Ensaf Haidar, l’épouse de Raif Badawi qui croupit en prison depuis cinq ans et demi en Arabie saoudite, garde espoir que son mari puisse obtenir un pardon royal.

Badawi sur une liste de pardon royal

L’espoir renaît : Raïf Badawi se retrouve « pour une première fois » sur une liste de pardon royal en Arabie saoudite. Si c’est le cas, il pourrait être libéré de prison et pourrait éventuellement gagner le Canada — et plus particulièrement Sherbrooke, où l’attendent son épouse et ses deux enfants.

« C’est la première fois qu’on me dit que Raïf est dans les listes de pardon du roi. Le gouvernement disait depuis longtemps que le dossier (judiciaire) de Raïf n’était pas fermé », a expliqué son épouse Ensaf Haidar.

L’épouse du blogueur qui croupit en prison depuis cinq ans et demi croit que cette fois pourrait être la bonne, avec l’arrivée au pouvoir du prince héritier Mohammed ben Salmane, qui a entrepris des réformes au royaume saoudien.

« C’est maintenant le meilleur moment parce que la situation (politique au royaume) a changé », explique-t-elle.

« C’est devenu plus moderne. C’est le mot qu’utilise l’émir Mohammed ben Salmane, que l’Arabie saoudite va changer sa gouvernance, que ça va devenir une gouvernance moderne », a précisé Mme Haidar.

Alors, elle a de l’espoir. Beaucoup d’espoir.

Mohammed ben Salmane

Entre fébrilité et prudence

Du côté d’Amnistie internationale, on accueille cette nouvelle avec un mélange de prudence et de fébrilité. « Ce ne serait pas la première fois qu’il y aurait une fausse nouvelle qui n’est pas fondée. Alors on est prudents. Nous avons demandé des vérifications, qui sont toujours en cours », explique Anne Sainte-Marie.

« Le roi a tenu des discours très encourageants, mais dans les faits, les choses ne bougent pas vraiment en Arabie », souligne-t-elle.

Au moment d’écrire ces lignes jeudi soir, Amnistie internationale était toujours en attente de confirmation.

Ensaf Haidar, l’épouse de Raif Badawi qui croupit en prison depuis cinq ans et demi en Arabie saoudite, garde espoir que son mari puisse obtenir un pardon royal.

Des contacts limités

Ensaf Haidar a appris il y a une quinzaine de jours que Raïf Badawi serait en bonne santé et qu’il pourrait se voir accorder un pardon royal. C’est une délégation du Parlement européen qui s’était rendue au pays qui lui a appris la nouvelle.

Elle a dit ignorer combien de personnes figuraient sur la fameuse liste, et quand ce pourrait être au tour de Raïf Badawi de bénéficier d’une clémence royale. « J’espère qu’il sera le prochain pardonné », a-t-elle soutenu.

En attendant, Mme Haidar a des échanges limités avec son mari. « Raïf me parle de temps à autre, pas souvent. À cause de plusieurs raisons. D’abord, il est psychologiquement très fatigué et il n’aime pas parler quand il est dans cet état-là », a-t-elle confié en entrevue.

« Et quand il me parle, il me demande à quoi ressemblent maintenant les enfants, a-t-elle enchaîné. Ils ont beaucoup changé, bien sûr. La plus petite, quand elle a quitté l’Arabie saoudite, avait quatre ans. »

« Quand Raïf lui parle, il l’appelle « bébé » et elle lui répond qu’elle n’est plus un bébé. Ça la met en colère. Mais lui, l’image qu’il a gardée en tête, c’est celle d’un bébé », a relaté Mme Haidar après la conférence de presse.

Mme Haidar se trouvait jeudi dans la capitale fédérale pour prendre part à une conférence de presse visant à souligner le quatrième anniversaire du décès d’un autre prisonnier politique — l’ancien président sud-africain Nelson Mandela. Les familles de six prisonniers politiques se sont joints aux députés à Ottawa pour souligner les cas particuliers de leurs proches emprisonnés et le rôle que le Canada peut jouer en quête de leur liberté.