Le juge Jean R. Beaulieu de la Cour du Québec a accepté la demande des avocats de la défense, Me Pierre Poupart et Me Charles Levasseur, d’accorder une absolution inconditionnelle à Maxime Chevalier, âgé de 40 ans.

Avocat coupable de voies de fait

Un ex-procureur de la Couronne en chef adjoint, Me Maxime Chevalier, accusé d’agression sexuelle, a plaidé coupable à une accusation réduite de voies de fait commises sur la conjointe d’un ami, après une soirée beaucoup trop arrosée.

Alors que le procès devait s’ouvrir mercredi, la défense et le ministère public ont plutôt conclu leurs négociations avec une reconnaissance de culpabilité de l’accusé à l’accusation de voies de fait simple. Rappelons que dans le Code criminel, les agressions sexuelles font partie des voies de fait.

Me Karen Lee, procureur de la Couronne au Nouveau-Brunswick, en charge du dossier, a indiqué que la plaignante était d’accord avec cette conclusion et ne souhaitait pas se faire entendre. 

La dame, absente à l’audience, n’aurait pas subi de séquelles. «Elle a porté plainte parce qu’elle voyait ça comme un devoir de citoyen et voulait éviter qu’il y ait d’autres victimes ou de l’escalade dans les gestes du défendeur», a expliqué Me Lee.

Contrairement à la pratique, le résumé conjoint des faits n’a pas été lu en salle d’audience. Les journalistes l’ont obtenu après en avoir fait la demande au juge.

Attouchements brefs

Le soir du 17 juillet 2016, Maxime Chevalier, procureur de la Couronne basé à Montréal, et une collègue de travail se rendent à un 5 à 7 chez un couple d’amis de Sainte-Foy avant d’aller au spectacle de Rammstein, sur les plaines d’Abraham.

L’alcool coule à flots; les quatre convives vont consommer trois ou quatre bouteilles de vin rosé, des mojitos, des cafés alcoolisés et de l’alcool fort. Personne n’ira au spectacle.

Vers 23h30, celle qui allait devenir plaignante va se coucher après avoir vomi. Elle se réveille vers 1h et voit une personne agenouillée à côté de son lit, en train de lui caresser les seins et le bas-ventre. Les attouchements auraient duré moins d’une minute.

D’abord persuadée qu’il s’agit de son conjoint, la femme tend la main et touche la tête de l’homme. Elle comprend aussitôt sa méprise et allume la lumière. Elle découvre alors Maxime Chevalier.

La femme va rejoindre son conjoint et lui explique ce qui vient d’arriver. L’homme, enquêteur de police à la retraite, somme Chevalier et son amie de partir, ce qu’ils font.

Maxime Chevalier a toujours maintenu n’avoir aucun souvenir des attouchements sexuels. Le psychiatre Dr Louis Morissette, à qui la défense a demandé un avis, évalue que le procureur a été victime d’un «black-out alcoolique». La poursuite reconnaît cet état d’intoxication, à la limite de l’automatisme.

Lorsqu’on lui a appris ce qu’il avait fait, Maxime Chevalier dit avoir senti une trappe s’ouvrir sous ses pieds. «Il me semble inconcevable d’avoir pu faire une telle chose, écrit Me Chevalier, dans une déclaration datant de décembre 2016. Les valeurs de respect, de dignité et de justice sociale sont fondamentales pour moi, autant dans ma vie privée que dans le cadre de mon travail.»

L’avocat, qui a déjà traité avec des victimes d’agression sexuelle, se dit consterné d’avoir pu faire du mal à la victime et à ses proches.

Absolution inconditionnelle

Après 11 ans à la Couronne, Maxime Chevalier a choisi de démissionner du Directeur des poursuites criminelles et pénales avant même qu’une accusation ne soit portée contre lui. 

Il a depuis été embauché comme avocat dans un cabinet montréalais. Lui et sa conjointe attendent leur premier enfant.

L’avocat a déjà fait un don de 2000 $ au Centre d’aide pour les victimes d’actes criminels.

Le juge Jean R. Beaulieu de la Cour du Québec a accepté la demande des avocats de la défense, Me Pierre Poupart et Me Charles Levasseur, d’accorder une absolution inconditionnelle à Maxime Chevalier, âgé de 40 ans. 

Le criminaliste Me Pierre Poupart avait réussi en 1999 à obtenir une absolution pour son client Gilbert Rozon, coupable d’agression sexuelle sur une jeune femme de 19 ans. L’arrêt Rozon est cité presque à chaque fois qu’un accusé réclame une absolution.