C’étaient de bonnes paroles, ça fait chaud au cœur», a-t-il dit à sa sortie de la mosquée.

Bâtir des ponts plutôt que s’isoler

Bien que meurtrie par la tuerie du 29 janvier 2017, la communauté musulmane de Québec préfère encore l’optimisme à l’amertume, «bâtir des ponts» plutôt que s’isoler.

Lancées en matinée par un colloque sur le vivre ensemble, les commémorations du premier anniversaire de la tuerie de la Grande Mosquée de Québec se sont transportées vendredi soir à l’endroit même où s’est produit la tragédie. Dans la même salle où six hommes ont perdu la vie sous les balles d’une arme semi-automatique. 

La soirée était réservée à la communauté musulmane. Derrière les portes du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), les veuves des victimes avaient préparé un repas pour les centaines de personnes attendues. L’ambiance était de toute évidence familiale, mais sobre. Des enfants couraient un peu partout en attendant le début des discours.

Signe que la sécurité est un véritable enjeu pour les musulmans de Québec, un constable privé surveillait l’entrée de la mosquée, alors que quelques policiers municipaux sillonnaient discrètement les environs à bord d’autopatrouilles.

Devenu malgré lui l’un des symboles du drame, le survivant Aymen Derbali, 41 ans, a assisté à la cérémonie. Depuis sa chaise roulante, il a écouté les lectures coraniques et les différents discours prononcés par les imams.

M. Derbali est paralysé à vie et ne pourra plus marcher. Il a reçu sept balles et des éclats se sont logés dans sa colonne vertébrale. «C’étaient de bonnes paroles, ça fait chaud au cœur. On a mis l’accent sur la solidarité du peuple et sur les actions futures qu’on devrait avoir pour construire plus de ponts et avoir plus de contacts avec nos concitoyens québécois», a dit M. Derbali à sa sortie de la mosquée avant de repartir à bord d’un véhicule de transport adapté.

S’adressant tantôt aux blessés physiques ou psychologiques, tantôt aux familles éplorées et à tous ceux qui cherchent à comprendre pourquoi ils ont survécu, les imams ont mis l’emphase sur «l’après 29 janvier». Sur «la réflexion» que doit avoir la communauté musulmane et l’ensemble de la société québécoise «après [cette] tragédie qui dépasse notre imagination».

Pas d’amertume

Naima Lamara, Algérienne d’origine vivant au Québec «depuis plus de dix ans», s’est présentée vendredi soir au CCIQ par «solidarité» pour les veuves des victimes. Pour elle, la meilleure façon d’honorer les mémoires d’Ibrahima Barry, de Mamadou Tanou Barry, de Khaled Belkacemi, d’Abdelkrim Hassane,d’ Azzedine Soufiane et d’Aboubaker Thabti est de «bâtir des ponts».

«L’amertume je vous dirais que non [il n’y en a pas], a dit Mme Lamara. Mais c’est sûr, que un an après, la plaie est encore ouverte. On doit laisser le temps faire ce qu’il a à faire. Mais il faut qu’on tire des leçons, nous comme communauté mais aussi comme société. On est des citoyens de cette société. […] Si on bâtit des ponts, on combat les préjugés, on corrige des perceptions», a-t-elle exprimé.

Tout comme les représentants du CCIQ, Mme Lamara a fait un appel à l’ouverture et a tendu la main aux Québécois dans cette démarche. «Cette réflexion, elle doit dépasser le cadre de juste la communauté musulmane. Il faudra que cette réflexion nous murisse, nous permettre de combattre l’isolement, il faut qu’il soit brisé. On n’est pas un silo à part, on est un maillon dans toute une chaîne. […] On n’a pas le choix que d’être impliqué [nous les musulmans], parce que nos enfants sont ici. Leur culture c’est la culture d’ici. Ils ont fait leurs racines avec des gens d’ici.»

Les commémorations de l’attaque du 29 janvier se poursuivront jusqu’à lundi soir, jour officiel du premier anniversaire de la tuerie. Des activités sont prévues samedi à l’Université Laval et à la mosquée.