L’expert-conseil Slavko Sebez déplore que les autorités connaissent la situation «très préoccupante» de la qualité de l’air en Basse-Ville–Limoilou et qu’elles n’aient pas encore pris les mesures pour la corriger.

Basse-Ville-Limoilou-Vanier: un expert implore les autorités d’agir sur la qualité de l’air

Un expert en santé communautaire et environnementale dénonce l’inertie des autorités politiques et de santé publique devant les données sanitaires inquiétantes pour le secteur Basse-Ville-Limoilou-Vanier, qui indiquent des écarts défavorables par rapport à d’autres secteurs de la ville de Québec. Il les implore d’agir sur les facteurs de risque environnementaux, pointant particulièrement les émissions polluantes provenant de l’incinérateur.

Slavko Sebez a travaillé plusieurs années à la Direction de la santé publique. Il a aussi représenté celle-ci au sein du comité de vigilance de l’incinérateur. Il dit avoir abandonné le milieu parce que las d’observer «des choses pas faites correctement en santé publique».

Le spécialiste, qui agit aujourd’hui à titre d’expert-conseil, a analysé le rapport de la Direction de santé publique sur Les inégalités sociales de santé dans Basse-Ville et Limoilou-Vanier, publié en mars 2018. Dans ce rapport, on constate que «les résultats illustrent avec évidence la vulnérabilité de ces deux territoires face à de grands déterminants ou à l’état de santé», et que l’ampleur des inégalités observées est «particulièrement préoccupante». 

Slavko Sebez souligne dans son analyse écrite qu’il a fait parvenir mardi au Soleil que le taux de mortalité par cancer de la trachée, des bronches et du poumon en Basse-Ville et dans Limoilou-Vanier est significativement plus élevé que dans le reste du Québec. Il remarque par exemple que le taux de mortalité par cancer du poumon est deux fois plus élevé dans Limoilou-Vanier qu’à Sainte-Foy-Sillery, et que cette tendance se maintient depuis déjà une dizaine d’années. 

M. Sebez constate également que les risques pour certaines maladies pouvant être associées à des facteurs de risque environnementaux sont plus importants dans ces secteurs du centre-ville. Les données sanitaires montrent en effet un excès de risque significatif pour les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires et les cancers du poumon, observe-t-il.

L’expert note en outre un taux plus élevé qu’ailleurs d’hospitalisations pour des maladies respiratoires, y compris au cours de la première année de vie, de même qu’un taux de prévalence de l’asthme chez les 12 ans et plus nettement supérieur à la moyenne régionale. 

Qualité de l’air

Slavko Sebez rappelle du reste que les études épidémiologiques ont «clairement démontré que la pollution de l’air extérieur, aux niveaux actuellement rencontrés dans la ville de Québec, cause des effets aigus et chroniques sur la santé, incluant une mortalité prématurée et des hospitalisations excédentaires». Chaque année dans le secteur Basse-Ville-Limoilou-Vanier, on estime à une soixantaine le nombre de décès prématurés causés par la pollution atmosphérique, souligne-t-il. 

M. Sebez est formel: les problèmes de santé observés ne peuvent pas être attribués aux seuls facteurs sociaux-économiques. «Incontestablement, la qualité de l’air ambiant figure parmi les facteurs de risque environnementaux qui affectent la santé des personnes résidant» dans ces secteurs, insiste-t-il.

Le spécialiste ne comprend pas que le ministère de l’Environnement, dans un récent rapport portant sur des analyses d’échantillons d’air prélevés dans Limoilou entre 2010 et 2012, puisse avoir conclu que les concentrations de polluants étaient faibles et qu’elles n’influençaient pas de façon notable la qualité de l’air ambiant du secteur, alors que ce même ministère a remis au cours des dernières années plusieurs avis de non-conformité à la Ville de Québec concernant des dépassements des normes pour le mercure, l’arsenic et le monoxyde de carbone, entre autres. «Cette étude-là n’a pas été faite dans les règles de l’art», accuse-t-il.

«Pas de lien»

Au ministère de l’Environnement, on soutient qu’il n’y a «pas de lien direct entre les normes d’émission, qui sont mesurées aux cheminées de l’incinérateur, et les normes de qualité de l’atmosphère, qui sont mesurées dans le milieu récepteur». 

«Ainsi, il est possible de dépasser une norme d’émission et de respecter la norme de qualité de l’atmosphère associée au même contaminant. Dans le cas de l’incinérateur, les contaminants sont émis par de hautes cheminées et à une température élevée, ce qui favorise une bonne dispersion dans l’atmosphère. Par conséquent, même si des dépassements occasionnels de normes d’émission sont mesurés, l’impact dans le milieu récepteur demeure faible», nous dit-on.

Selon Slavko Sebez, il faut une «réelle prise de conscience politique et citoyenne» sur les données sanitaires de la Basse-Ville et de Limoilou-Vanier. Il déplore que les autorités concernées aient déjà été saisies de cette situation «très préoccupante» et qu’elles n’aient pas encore pris les mesures appropriées pour la corriger. 

«On ne peut pas juste se contenter de constater l’existence d’un problème. Outre l’obligation d’informer la population de l’état de santé général des individus, le Directeur de santé publique est responsable dans sa région d’identifier les situations susceptibles de mettre en danger la santé de la population et de voir à la mise en place des mesures nécessaires à sa protection», rappelle Slavko Sebez.