Pauline Curadeau et Linda Langlais de l’Accueil Blanche Goulet
Pauline Curadeau et Linda Langlais de l’Accueil Blanche Goulet

Baisse des demandes d’aide alimentaire à Gaspé

Alors que de nombreuses banques alimentaires demandent l’aide du public en cette période de pandémie, l’Accueil Blanche Goulet de Gaspé a vu son nombre de demandes d’aide alimentaire diminuer. Une situation qui a forcé l’organisme communautaire à demander à certains de ses donateurs de réduire la cadence, faute de place.

«On s’attendait à voir une augmentation avec la pandémie, comme partout ailleurs. On s’était préparé, mais finalement notre nombre de demandes a baissé», explique la directrice du centre, Pauline Curadeau. Or, contre toutes attentes, le centre a vu ses demandes d’aide alimentaire passer de 76 en mars à 61 en avril. Pour le mois de mai, l’organisme a reçu jusqu’à présent un peu plus de 45 demandes. 

Du côté du Centre d’action bénévoles (CAE) La Grande Corvée situé à Grande-Rivière, une ressource qui dessert la Haute-Gaspésie, on ne remarque pas de diminution, mais on constate que le nombre de demandes est resté stable, contrairement à ce qui est rapporté dans les milieux urbains où il serait en forte hausse. 

L’aide fédérale pourrait être en cause

Si la hausse des demandes prévues n’est pas survenue, c’est en partie grâce aux nombreuses aides des gouvernements, croit Mme Curadeau. «Beaucoup de nos bénéficiaires ne font pas 2000 $ par mois. La Prestation canadienne d’urgence (PCU) est donc une sorte d’augmentation pour eux», explique la directrice de l’organisme qui célébrera bientôt ses 30 ans. 

Si les aides d’urgence ont donc pu permettre à certains bénéficiaires de sortir d’une situation précaire, Mme Curadeau croit aussi que la peur de la maladie aurait pu avoir une incidence sur les demandes. «Certaines personnes plus vulnérables veulent vraiment sortir le moins possible. C’est donc normal qu’elles évitent le plus possible les commerces, tout comme nos services», ajoute-t-elle.

Des impacts encore incertains

Si ces nouvelles semblent encourageantes, le directeur de la Table de concertation en sécurité alimentaire Gaspésie et des Îles de la madeleine (TCSAGIM), Louis-Jérôme Cloutier, prévient que cette situation pourrait ne pas durer, notamment quand les aides gouvernementales arriveront à leur fin. 

«On reste sur nos gardes parce qu’on pense commencer à ressentir les véritables impacts de la pandémie et de l’arrêt de l’économie en début d’automne», prévient M. Cloutier. Il craint aussi voir une baisse des dons et des subventions pour les organismes de la région advenant une situation économique précaire. «On risque de devoir se serrer la ceinture dans les mois, voire les années à venir quand l’attention médiatique va être ailleurs», met en garde celui qui est aussi directeur du CAE La Grande Corvée. 

Trop de denrées

En attendant de pouvoir évaluer les contrecoups de la pandémie de COVID-19 à long terme, l’accueil Blanche Guérin, qui sert aussi de point de distribution pour d’autres organismes de la région, se voit accumuler les denrées, dont plusieurs sont périssables, notamment parce que plusieurs ressources que Blanche Guérin dessert sont fermées en raison de la pandémie. 

«On a été obligé de faire des choix parce qu’on manque de place dans les congélateurs et la chambre froide», explique l’intervenante en alimentation, Linda Langlais. L’accueil a donc privilégié la viande au pain. Sans devoir en jeter plus qu’à l’habitude, l’organisme a décidé d’offrir des portions plus grosses à ceux qui reçoivent l’aide alimentaire. «C’est un beau problème, mais c’est surtout un drôle de problème», a ajouté Mme Langlais.