Une brèche dans le réseau ferroviaire du nord du Nouveau-Brunswick pourrait avoir des conséquences importantes en Gaspésie.

Axe Miramichi-Bathurst: alliance entre provinces pour sauver les rails

La lutte pour sauver de l'abandon un chemin de fer du Canadien National au Nouveau-Brunswick prend l'allure d'une alliance interprovinciale, à cause de l'effet domino à craindre d'un démantèlement éventuel des 70 kilomètres de rails entre Miramichi et Bathurst.
Jeudi, les députés néo-démocrates Philip Toone, de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, et Yvon Godin, d'Acadie-Bathurst, ont dévoilé à Ottawa deux pétitions de 30 000 signatures réclamant l'amélioration des services de VIA Rail au Nouveau-Brunswick et en Gaspésie, tout en lançant une autre pétition pour inciter le gouvernement fédéral à débloquer des fonds pour sauver l'axe Miramichi-Bathurst.
De plus, mercredi à Rimouski, les maires des principales villes du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie ont annoncé une action commune à mener avec l'Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick, qui regroupe plusieurs municipalités susceptibles de perdre le train de passagers de VIA Rail si le CN démantèle la voie Miramichi-Bathurst.
Il faudrait 10 millions $ pour assurer le lien entre Miramichi et Bathurst pendant une quinzaine d'années. Le CN a mis ce tronçon à vendre lundi. VIA Rail paie pour passer sur cette voie. Si le CN ne vend pas et démantèle, le train de VIA ne pourra plus passer par Matapédia et le Bas-Saint-Laurent.
«Le fait que le CN risque sérieusement de provoquer la fin du train de VIA entre Halifax et Montréal doit faire bouger le gouvernement conservateur. Québec a investi dans le chemin de fer en Gaspésie, et le gouvernement du Nouveau-Brunswick a fait la même chose, 25 millions $, pour une portion de la voie entre Moncton et Campbellton. Maintenant, un investissement du fédéral s'impose», précise le député Toone.
Sans Ottawa
Son collègue néo-brunswickois Yvon Godin déplore qu'Ottawa ait refusé jusqu'ici de collaborer au sauvetage de la voie ferrée entre Moncton, Miramichi, Bathurst et Campbellton, la même voie qui passe par Matapédia, raccordant le tronçon Gaspé-Matapédia, et qui file jusqu'à Montréal en passant par le Bas-Saint-Laurent.
«Si on enlève le chemin de fer entre Miramichi et Bathurst, VIA Rail se coupe d'une population de 300 000 personnes, dont plus de 100 000 au Nouveau-Brunswick qui ont l'habitude de prendre le train. Si VIA Rail passe par une autre voie, par Edmundston, il servira un secteur beaucoup moins peuplé [...] VIA Rail pourrait acheter le tronçon, si Ottawa débloque des fonds. Via a des lignes en Ontario», précise Yvon Godin.
Le CN veut abandonner la voie entre Miramichi et Bathurst parce que cette portion ne génère pas ou peu de trafic de marchandises. Le fret issu des usines de Miramichi est transporté vers Moncton, et celui généré par Bathurst est acheminé vers le Québec.
Le maire de Rimouski, Éric Forest, dit avoir déjà parlé au directeur général de l'Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick pour établir une action commune. «Nous sommes au XXIe siècle. La lutte aux gaz à effet de serre, la facilité de déplacement des personnes devraient être des acquis et VIA n'a fait qu'appauvrir son service depuis des années.»