La baleine noire qui a subi une nécropsie à Miscou, le 19 septembre, était empêtrée dans des cordages de pêche.
La baleine noire qui a subi une nécropsie à Miscou, le 19 septembre, était empêtrée dans des cordages de pêche.

Baleines noires: navires et engins de pêche coupables

Geneviève Gélinas
Geneviève Gélinas
Le Soleil
(Gaspé) Cinq baleines noires sont mortes à cause de l’activité humaine, soit après une collision avec un navire ou un empêtrement dans des engins de pêche au crabe, révèlent les nécropsies pratiquées sur des carcasses récupérées ces derniers mois dans le golfe du Saint-Laurent.

Douze baleines noires de l’Atlantique nord, une espèce en péril, ont été retrouvées mortes dans les eaux canadiennes depuis juin, un nombre record. Des vétérinaires ont examiné certaines carcasses et ont livré leurs résultats jeudi pour six d’entre elles.

Quatre baleines avaient subi un «trauma contondant», c’est-à-dire un choc qui cause des hémorragies internes et parfois, des fractures. Les collisions avec un navire sont «la seule cause connue de trauma contondant chez les baleines noires», a indiqué Émilie L. Couture, vétérinaire au zoo de Granby et à l’Université de Montréal.

La décomposition de la cinquième était trop avancée pour déterminer la cause de la mort, mais «le trauma contondant est une possibilité», dit Mme Couture.

La dernière des six est morte des suites d’un empêtrement. «On a observé des cordages de pêche, une condition corporelle sous-optimale et des cicatrices», indique Mme Couture. Les engins de pêche autour du corps empêchent la baleine de s’alimenter correctement.

Les scientifiques n’ont pas terminé l’analyse d’un septième cadavre examiné le 19 septembre à Miscou. Elle était aussi empêtrée dans des cordages de pêche, observent-ils.

Les vétérinaires ont vérifié si les baleines étaient prédisposées à s’empêtrer ou à subir une collision, à cause d’un empoisonnement aux algues toxiques, d’une maladie infectieuse ou d’un affaiblissement faute de nourriture. «Il est très peu probable que ces conditions aient joué un rôle», tranche Mme Couture.

Il reste moins de 500 individus de baleines noires de l’Atlantique nord. «L’urgence est évidente. C’est une espèce très en danger d’extinction. Une seule mortalité est importante. Douze, c’est d’une ampleur énorme. Il faut discuter des causes probables et trouver des solutions», a commenté le vétérinaire Pierre-Yves Daoust, pathologiste et professeur au Collège vétérinaire de l’Atlantique de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard.

Mesures justifiées

«Ces résultats indiquent que les mesures prises jusqu’à maintenant cet été pour ralentir les navires et fermer certaines pêches étaient justifiées», ont réagi par communiqué le ministre des Pêches et des Océans, Dominic LeBlanc, et le ministre des Transports, Marc Garneau.

Le 20 juillet, Ottawa a mis fin à la pêche au crabe des neiges dans le sud du golfe, rappellent les ministres. Depuis le 11 août, les navires de 20 mètres et moins doivent réduire leur vitesse à dix nœuds (19 kilomètres/heure) dans l’ouest du golfe.

Au cours des prochains mois, le gouvernement canadien consultera l’industrie de la pêche et du transport maritime ainsi que les scientifiques. Ces consultations aboutiront «à des changements l’été prochain, qui auront pour objectif de protéger cette espèce en péril contre tout autre danger», indiquent les ministres. Les baleines noires quittent le golfe en décembre pour migrer vers le sud.