Le groupe de médecine familiale [GMF] de l’avenue Royale, dans le Vieux-Beauport, ne compte plus aujourd’hui que sept médecins, et l’une d’entre eux cessera sa pratique à la fin de l’année.

Avenir du Centre médical de Beauport: rencontre prévue avec Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a finalement accepté de rencontrer les médecins du Centre médical de Beauport, menacé de fermeture en raison du manque de relève, a appris Le Soleil.

La rencontre est prévue à 16h30, jeudi, au bureau du ministre Barrette. Au bout du fil, mardi, le directeur clinique du Centre médical de Beauport, le Dr Nil Lefrançois, a dit ne pas trop savoir à quoi s’attendre. «Je suis au moins content qu’il accepte de nous rencontrer et d’écouter ce que le petit soldat voit dans la tranchée», a imagé le Dr Lefrançois.

Le groupe de médecine familiale [GMF] de l’avenue Royale, dans le Vieux-Beauport, ne compte plus aujourd’hui que sept médecins, qui suivent ensemble pas moins de 14 000 patients. L’une d’entre eux cessera sa pratique à la fin de l’année. Sans relève médicale, 2000 patients risquent de perdre leur médecin de famille. 

Le Centre médical de Beauport couvre un large territoire qui s’étend jusqu’à l’Île d’Orléans et la côte de Beaupré. Pour survivre, il aurait besoin de trois nouveaux médecins, calcule le Dr Nil Lefrançois.

Le médecin de bientôt 72 ans en a contre «tous ces règlements qui prévalent sur le gros bon sens». Il fait notamment allusion aux plans régionaux d’effectifs médicaux en médecine de famille, qui ne répondent pas aux besoins de la population, selon lui. «On se promène de crise en crise, on en déshabille un [GMF ou secteur] pour habiller l’autre», déplore-t-il, en référence aux supercliniques chères au ministre de la Santé, à des lieues, selon lui, du principe de médecine de proximité. 

Dans une lettre envoyée au Soleil, il y a quelques jours, une médecin du GMF Duberger, la Dre Sylvie Châteauvert, a également dénoncé la disparition annoncée des soins de proximité. Le ministre Barrette, déplorait-elle, «ne jure que par ses supercliniques qui sont en fait des mini-hôpitaux privés qui n’offrent pas ces soins de proximité». 

«Il ajoute au réseau de nouveaux établissements mais pas de nouveaux effectifs, ce qui menace directement la survie des cliniques de quartier faute de relève», résumait la Dre Châteauvert, selon qui la disparition de ces cliniques «amènera une détérioration de l’accès aux soins de prise en charge de qualité».

Même son de cloche à l’Association des médecins omnipraticiens de Québec (AMOQ), dont le président, le Dr Pascal Renaud, se disait lui aussi préoccupé la semaine dernière du manque de relève médicale dans plusieurs secteurs de la ville. Avec l’arrivée de Gaétan Barrette, la gestion des effectifs médicaux s’est beaucoup centralisée, déplorait-il, citant l’exemple des neuf nouveaux facturants autorisés à Québec par le ministre l’an dernier «pour que son projet de superclinique fonctionne». 

«Un contrat social, pas une business»

Pour le Dr Nil Lefrançois, si l’AMOQ et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sont réellement préoccupées par la survie de la médecine de quartier, qu’elles le prouvent. «Au ministère, on nous dit que c’est la FMOQ qui ne veut pas que le processus de recrutement des médecins soit plus ciblé», rapporte-t-il. Le Dr Lefrançois veut bien que les docteurs ne se voient pas imposer leur lieu de pratique, «mais quand on est médecin, il faut travailler là où sont les besoins». «La médecine, c’est un contrat social, pas une business», tranche-t-il.

Une pétition pour la survie du Centre médical de Beauport a commencé à circuler à la fin du mois dernier. Elle avait déjà recueilli quelque 2800 signatures, mardi. 

Des patients inquiets de se retrouver orphelins de médecin, Lucien Darveau et Marie-Claude Boucher, ont également écrit au ministre Barrette et au député de Montmorency, Raymond Bernier, pour les sensibiliser à l’importance de sauvegarder un modèle de GMF «qui fonctionne à merveille».