C'est entouré de quatre ministres et des grands chefs autochtones, dont Ghislain Picard (à droite), de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, que Philippe Couillard s'est adressé aux médias après le dévoilement du mandat de la commission d'enquête.

Autochtones: Québec confirme la tenue d'une enquête publique provinciale

La commission d'enquête québécoise sur les relations avec les Autochtones ne cherchera pas à distribuer des blâmes, mais bien à rétablir la confiance, affirme Philippe Couillard.
Accompagné de grands chefs autochtones et de quatre ministres, le premier ministre a dévoilé mercredi le mandat de sa commission Écoute, réconciliation, progrès. Elle ne visera pas à dénicher des coupables. 
«L'objectif ici n'est pas le blâme ou la vengeance», a dit le premier ministre. «C'est un sentiment humain qu'on connaît tous. Mais le sentiment qui doit dominer, c'est le retour de la confiance et l'espoir de meilleures relations entre les Autochtones, les Inuits et les Québécois non autochtones.» 
Une enquête indépendante québécoise est réclamée par les Premières Nations depuis les dénonciations de femmes autochtones de Val-d'Or à l'émission Enquête, à l'automne 2015. La tension et la frustration se sont accrues lorsque leurs témoignages d'abus physiques et sexuels par des policiers ne se sont pas traduits par des accusations. Mais la commission ne vise pas à refaire le travail d'enquête sur les événements de Val-d'Or. 
«On a rencontré les femmes, notamment celles qui ont fait partie des deux émissions d'Enquête, et elles sont extrêmement déterminées et convaincues qu'il y a d'autres options qui se présentent à elles», a indiqué Ghislain Picard, de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL).
La commission mise sur pied ira au-delà des problématiques vécues par les Autochtones avec les services policiers. Elle mènera aussi des analyses sur le réseau de la santé et des services sociaux, la protection de la jeunesse, les services correctionnels et la justice. L'enquête pourra remonter jusqu'à 15 ans en arrière. Ses recommandations devront être déposées en novembre 2018. Mais, d'ici là, si des pistes de solution sont dégagées, elles seront mises en application sans attendre. 
Le mois passé, le ministre des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, répétait pourtant que l'enquête fédérale sur les femmes autochtones disparues et assassinées pourrait faire la lumière sur ce qui se passe au Québec. Il proposait plutôt une table de dialogue avec les peuples autochtones.
La commission fédérale a fait savoir qu'elle ne pourrait effectuer le mandat proposé, a justifié le premier ministre. À la mi-novembre, les commissaires fédéraux ont pourtant publié un communiqué dans lequel ils affirmaient que «la situation à Val-d'Or est exactement le genre de situation qui sera examinée dans le cadre de l'enquête nationale». 
La commission sera présidée par un ex-juge de la Cour supérieure, Jacques Viens, qui a été pendant 25 ans responsable du district judiciaire d'Abitibi. Ses auditions publiques pourront se déplacer à travers le Québec. Les sommes nécessaires seront dégagées pour que la commission puisse aller au bout de son travail, a dit le premier ministre Couillard. 
Au Parti québécois, le porte-parole en matière d'affaires autochtones, Alexandre Cloutier, déplore que le gouvernement ait tardé à mettre sur pied l'enquête. S'il avait «été plus prompt dans sa réaction, nous serions beaucoup plus avancés dans le processus», a-t-il noté. 
La députée solidaire Manon Massé espère que des actions concrètes seront appliquées. «Les hommes et particulièrement les femmes de ces nations font face à de la discrimination et à de la violence systémique trop souvent lorsqu'ils font affaire avec une institution publique québécoise», a-t-elle dit.