Le cardinal Marc Ouellet a soutenu samedi que l'avortement était injustifié, même en cas de viol.
Le cardinal Marc Ouellet a soutenu samedi que l'avortement était injustifié, même en cas de viol.

Avortement: Mgr Ouellet provoque un tollé

Jean Pascal Lavoie
Le Soleil
Au lendemain d'un rassemblement pro-vie à Québec au cours duquel le cardinal Marc Ouellet y est allé d'une condamnation sans équivoque de l'avortement en toutes circonstances, les réactions ont été nombreuses et tranchées.
«Ces propos sont malheureux», a affirmé l'abbé Raymond Gravel au Soleil. «Je suis contre l'avortement. Ce n'est pas quelque chose de bien, et il y en a beaucoup trop au Québec et au Canada. C'est devenu un moyen de contraception. Mais entre ça et la recriminalisation, surtout dans des cas de viol... C'est malheureux.»
L'abbé Gravel croit que la diminution des avortements passe plutôt par l'information et des cours de sexualité à l'école, plutôt que par une condamnation ex cathedra. Il s'insurge contre le fait de faire porter à la femme cette responsabilité. «Avec un discours comme ça, elle est doublement victime. Elle s'est fait violer, et en plus l'Église la condamne? C'est épouvantable! On en met beaucoup trop sur le dos des femmes.»
France Bédard, de l'Association des victimes de prêtres, est furieuse de ce qu'elle qualifie de double discours du cardinal Ouellet. «Quand je l'entends dire qu'il respecte la vie... Les victimes abusées, c'en est des vies!»
Elle-même victime d'un prêtre il y a une quarantaine d'années, elle a refusé de se faire avorter. Plusieurs années plus tard, son agresseur est mort tout juste avant le début de son procès au criminel. France Bédard affirme avoir été rejetée par l'archevêché de Québec lorsqu'elle est venue demander de l'aide.
«Je n'ai eu ni aide ni respect du cardinal Ouellet quand je me suis présentée à l'archevêché. Alors quand il plaide le respect de la vie! C'est difficile pour une personne qui a été agressée et qui a porté ça toute sa vie d'entendre un tel discours», a ajouté Mme Bédard.
«Dire que les femmes violées ne devraient pas se faire avorter n'est pas seulement sans coeur. C'est complètement déconnecté de la réalité des femmes», a tonné Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec.
Selon elle, les propos du cardinal doivent être situés dans le con­texte d'une «attaque constante con­tre le droit acquis à l'avortement». «Sous les conservateurs, il y a eu cinq projets de loi privés pour criminaliser indirectement l'avortement. M. Ouellet fait aussi campagne là-dessus depuis quel­ques semaines», a-t-elle rappelé.
«La droite religieuse attaque le droit à l'avortement, et elle a l'oreille du premier ministre [Harper]. Ça, c'est très inquiétant», a conclu M. Conradi.
Marguerite Blais, ministre des Aînés, a aussi critiqué le cardinal. «Je suis très mal à l'aise avec ça. Je n'accepte pas ça. Ce sont des hommes qui décident pour les hommes alors que les femmes sont capables de décider pour elles-mêmes», a déclaré la ministre libérale à RDI.
Marois outrée
La chef du Parti québécois ne digère tout simplement pas les propos du cardinal Marc Ouellet sur l'interdiction de l'avortement, mê­me dans les cas de viol. «Je suis complètement outrée de ces déclarations», a-t-elle dit, hier, en marge d'un colloque du PQ à Drummondville. «Ce sont des luttes qui ont été faites depuis 40 ans. Des droits qu'ont obtenus les femmes. Je crois que ce serait un recul inacceptable dans nos sociétés.»
Pour sa part, la ministre conservatrice Josée Verner n'était pas disponible pour commenter, mais elle a fait savoir par l'entremise de son attaché politique qu'elle demeurait résolument pro-choix et que le seul fait d'évoquer la réouverture du débat sur l'avortement était inacceptable.
Avec Simon Boivin