Le syndrome des portes tournantes, l’ambulancier Jean-François Gagné en est témoin depuis 15 ans, lui qui doit régulièrement conduire à l’urgence des patients aux prises avec des problèmes psychiatriques. Selon lui, 80 % des appels de fin de soirée ou de nuit sont pour des cas de santé mentale ou d’intoxication (ou les deux).

Au tour d’un ambulancier de dénoncer le syndrome des «portes tournantes» en psychiatrie

L’ambulancier Jean-François Gagné joint sa voix à celle du policier Yannick Campagna pour dénoncer le syndrome des «portes tournantes» en psychiatrie à Québec. Au ministère de la Santé, on se dit préoccupé par la situation de l’accès aux services de santé mentale au Québec, et particulièrement dans la capitale. Le ministère vient d’ailleurs de nommer un nouveau directeur national de la santé mentale et de la psychiatrie légale qui aura le mandat de revoir cet accès.

Le syndrome des portes tournantes, l’ambulancier Jean-François Gagné en est témoin depuis 15 ans, lui qui doit régulièrement conduire à l’urgence des patients aux prises avec des problèmes psychiatriques. Selon lui, 80 % des appels de fin de soirée ou de nuit sont pour des cas de santé mentale ou d’intoxication (ou les deux). 

M. Gagné cite l’exemple de cette femme qui appelle «aux deux ou trois jours», sinon tous les jours, «pour une chose ou pour une autre». «Elle est connue en psychiatrie. Elle peut attendre jusqu’à quatre heures son ambulance [parce que son cas n’est pas prioritaire], mais on va quand même être obligé de la transporter à l’urgence, même si on sait qu’ils ne la garderont pas» parce qu’elle n’est pas considérée comme un danger pour elle-même ou pour autrui, expose-t-il.

L’ambulancier pense aussi à cette patiente souffrant de dépression majeure et qui, jusqu’à l’an dernier, appelait plusieurs fois par jour pour être transportée au CHUL, «où elle était tellement connue qu’elle avait même un lit désigné». «Elle rentrait et sortait de l’hôpital. Parfois, elle pouvait être admise deux fois dans la même journée. On voudrait bien être capable d’orienter les personnes au bon endroit, vers la bonne ressource, mais on n’a pas le droit», souligne M. Gagné.

L’ambulancier croit que trop de patients sont libérés avant d’être aptes à retourner dans leur milieu de vie. «Les gens appellent alors au 9-1-1, et on recommence le cycle.» Il faut, dit-il, mieux encadrer les cas qui doivent l’être. «Sans dire qu’il faudrait les remettre en institution, ils devraient habiter des milieux encadrés avec des ressources sur place. On sauverait beaucoup de désorganisation, on serait davantage dans la prévention», analyse-t-il.

«Quand une personne est en crise, les intervenants de PECH [pour Programme d’encadrement clinique et d’hébergement], qui travaillent avec la police, nous disent souvent [après analyse de la situation] de la transporter à l’hôpital. On finit donc à peu près toujours par transiter par l’urgence», constate Jean-François Gagné.

Plus de clientèle

Au cours des dernières semaines, Le Soleil a fait état de la réalité du Centre de crise de Québec, de PECH et des organismes communautaires en itinérance, qui ont remarqué une augmentation et un alourdissement de la clientèle qui leur est référée. 

Un policier de Québec, Yannick Campagna, a également fait la manchette vendredi après avoir dénoncé devant le Comité de déontologie policière le syndrome des «portes tournantes» et «l’abandon» des patients en psychiatrie. Le patrouilleur avait été cité en déontologie après avoir enguirlandé les infirmiers de l’urgence de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus qui auraient refusé de voir un patient aux prises avec des problèmes de santé mentale. Il a écopé d’une journée de suspension.

Sans commenter ce cas particulier, le cabinet de la ministre de la Santé, Danielle McCann, s’est néanmoins dit «très sensible» à la situation qui prévaut à Québec. «Les difficultés qui sont soulevées nous préoccupent beaucoup, on les suit de près», assure l’attaché de presse de la ministre, Alexandre Lahaie. 

C’est dans ce contexte que le ministère de la Santé a décidé de confier au psychiatre d’expérience Pierre Bleau le poste de directeur national des services en santé mentale et en psychiatrie légale. L’un des principaux mandats du Dr Bleau sera de revoir l’accès à ces services partout au Québec, notamment et surtout dans la capitale, où la problématique est particulière, convient le cabinet de la ministre McCann.

Le DPierre Bleau remplacera le Dr André Delorme, qui avait été nommé par les libéraux et qui avait quitté son poste après que le gouvernement Legault eut rétrogradé la direction nationale des services en santé mentale et en psychiatrie légale dans l’organigramme du ministère de la Santé. Les libéraux avaient dénoncé cette décision, estimant qu’il s’agissait d’une «perte de priorité» et d’un «très mauvais signal». 

Le ministère n’a pas l’intention de «remonter» le poste du Dr Bleau dans l’organigramme. La direction nationale des services en santé mentale et en psychiatrie légale continuera donc de relever de la sous-ministre adjointe Lyne Jobin et de la direction générale des «programmes dédiés aux personnes, aux familles et aux communautés».

Le cabinet de la ministre McCann justifie cette décision par la volonté du ministère d’éviter le «travail en silo». «On ne veut pas diminuer l’importance de la direction des services en santé mentale, on veut que les différentes directions se parlent. La santé mentale, c’est l’affaire de tous les intervenants» du réseau de la santé, fait valoir Alexandre Lahaie.