La région de Québec compte une vingtaine de parcs industriels abritant quelque 3000 entreprises. Pour la majorité d'entre elles, la quête de main-d'oeuvre est un défi. Pour attirer les candidats, celles-ci ne peuvent faire valoir les avantages d'un service de transport collectif disponible en tout temps.

Autobus dans les parc industriels: un casse-tête pour les entreprises

Confrontée à un manque d'espace pour garer les véhicules de ses 125 employés, M2S Électronique a eu une bonne idée. Pourquoi ne pas leur rembourser une partie du coût d'un abonnement permettant de bénéficier des services du transport collectif?
Mario Marcotte, le pdg de l'entreprise spécialisée dans l'assemblage de systèmes électroniques et électromécaniques intégrés, l'avoue. Il a frappé un noeud.
Pas un seul travailleur n'a manifesté de l'intérêt.
Soit que la fréquence des autobus parcourant le parc industriel Métrobec - situé le long de l'autoroute Félix-Leclerc et accessible par le boulevard Lebourgneuf - ne convienne pas ou que la durée du trajet soit trop longue.
«Dans mon cas, j'ai calculé que pour me rendre au bureau, je devais compter une bonne heure entrecoupée de deux changements d'autobus», raconte Mario Marcotte qui habite dans le secteur Les Saules, à proximité de L'Ancienne-Lorette. «En auto, ça me prend dix à quinze minutes.»
Le parc industriel Métrobec n'a rien à voir avec la Colline parlementaire. Les autobus du Réseau de transport de la Capitale (RTC) ne se suivent pas à la queue leu leu pour assurer les déplacements de milliers de travailleurs. C'est à peine si un véhicule passe à l'heure ou, encore mieux, à la demi-heure le matin ou en fin d'après-midi.
«L'autre problème, c'est qu'il n'y a pas de service après 23h», exprime M. Marcotte. Donc, pas question d'ajouter un quart de travail de 16h à minuit.
«Nous avons dû nous ajuster. Le quart de travail de soir débute à 14h et se termine à 22h pour permettre à nos employés qui prennent l'autobus de ne pas louper leur seul moyen de transport. Ça veut donc dire que les équipes de jour et de soir se croisent entre 14h et 16h. Avouons que ce n'est pas optimal en termes d'efficacité.»
Ça n'aide pas le recrutement
Dans la région de Québec, il y a une vingtaine de parcs industriels. Plus de 60 000 personnes y gagnent leur croûte dans l'une ou l'autre des 3000 entreprises.
Pour la majorité d'entre elles, la quête de main-d'oeuvre est un défi. Pour attirer les candidats, elles ne peuvent faire valoir les avantages d'un service de transport collectif disponible en tout temps.
«Il y a des gens que nous tenions à embaucher et qui nous ont tourné le dos, car l'horaire des autobus ne convenait pas», indique Mario Marcotte.
Chez Signalisation Ver-Mac, Andrée Dumas aimerait pouvoir recruter plus de travailleurs pour l'équipe de soir qui s'active, quatre fois par semaine, entre 16h et 2h.
Impossible. 
Il n'y a pas de service d'autobus le soir dans le voisinage du parc industriel Chauveau, situé en bordure de la route de l'aéroport. «Pour venir travailler chez Ver-Mac, à certains moments dans la journée, ça prend une auto. Ça complique le recrutement», note la directrice générale du fabricant d'équipements de signalisation routière électronique qui fait travailler 250 employés.
Jadis, il y avait un arrêt d'autobus sur la route de l'Aéroport situé au milieu de nulle part.
Les employés de Ver-Mac devaient marcher plusieurs minutes avant de joindre l'arrêt d'autobus et affronter les pires intempéries.
Avec l'aide de la Corporation des parcs industriels de Québec, Ver-Mac a finalement convaincu le RTC d'ajouter de nouveaux arrêts sur la route de l'Aéroport. «Les utilisateurs peuvent maintenant prendre l'autobus en toute sécurité.»
Premiers contacts
Les premiers contacts avec le RTC n'ont pas été faciles, mais au bout de quelques mois, les changements ont été apportés. «Des gens me disaient que ça allait prendre des années!», confie Andrée Dumas.
Il reste à régler le problème du service de transport en soirée.
Comme Mario Marcotte, Andrée Dumas comprend que le RTC ne peut pas faire rouler des autobus 24 heures par jour dans les parcs industriels. Les impératifs de rentabilité, ils connaissent ça, eux aussi.
Par contre, ils croient que la situation actuelle peut être améliorée. C'est pourquoi les ponts doivent continuer d'être ouverts entre la Corporation des parcs industriels, le RTC et la Ville de Québec.
Par ailleurs, Mario Marcotte ne cache pas que ça l'inquiète un peu d'entendre le maire Régis Labeaume soutenir que la réduction du temps des déplacements dictera les nouvelles façons de faire du RTC. «Des parcours moins achalandés vont-ils être abandonnés? Si c'est le cas, ça n'a rien de rassurant pour nous, dans les parcs industriels.»