La Ville de Québec n’a pas l’obligation de tester l’eau de son hôtel de ville.

Bâtiments de la Ville de Québec: la qualité de l’eau pas testée

La Ville de Québec ne sait pas si l’eau bue à l’hôtel de ville, dans les centres sportifs et communautaires ainsi que dans ses autres immeubles est de bonne qualité, si elle est contaminée notamment par le plomb. La Ville de Québec n’effectue pas ce type de vérifications dans ses bâtiments où travaillent des milliers d’employés, où se musclent et se divertissent des milliers de citoyens, a constaté Le Soleil.

La mairie de la capitale a instauré un programme pour analyser l’eau des écoles, des garderies et des résidences privées. Un programme gratuit. 

Toutefois, la loi ne la forçant pas à regarder dans sa cour, elle ne semble pas avoir jugé pertinent de vérifier l’eau qui s’écoule des fontaines et robinets de ses propres installations.

Dans un premier temps, nous avons requis, en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics, les rapports produits à la suite de prélèvements d’eau dans tous les bâtiments de la Ville; ceci incluait le populeux hôtel de ville et les centres sportifs où les Québécois actifs doivent s’abreuver abondamment. Nous avions limité la commande aux cinq dernières années, pensant recevoir une montagne de papiers remplis de chiffres.

Réponse : «Nous ne pouvons donner suite favorablement puisque nous ne détenons aucun document visé par votre demande.» De telles analyses n’existent pas, nous a écrit l’avocat Julien Lefrançois.

Aucune obligation

Dubitatifs, nous avons interpelé la mairie cette fois sans nous limiter à cinq ans; les chimistes auraient pu vérifier ce qui coule des abreuvoirs et robinets avant. 

Notre question : «On me dit que la Ville n’a pas fait de tests d’eau, notamment pour y déceler du plomb, à l’hôtel de ville, dans les centres communautaires, centres sportifs et autres bâtiments municipaux. C’est vrai? Pourquoi?»

La réponse a été livrée par la conseillère en communication, Wendy Whittom : c’est vrai. La Ville ne l’a pas fait parce que le gouvernement québécois, le ministère de l’Environnement, ne l’exige pas. «Les bâtiments municipaux, ainsi que tout autre immeuble de plus grande envergure, ne répondaient pas aux critères de sélection établis par le guide d’intervention du MELCC pour le suivi réglementaire du plomb dans l’eau potable.»

Nous avons insisté pour être certains : «J’aimerais confirmer : la Ville ne fait pas de tests d’eau dans ses bâtiments, ne teste pas la qualité de l’eau dans ses bâtiments?»

Mme Whittom confirme : «Comme les autres exploitants d’édifices publics et institutionnels au Québec, la Ville ne testait pas […] l’eau à l’intérieur du bâtiment et de sa tuyauterie à des points précis.»

Elle fait cependant remarquer que la production des quatre usines de traitement de l’eau potable de la capitale subit une batterie d’examens et répond à de hauts standards de qualité. 

La publication d’enquêtes par Le Soleil, Le Devoir et La Presse+ au cours des deux derniers mois ont toutefois permis de constater qu’il y a parfois contamination en plomb à des niveaux élevés entre l’usine et le verre d’eau du citoyen.

250 édifices

Au fait, combien de bâtiments où des employés et des citoyens boivent de l’eau la Ville de Québec possède-t-elle?

La Ville n’avait pas sous la main une liste de ses propriétés, nous a dit le porte-parole David O’Brien. À la demande du Soleil, on a néanmoins préparé un tableau regroupant les principaux immeubles où se trouvent régulièrement des humains. Cette liste exclut, par contre, les édifices privés où la Ville loue des bureaux. Ainsi que les bâtiments institutionnels (écoles ou autres) où la municipalité loue des gymnases et des locaux.

Dans le document reçu, 250 édifices sont énumérés. Du nombre, plus ou moins 160 ont été construits avant 1989.

Selon le ministère de l’Environnement du Québec, le Code de la plomberie interdit les entrées d’eau en plomb depuis 1980. Depuis 1989, les soudures contenant plus de 0,2 % de plomb sont bannies.

La Ville de Québec compte autour de 7300 employés : 4427 permanents, 872 temporaires et 2025 occasionnels. 

Québec abrite environ 540 000 habitants. La mairie n’a pas été en mesure de nous dire combien d’entre eux fréquentent les centres de loisirs, bibliothèques et autres lieux d’activités de la cité.

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CITOYENS INQUIETS

La Division de la qualité de l’eau de Québec fait face à une crue importante du nombre de citoyens et de directions de garderies inquiets voulant savoir si leurs robinets rejettent une eau souillée au plomb, un contaminant susceptible de ralentir le développement intellectuel des enfants.

