Avis publics: la Ville de Québec abandonne les journaux

La Ville de Québec largue les journaux. Alors qu’une crise fragilise la presse écrite, la mairie a décidé de diffuser ses avis publics seulement dans une section de son site Web.

«Les avis publics donnés pour des fins municipales et dont la publication est légalement requise seront désormais publiés sur le site Internet de la Ville de Québec», nous apprend le résumé d’une récente décision du comité exécutif de Régis Labeaume. La mairie garde néanmoins la porte ouverte à diffuser ses avis dans les médias sociaux et son bulletin publié trois fois l’an.

Pourquoi réduire la visibilité des avis publics municipaux? «Dans le but de réduire les délais d’entrée en vigueur des règlements de la Ville, d’améliorer l’information présentée aux citoyens […] et de réduire les coûts reliés à la publication des avis dans les journaux [environ 150 000 $ par année pour l’ensemble des avis publics]», plaide-t-on dans le document officiel.

En 2018, le budget de fonctionnement de la mairie atteignait près de 1,5 milliard $.

Ces avis annoncent, entre autres, des consultations publiques, l’adoption de nouveaux règlements, des demandes de dérogations aux normes de construction, le calendrier annuel des séances du conseil municipal, l’ouverture des listes électorales pour une partielle… Les citoyens désirant prendre part à l’exercice démocratique devront maintenant visiter régulièrement des sous-sections de la vitrine Web de la capitale pour voir si elles ont été mises à jour.

L’ancienne version de la Loi sur les cités et villes prévoyait que les avis publics municipaux soient visibles du plus grand nombre de citoyens possible, notamment par la diffusion dans la presse écrite. «La publication d’un avis public donné pour des fins municipales se fait par affichage au bureau de la municipalité et par insertion dans un journal diffusé sur le territoire de la municipalité», y lisons-nous.

Mais le gouvernement libéral, aujourd’hui relégué aux banquettes de l’opposition, a allégé le «fardeau» des mairies à l’été 2017. Depuis, toutes les municipalités peuvent dévoiler leurs avis publics uniquement dans leur site Web.

Plusieurs administrations locales ne publicisent donc plus leurs avis publics dans les pages des hebdomadaires et quotidiens.

D’autres ont opté pour une formule hybride. À Sherbrooke, les avis seront mis en ligne sur le site municipal. Mais une liste succincte des intitulés des avis sera publiée dans le journal du mercredi avec un lien vers la page Web.

Manque de transparence

Dans un récent reportage d’ICI Radio-Canada, le président d’Hebdos Québec, Benoît Chartier, a critiqué la manœuvre. «C’est évident que quand on enlève l’avis public d’un journal, puis qu’on le met sur le site Web de ladite ville ou de la MRC, c’est clair que ces avis seront beaucoup moins visibles.»

La présidente de la Fédération nationale des communications (FNC-CSN), Pascale St-Onge, s’affichait du même avis, dans le reportage. «Ce sont vraiment les initiés qui s’intéressent de très près à la vie municipale qui vont fréquenter le site d’une municipalité. Donc, c’est clair qu’au niveau de la transparence et de l’accessibilité de l’information pour les citoyens, le média local a toujours été la meilleure solution.» En 2017, au moment de l’étude du projet de loi, Mme St-Onge avait mis en garde les élus de l’Assemblée nationale : «Cette nouvelle coupure dans les revenus des médias écrits accélèrera [la] tendance marquée de fermetures des journaux régionaux.»

Toutes les Villes ne coupent pas ce type d’investissement. Gatineau, par exemple, maintient pour l’instant le débours dans la presse (300 000 $ en 2018), rapportaient nos collègues du Droit, au début du mois.

Au Manitoba, le gouvernement avait également décidé de retirer ses communications des journaux. Il a toutefois fait marche arrière le printemps dernier face à la critique.