Le ministre Barrette avait d’abord invoqué des raisons de sécurité pour défendre la manière de procéder au Québec.
Le ministre Barrette avait d’abord invoqué des raisons de sécurité pour défendre la manière de procéder au Québec.

Avion-hôpital: les enfants malades seront accompagnés

Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil
Le gouvernement du Québec révisera ses règles et adaptera ses avions afin qu’un enfant malade ou blessé puisse être accompagné d’un parent lors d’évacuations médicales aériennes. La modification est une formalité pour l’avion-hôpital, mais pourrait coûter cher en temps et en argent dans le cas du vieux Challenger.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, a convoqué la presse dans le hangar du Service aérien gouvernemental (SAG) à l’aéroport de Québec, jeudi, pour expliquer comment il entendait répondre aux préoccupations des parents des régions éloignées et des médecins qui reçoivent les petits patients dans les grands centres.

Depuis la fin janvier, les critiques pleuvent sur la politique d’évacuation médicale du Québec interdisant la présence d’un parent accompagnateur dans l’avion-hôpital. Au Nunavik, les problèmes de communication d’enfants inuits parlant seulement l’inuktitut s’ajoutent à l’insécurité vécue dans un contexte d’urgence médicale. 

Le ministre Barrette avait d’abord invoqué des raisons de sécurité pour défendre la manière de procéder au Québec.Il s’est ravisé après comparaison avec le reste du Canada, où la présence d’un parent à bord est favorisée. 

Jeudi, le politicien a ajouté être touché par «le facteur humain» et vouloir «le mieux pour le patient». «Un enfant qui est stressé, comme un adulte qui est stressé, ça aggrave potentiellement sa situation alors que la réassurance a un impact» positif, a dit le médecin. 

Si la règle sera désormais d’autoriser la présence parentale, cela ne signifie pas que tous les intéressés seront automatiquement admis dans l’avion. Le pilote, le grand patron à bord, pourrait refuser l’accès à un parent agité, intoxiqué ou abuseur, par exemple. C’est une question de sécurité puisque le personnel soignant doit porter toute son attention sur le patient tandis que le pilote et ses assistants doivent mener tout ce beau monde à bon port. 

M. Barrette a fait valoir que les deux avions De Havilland Dash-8 utilisés comme navettes médicales permettaient déjà aux parents de suivre les enfants malades puisqu’une quinzaine de sièges y sont disponibles en plus de l’espace pour les civières. Environ les deux tiers des 6000 transports médicaux aériens réalisés annuellement se font grâce à ces appareils, qui ne peuvent toutefois desservir le Nunavik. 

Les deux Challenger

L’avion-hôpital aménagé dans un Challenger, capable lui de parcourir de plus grandes distances, pourra aussi accueillir un accompagnateur d’ici quelques semaines. Un siège inutilisé est déjà installé à l’arrière de l’appareil à la fine pointe de la technologie. Il suffira de mettre à jour la certification auprès de Transports Canada, de modifier les règles internes de fonctionnement et de former le personnel pour qu’un passager puisse y poser ses fesses.  

Pour le vieux Challenger qui sert d’avion-ambulance, le chemin sera plus long. Tous les sièges à bord sont requis actuellement pour le personnel soignant et il n’y a pas d’espace résiduel, comme les journalistes ont pu le constater lors d’une visite. Selon les premières estimations, ajouter un siège pourrait coûter des millions de dollars et nécessiter un an de travail et donc de retrait de la circulation. 

«On fait des évaluations pour voir si on est capable de vivre et de donner le service qu’on a à donner» avec les autres avions, a signalé le ministre. «Là, il y a un enjeu et il se pourrait — je ne vous dis pas que c’est comme ça que ça va finir — il se pourrait qu’il reste un des trois avions qui ne puisse pas embarquer un accompagnateur, mais notre intention est de tout faire pour que ce soit le cas dans les trois avions», a-t-il assuré. 

M. Barrette a indiqué que le gouvernement allait même examiner la possibilité de remplacer tout bonnement le vieux Challenger, qui a dépassé la moitié de sa vie utile, au lieu d’investir des millions de dollars dans une transformation. 

En attendant, «dans l’organisation du transport, on va tout faire pour que, si les deux Challenger restent en place, on envoie le bon dans le Nord», a indiqué le politicien.

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