La Ville offre gratuitement de réaliser des analyses. Avant, elle devait cependant être proactive pour réussir à faire un nombre minimal de tests. «Chaque année, nous transmettions environ 500 lettres de sollicitation pour une participation volontaire aux gestionnaires d’institutions qui ont une clientèle vulnérable dans leurs bâtiments (écoles, CPE, Commissions scolaires, etc.) et aux citoyens propriétaires d’un bâtiment susceptible d’avoir des conduites en plomb», relate Wendy Whittom, conseillère en communication. 

C’était avant que le plomb fasse la manchette du Soleil, de La Presse+ et du Devoir. «Il y a plus de demandes de la part des citoyens depuis la médiatisation de la problématique», observe Mme Whittom. Elle n’est toutefois pas en mesure de chiffrer l’afflux.

Une technicienne municipale rencontrée par Le Soleil évoque une «explosion» du nombre d’appels. Cette employée s’est présentée à notre domicile lundi. Nous voulions faire tester l’eau de notre vénérable demeure officiellement érigée en 1905. Aussi savoir comment la Ville gère son programme d’analyses gratuites.

Pour profiter de ce service, un habitant de Québec doit appeler au 311. Sa requête est alors soupesée, priorisée, en fonction des risques : la présence d’enfants; la vocation de la résidence (ex : une garderie); l’année de construction; la réalisation, ou non, de travaux sur la plomberie. La Ville établira ensuite une liste des adresses à visiter et un calendrier. En 2020, elle prévoit qu’il lui faudra dépenser au moins 400 000 $ de plus que les années précédentes pour faire face à la crue. La majorité des prélèvements auront lieu entre le 1er juillet et le

30 septembre 2020, période au cours de laquelle l’eau est plus chaude donc plus sujette à contenir du plomb.

11 bouteilles

Alors, comment ça se passe, un prélèvement? Une fois inscrit sur la liste d’attente, il faut… attendre! Une technicienne nous contacte pour venir à la maison équipée de son ordinateur, une glacière, 11 bouteilles de plastique.

Premier constat, même si les scientifiques demandent au gouvernement de changer les procédures, ce n’est pas fait. On laisse encore couler l’eau cinq minutes avant de prendre un échantillon. Ce qui dilue le plomb et les autres contaminants potentiels.

Ensuite, la technicienne remplit trois bouteilles pour la Ville. Le labo municipal profite de l’occasion pour ses besoins internes.

Puis elle démarre un chronomètre. Il faut attendre 30 minutes. Elle meuble l’attente en mesurant notre tuyauterie et vérifie le taux de chlore dans l’eau avec un petit appareil posé sur le comptoir. La pause lui permet de nous faire remarquer qu’elle doit suivre les mêmes intervalles quand elle analyse l’eau de chacun des abreuvoirs d’une école… cinq minutes d’écoulement, prélèvement, pause de 30 minutes, prélèvement, pause d’une minute, prélèvement, pause de cinq minutes…

Finalement, elle aura rempli huit bouteilles pour notre eau en plus des trois premières.

Ensuite? Quelques analyses seront rapidement complétées. Des produits acides seront par contre ajoutés dans certains contenants qui devront reposer durant une semaine. Après, les chimistes pourront scruter le contenu.

Il faut donc plusieurs semaines avant la réception des résultats. Baptiste Ricard-Châtelain

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LUTTE AU PLOMB: FACTURE SALÉE À VENIR

La Ville de Québec promet un plan pour s’attaquer au plomb dans l’eau potable avant la fin de l’année. Déjà, on sait que la facture sera salée.

«La Ville s’engage à investir un montant établi actuellement à

50 millions $, dont 1 million $ qui sera engagé en 2020», apprend-on dans le Programme d’investissement quinquennal qui vient d’être publié. Les fonds serviront notamment à remplacer la tuyauterie de plomb dans le réseau d’aqueduc.

La capitale n’a pas le choix. Sous la pression médiatique, le gouvernement de la Coalition avenir Québec a promis de traquer le plomb dans toutes les écoles et garderies du Québec. Aussi, d’exiger que les municipalités identifient les bâtiments, les maisons, qui ont encore des entrées de service en plomb pour les remplacer. Dans la capitale, un programme de subvention pourrait être mis en place afin de soutenir les propriétaires dont le branchement de leur résidence à l’aqueduc est contaminé. La Ville ne sait toutefois pas quelles maisons ont toujours une tuyauterie de plomb. Ni lesquels de ses propres édifices sont dans la même situation. 

Durant l’étude du Budget 2020 à l’hôtel de ville mardi, le conseiller de Démocratie Québec Jean Rousseau a d’ailleurs demandé aux hauts fonctionnaires s’ils sont en mesure de confirmer une donnée publiée par Le Devoir évaluant qu’au moins 673 bâtiments de la Ville ont une entrée d’eau en plomb. «Sera-t-on en mesure d’avoir un inventaire?»

On lui a réitéré que cette information n’est pas connue. Et qu’un «plan d’action est en élaboration», mais que «ce plan n’est pas finalisé». Baptiste Ricard-Châtelain